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Babeuf, Gracchus

De Picardia: L'encyclopedie Picarde.


SCIENCES
Histoire

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Gracchus Babeuf, première partie par "Jacques Bernet", publié le 27/03/08


Le plus "picard" de nos révolutionnaires, et se revendiquant comme tel, avait des attaches avec les trois départements : né à Saint-Quentin dans l'Aisne, il exerça sa profession et résida longtemps avec sa famille à Roye dans la Somme, et se lança dans l'action politique et éditoriale à Noyon dans l'Oise.

« Mes amis, j'espère que vous vous souviendrez de moi, et que vous en parlerez souvent. J'espère que vous croirez que je vous ai tous beaucoup aimés. Je ne concevais pas d'autre manière de vous rendre heureux que par le bonheur commun. J'ai échoué ; je me suis sacrifié ; c'est aussi pour vous que je meurs ». (Lettre de Babeuf à ses proches après sa condamnation à mort).


Un révolutionnaire picard, Gracchus BABEUF (1760-1797)

Jean-Noël, dit Camille puis Gracchus BABEUF, né à Saint-Quentin, feudiste à Roye, journaliste et clubiste à Noyon, archiviste de la Somme à Amiens, administrateur du district de Montdidier, avant de se réfugier à Paris et d'achever sa courte vie sur l'échafaud à Vendôme, le 26 mai 1797, pour son rôle politique national dans la Conjuration des Egaux, s'il ne fut pas le moins révolutionnaire des Picards, fut assurément le plus Picard d'entre eux, par son profond enracinement dans la province, sa carrière de publiciste et d'agitateur en nos trois départements de 1789 à 1792, comme le titre de son premier et éphémère organe de presse, le Correspondant picard paru à Noyon en 1790.


Postérité

Sa mémoire a été entretenue dans la région par les historiens de la Révolution et du mouvement ouvrier, de Maurice Dommanget (1888-1976) à Robert Legrand (1912-2006) ou Antoine Pelletier (1926-2008) ; mais sa réputation de "précurseur du communisme" en a fait un sujet privilégié de l'historiographie marxiste, notamment soviétique : l'URSS a racheté en 1924 les papiers Babeuf, désormais conservés à Moscou ; Victor Daline lui a consacré une importante biographie, en particulier sur sa période picarde, en 1963 (traduite en français en 1976), et édité ses œuvres complètes en russe. Le bicentenaire de 1789 a ravivé la figure du tribun à Amiens (colloque à l'Université) et surtout Saint-Quentin, où depuis 1993 les Amis de Gracchus Babeuf publient des cahiers annuels d'Études Babouvistes.


Babeuf, avant la Révolution (1760-1789)

Jean-Noël BABEUF naquit à Saint-Quentin le 23 novembre 1760 "dans la fange", aîné d'une famille de 13 enfants, dont 9 morts en bas âge, d'une servante illettrée et d'un ancien soldat déjà âgé, Claude BABEUF, devenu garde des fermes générales à sa retraite, un autodidacte qui fut son précepteur. Enfant doué mais rebelle, "grand vaurien" élevé à la dure, Jean-Noël dut travailler, vers 12-13 ans comme terrassier à la construction du canal de Picardie. Rude expérience qui le persuada de chercher un emploi de bureau : de 1777 à 1780 il parvint, grâce à sa belle écriture, à se faire embaucher comme clerc chez M. Hutin notaire de Flixecourt, où il fit son apprentissage complet de feudiste, et commissaire à terrier, pour lequel il se mit à son compte à partir de 1781, à Abbeville puis bientôt à Roye.

En pleine "réaction seigneuriale" en Picardie, son entreprise connut une réelle prospérité, passant de 8 à 20 commis, seigneurs et abbayes faisant alors refaire leurs "terriers" pour réactiver et actualiser leurs droits seigneuriaux. Par cette expérience intellectuelle et sociale irremplaçable, le jeune arpenteur-feudiste découvrit, "dans la poussière des archives seigneuriales … les mystères des usurpations de la caste noble". Sa maturation politique vint aussi de ses vastes lectures et de ses contacts avec l'Académie d'Arras, mais la pratique du métier lui ouvrit les yeux sur les réalités sociales d'un monde rural, dominé par ses employeurs nobles, dont il subit souvent la morgue, comme les Bracquemont, à Damery, chez qui il rencontra Marie-Anne-Victorine Lenglet, femme de chambre épousée en novembre 1781. Découvrant les lourdes charges des paysans dépendant des fiefs et de l'Eglise, la très inégale répartition des terres et des richesses, il s'improvisa réformateur social, dès avant 1789 : dans son mémoire de 1786 sur la division des grandes fermes en réponse au sujet de concours de l'Académie d'Arras, alors fréquentée par Robespierre, et sa correspondance avec son secrétaire perpétuel Dubois de Fosseux, Babeuf concevait déjà la terre comme un bien commun. Lors de l'Assemblée des notables, en 1787-1788, il s'aboucha avec l'Anglais Rutledge, commanditaire de son Cadastre Perpétuel, proposant une réforme agraire et une refonte égalitaire de la fiscalité, avec un impôt foncier proportionnel unique pour tous. C'est pour en présenter une version retouchée aux Etats-Généraux, que Babeuf se trouvait dans la capitale au moment de la prise de la Bastille ; il y fut vivement impressionné par les troubles parisiens de l'été 1789, puis par ceux de la Grande Peur à son retour en Picardie.

Revenu à Roye, il se réjouit des effets de la nuit du 4 août proclamant l'abolition des privilèges et du principe de la féodalité, bien qu'il y perde d'un seul coup son métier. Ce tournant majeur dans sa vie imposa à Babeuf de se reconvertir en publiciste et tribun populaire, l'engagea pleinement dans l'action politique révolutionnaire, à l'échelon picard, puis au niveau parisien et national. A 29 ans en 1789, Babeuf "franc Picard né dans la fange" (F. Wartelle), intellectuel autodidacte et self made man, ayant déjà de forts contacts avec la réalité économique et sociale de la Picardie profonde, connaissait bien ses problèmes, ses traditions de luttes communautaires rurales (jacqueries, bacchanales) et urbaines (communes, émotions frumentaires) ; persuadé de sa mission politique, dans les circonstances exceptionnelles d'une grande Révolution, où il pouvait enfin développer ses talents d'écrivain et de meneur, sa créativité et son énergie, il devait y brûler avec passion le reste de sa courte vie.


Babeuf, le révolutionnaire picard, 1789-1792

Babeuf à Paris sous la Convention (1793-1794)

Babeuf, De thermidor à la Conjuration des Egaux (1794-1797)

Mots Clés

Hier Humain Utopie Solidarité


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Sources :

Victor DALINE, Gracchus Babeuf, 1785-1794, Ed. du Progrès, Moscou, 1976, 582 p.

Philippe BUONARROTI, Conspiration pour l'Egalité dite de Babeuf, Bruxelles, 1828, Rééd. Ed. Sociales, Paris, 1957, 2 vol.

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