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Babeuf, le révolutionnaire picard, 1789-1792

Un article de Picardia: L'encyclopedie Picarde.

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Histoire
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Babeuf, le révolutionnaire picard, 1789-1792 par "Jacques Bernet", publié le 23/03/09


Le plus "picard" de nos révolutionnaires, et se revendiquant comme tel, avait des attaches avec les trois départements : né à Saint-Quentin dans l'Aisne, il exerça sa profession et résida longtemps avec sa famille à Roye dans la Somme, et se lança dans l'action politique et éditoriale à Noyon dans l'Oise.

Biographie

Babeuf prit bientôt le prénom de Camille, en hommage au journaliste de Guise Desmoulins, puis lui substitua Gracchus, par référence aux Gracques, partisans de la réforme agraire dans la Rome antique républicaine. Faire vivre sa famille désormais constamment dans la gêne, fut sa lancinante préoccupation, entravant aussi ses possibilités d'élection locale, compte tenu du suffrage censitaire établi par la loi municipale de décembre 1789 : citoyen actif, Babeuf se trouva jusqu'en 1792 en deça du cens nécessaire pour être électeur du second degré et député ; ses candidatures se heurtèrent en plus à l'obstruction des notables locaux, méprisant et craignant ce dangereux trublion crève la faim, aux idées égalitaires, tels les Billecocq, hommes de loi influents à Roye, qui lui avaient refusé l'accès à la loge maçonnique locale et firent invalider son élection à la municipalité en août 1790, comme juge de paix en janvier 1791. Babeuf dut ainsi militer à Noyon en 1790-1791, auprès de Jacques-Michel Coupé, dont il aurait aimé faire son porte parole dans la Législative. Il ne put être élu localement qu'après la chute de la monarchie à l'automne 1792, comme administrateur de la Somme, dont il fut archiviste, puis au Directoire du district de Montdidier, où il ne siégea que de décembre 1792 à février 1793, moment de son départ précipité et définitif pour Paris, à la suite de l'affaire du "faux" révolutionnaire.

En attendant, Babeuf pensa vivre de sa fonction "d'avocat du peuple" auprès de particuliers et de communautés en lutte contre les seigneurs ou les administrations, et de sa plume de journaliste. A l'automne 1790, il publia chez Devin à Noyon un éphémère Correspondant picard, efficace levier de propagande, mais rapide échec financier (3 N°s parus, au plus), faute de souscripteurs. Babeuf en tira néanmoins de nombreux contacts et une précieuse expérience dans l'organisation des luttes politiques et sociales, dont il sut élever le niveau du local au national, du particulier au général, selon deux axes majeurs, anti-fiscal et anti-féodal, en 1790-1792.

La coalition contre les aides du printemps 1790

Les injustes impôts indirects concédés aux fermiers généraux, 43 % des recettes fiscales de la monarchie, dont la perception s'était effondrée à l'été 1789, furent en principe rétablis à titre provisoire par Necker et la Constituante en septembre 1789, en attendant les nouvelles contributions conformes aux Droits de l'homme. Mais ce retour se heurta à une vive résistance populaire, d'abord contre la gabelle, impôt sur le sel, qui souleva l'Anjou, mais aussi la Picardie, pays de "grande gabelle". Babeuf se plaça à la tête du mouvement à Roye, heurtant de front la municipalité, et trouvant un large écho auprès des cabaretiers, au nom desquels il rédigea, le 20 février 1790, une première pétition à la Constituante contre la gabelle et les aides (ces derniers portant principalement sur les alcools et pesant sur la masse des consommateurs). En mars, une insurrection anti-fiscale éclata dans le populaire faubourg Saint-Gilles où résidait Babeuf, et les troubles du Santerre provoquèrent l'envoi de la garde nationale parisienne. La Constituante fut contrainte d'abolir la gabelle le 1er avril 1790, mais prétendit maintenir les autres droits. Babeuf s'efforça alors de donner au mouvement anti-fiscal une ampleur provinciale, en rédigeant au nom des cabaretiers de Saint-Quentin et de Péronne sa fameuse "Pétition sur les impôts … à l'Assemblée nationale", imprimée à Noyon à la mi-avril 1790, diffusée dans 800 communes, et qui, selon Babeuf, "électrifia le peuple de la Somme", mais aussi de l'Oise et de l'Aisne, touchant presque toutes les villes de Picardie, ainsi que le monde rural, où la grève des impôts indirects fut presque totale. Dénoncé par la municipalité de Roye au Comité des recherches de l'Assemblée comme meneur du mouvement, Babeuf déclaré de prise de corps par Cour des Aides de Paris, fut arrêté à son domicile le 18 mai et enfermé à la Conciergerie, d'où il ne ressortit que le 7 juillet, à la suite d'une campagne de l'Ami du peuple de Marat, et son retour en Picardie fut triomphal.


Babeuf et le mouvement agraire

Très populaire mais toujours aussi désargenté, Babeuf tenta de mener sa double carrière de publiciste et d'avocat du peuple, en se faisant "le champion de tous les campagnards contre les ex-seigneurs", rédigeant et publiant les pétitions des communautés rurales qui s'estimaient spoliées : selon lui, "la résistance devint générale contre le paiement des tributs seigneuriaux … Mes frères souffrants et laborieux ne voyaient en moi qu'un protecteur ; les riches égoïstes un apôtre des lois agraires". Babeuf qui en était partisan dès 1786, prôna en 1790, avec le curé Chevalier de Roye, de louer les biens nationalisés du clergé aux paysans pauvres à des baux perpétuels réduits, plutôt que de les vendre à la bourgeoisie urbaine et rurale. En attendant, il se mit à la tête du combat des paysans picards pour liquider les restes de la féodalité, dont le principe avait été aboli au 4 août 1789, mais dont les charges les plus onéreuses avaient été déclarées rachetables le 15 mars 1790 : d'où les nombreux conflits sur les droits de voierie revendiqués par les ex-seigneurs, comme à Gournay-sur-Aronde en septembre 1790, les affaires d'usurpation de biens communaux, des marais de Roye en 1791 aux prés de Bulles en 1792. Le maintien puis le rachat des dîmes et des champarts, provoquèrent une insurrection dans le nord de l'Oise et le Santerre lors des moissons de 1790 et 1791, où l'action de Babeuf fut régulièrement dénoncée, de Montigny à Beuvraigne ; à Méry-la-Bataille dans le Clermontois, sa "pétition sur les fiefs, seigneuries, cens et champarts", réclama, en février 1791, "la liquidation totale de la féodalité, fruit de l'usurpation historique des seigneurs". A Davesnecourt (Somme), entre février et octobre 1791, Babeuf prit la défense des habitants en lutte avec la comtesse de la Myre, à propos du moulin banal, du triage des communaux et du rachat des champarts. La municipalité séquestrée au château, ayant été libérée par un mouvement de foule, la comtesse porta plainte pour violence et fit arrêter les meneurs, que le tribun défendit et parvint à faire élargir au prix d'un long combat et grâce à l'appui de J.M. Coupé devenu Législateur. Il avait rencontré le curé patriote de Sermaize et Président du district, au club des Jacobins de Noyon, qui le reçut en mai 1791. Babeuf y soutint des positions républicaines avancées après la fuite du roi à Varennes. Rêvant d'être député, il tenta vainement de faire de Coupé son porte-parole, proposant de devenir son secrétaire parlementaire. Mais le modeste curé de campagne, encore timide à l'assemblée, déçut Babeuf, même s'il apprécia le soutien de Coupé à ses compatriotes, lors des troubles de circulation des grains sur l'Oise et sur l'Aisne.


Après la chute de la Monarchie

Babeuf se réjouit de l'insurrection parisienne du 10 août 1792 et de la chute de la Monarchie, qui lui ouvrit enfin des perspectives d'élection, dans un contexte plus favorable à ses idées républicaines de toujours ; il tenta alors de faire connaître son programme égalitaire, non sans naïveté politique, quand il crut trouver un allié dans le ministre de l'Intérieur Roland, proche des Girondins.

Début septembre 1792, Babeuf manqua de peu d'être élu Conventionnel de la Somme : plébiscité comme électeur à Roye sur un programme politique et social audacieux, il fut battu de justesse à l'assemblée départementale d'Abbeville, après la campagne des notables du Santerre le présentant comme un dangereux "agitateur" ; la délégation de la Somme fut modérée, en dehors d'André Dumont. Ses partisans purent néanmoins faire élire le tribun au Conseil du Département de la Somme, le 17 septembre (par 225 voix sur 378), qui le nomma archiviste, le 12 octobre : un "premier succès après tant de revers". A Amiens, refuge d'aristocrates selon Babeuf, il entra en conflit avec le Directoire modéré, qui l'envoya en mission à Péronne puis Abbeville pour les subsistances ; il publia dans les Affiches de Picardie, le 3 novembre 1792, une belle lettre sur le théâtre, moyen d'instruction patriotique. Élu le 18 novembre, au Directoire du District de Montdidier, il s'y trouva "seul sans-culotte" parmi les notables, qu'il bouscula, en faisant hâter la confiscation des biens des émigrés, en orchestrant après l'exécution de Louis XVI, un autodafé de tapisseries fleurdelysées.

Mais ses ennemis mirent à profit une grosse bévue du tribun, l'affaire du "faux" de Babeuf, début février 1793. La ferme de Fontaine-sous-Montdidier, dépendant d'une commanderie de Malte, vendue aux enchères ayant échappé à son fermier au profit d'un riche habitant de Montdidier qui menaçant de l'expulser, Babeuf mû par un désir de justice sociale et induit en erreur sur la légalité de l'acte par deux autres administrateurs commit l'erreur de le rectifier, ce qui le fit accuser de faux en écriture et même de corruption. Le tribun fit aussitôt l'objet d'une enquête criminelle à Amiens : estimant n'avoir aucune chance de se justifier en Picardie, il se réfugia à Paris en février 1793 et devait y vivre incognito plusieurs mois, avant d'être découvert et incarcéré, en pleine Terreur, pour un "crime" qui devait le faire condamner par contumace à Amiens à 20 ans de fers en août 1793, et le poursuivre jusque sous le Directoire.


Babeuf, avant la Révolution (1760-1789)

Babeuf à Paris sous la Convention (1793-1794)

Babeuf, De thermidor à la Conjuration des Egaux (1794-1797)

Mots Clés

Hier Humain Utopie Solidarité


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Sources :

Victor DALINE, Gracchus Babeuf, 1785-1794, Ed. du Progrès, Moscou, 1976, 582 p.

Philippe BUONARROTI, Conspiration pour l'Egalité dite de Babeuf, Bruxelles, 1828, Rééd. Ed. Sociales, Paris, 1957, 2 vol.

Image:Button ok.png Jacques Bernet















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