Manessier, Alfred
De Picardia: L'encyclopedie Picarde.
Alfred Manessier par "Christine Manessier", publié le 01/12/11
Biographie
De double et lointaine ascendance picarde, enfant unique de Nestor (1884-1936) et de Blanche (1888-1977), Alfred Manessier est né le 5 décembre 1911, chez ses grands-parents maternels à Saint-Ouen (Somme), village industriel à vocation textile du Val de Nièvre, où son grand-père, Ovide Tellier (qui comptera beaucoup pour lui), avait été tisserand-cordier avant la mécanisation de ce métier par les frères Saint. Non loin, son grand-père paternel, Alphonse Manessier, était tailleur de pierre à Pont-Remy.
ENFANCE
Sa prime enfance à Abbeville (faubourg de Thuison, près de la Bouvaque) dans une grande et belle propriété achetée à la faveur d’un héritage par Ovide et Céline Tellier en 1912, se trouve vite troublée par la “Grande Guerre”, le privant comme tous les enfants de sa génération de la présence paternelle.
1921 - Pensionnaire au Lycée Frédéric-Petit d’Amiens, car sa mère tombe gravement malade.
1922 - Reprise de la vie familiale à Amiens (15 rue Gresset) où Nestor Manessier, auparavant comptable, devient un négociant en “vins et spiritueux” très apprécié.
1923 - Sa vocation de peintre est précoce : premières aquarelles dans le port du Crotoy, lieu de ses vacances. Il reçoit les encouragements du peintre Albert Matignon (1860-1937).
DEVENIR PEINTRE
À partir de 1924 [au début en marge du Lycée] : reçoit un enseignement très “académique” de dessin, de peinture, de modelage et d’architecture à l’École régionale des beaux-arts d’Amiens où, après la troisième, il prépare le concours d’entrée à l’École nationale des beaux-arts.
De 1924 à 1934 - Le jeune Manessier se livre assidûment à sa passion : l’exercice de la peinture sur le motif dans la campagne picarde et surtout, chaque été, dans la lumière fine et changeante de la Baie de Somme, dont l’attrait irrésistible ponctuera son œuvre tout au long de sa vie, l’aidant cycliquement à se ressourcer.
1929-1931 - Reçu en section peinture à l’École nationale des beaux-arts de Paris l’année scolaire 29-30, il n’y entrera cependant qu’un an plus tard, le 10 mars 1931, en section architecture (atelier Recoura-Mathon), répondant ainsi au désir de son père, soucieux d’un métier sérieux pour son fils, l’obligeant à revenir à Amiens tous les soirs.
Effectue parallèlement des copies (Rembrandt, Renoir, Rubens, Tintoret…) au Musée du Louvre où il fait la connaissance de Jean Le Moal.
23 avril - 3 mai 1931 : Manessier participe à la 45ème Exposition de la Société des Amis des Arts du département de la Somme, Amiens, Académie des Beaux-arts.
1932 - Voyage d’études, en Hollande, à Hilversum. Rencontre l’architecte Willem Marinus Dudok, ami de Mondrian, peintre qu’il admire déjà profondément, ainsi que Braque et Picasso.
Participe avec l’architecte Pierre Brunerie aux rencontres de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires.
ETRE PEINTRE
1933 - Premier envoi au Salon des Artistes indépendants, après avoir fréquenté certaines Académies libres de Montparnasse.
1934 - Participe aux manifestations de février contre le fascisme.
En mai : rejoint ses amis Le Moal et Rouvre en Provence. Des études de paysages autour d’Eygalières font partie de ses dernières peintures réalisées directement d’après nature.
1934-1935 - Avant son service militaire à Metz (15 avril 1935 – 15 mai 1936), bref passage à l’Académie Ranson pour suivre, avec Jean Le Moal, une initiation à la technique de la fresque. Ce cours assuré par Roger Bissière, ouvert à la rentrée “34”, leur a été signalé par Étienne-Martin, élève du sculpteur Charles Malfray.
À cette époque, locataire d’un atelier voisin de celui d’André Masson (117, rue Notre-Dame des Champs, Paris 6ème), il compose un premier grand tableau qu’il considère fondateur : Les Dieux marins.
1936-1937 - La mort brutale de son père (14 mars 1936) l’obligera à renoncer momentanément à son projet personnel de peindre car il doit, à son retour du service militaire, en plein Front populaire, aider sa mère à gérer le négoce familial à Amiens jusqu’à sa liquidation fin 1937.
En mai 1937 : rejoint cependant à Paris l’équipe de Félix Aublet, chargée de la réalisation de décorations monumentales destinées au Palais des Chemins de fer dans le cadre de l’Exposition internationale, en association avec le couple Delaunay. Bouleversé par la Guerre d’Espagne, il assiste, fasciné, à la mise en place par Picasso de Guernica au Pavillon de l’Espagne républicaine.
Parmi les rares tableaux peints à Amiens : Apocalypse, Le Robot magicien.
1938 - Le 11 janvier, Alfred et sa mère quittent définitivement Amiens ; Blanche ayant décidé de vendre tous ses biens, afin que son fils puisse risquer l’aventure de la peinture à Paris. Installation précaire dans un atelier de moulage (4 rue Franquet, Paris 15ème), où il peint, entre autres, Les Lunatiques, Le dernier Cheval, dont le dessin préparatoire porte l’inscription À bas Hitler.
Mariage le 15 octobre avec Thérèse Simonnet (1907-2000), jeune assistante sociale parisienne élevée dans l’amour de la peinture, amie d’Elvire Jan et de Jean Bazaine aux côtés desquels elle avait pratiqué cet art jusqu’en 1936. Leur rencontre avait eu lieu le 10 mai au vernissage de l’exposition Témoignage organisée par René Breteau.
1939 - En juillet : location d’une maison avec atelier et jardinet appartenant à l’Institut Pasteur (203 rue de Vaugirard, Paris 15ème) où il vivra et travaillera pendant trente trois ans. Se lie d’amitié avec son voisin : Gustave Singier.
LA GUERRE
Au cours de ses vacances au Crotoy, il est mobilisé fin août au 507ème Régiment de Chars de Combat à Metz.
1940 - Démobilisé le 29 juillet dans le Lot-et-Garonne, il retrouve sa femme et sa mère réfugiées en zone libre dans
la propriété de Bissière à Boissiérettes (Lot) où il devient travailleur agricole. Après la naissance de son fils Jean-Baptiste, le 3 août à Cahors, la famille loge dans une vieille demeure à Benauge, hameau voisin.
1941-1942 - Participation (avec des toiles d’avant-guerre choisies en son absence par Bazaine, Singier et Claude Simonnet, son beau-frère) à l’exposition Vingt jeunes peintres de tradition française organisée à la galerie Braun par André Lejard et Jean Bazaine. Ce dernier, chargé de la section Arts plastiques de Jeune France, avait incité Manessier à rejoindre la capitale en mai 1941, par l’offre d’un emploi (formation de moniteurs). L’association Jeune France, refusant de devenir un organisme de propagande officielle, est dissoute le 20 mars 1942.
REPRISE DE LA PEINTURE
En juin 1942, le versement d’une assurance-vie souscrite par son père, lui permet d’acheter, près de Mortagne-au-Perche où demeure sa belle-famille, une modeste maison paysanne “Le Bignon” qui accueillera jusqu’aux lendemains de la guerre de nombreux amis : l’écrivain Camille Bourniquel ; les peintres Jean Bertholle, Elvire Jan, Gustave Singier et Max Vasseur ; les sculpteurs Georges-Henri Adam, Étienne-Martin, François Stahly.
La grange est transformée en atelier. La petite maison elle-même devient source d’inspiration : La Cheminée au Bignon, Le Bignon le jour, Le Bignon le soir, Le Bignon au crépuscule, Le Bignon la nuit…
1943 - De premiers amateurs commencent à venir à l’atelier : Paul Martin (fondateur de la Galerie de France) ; Jacques Laval (jeune abbé de Reims, futur dominicain, ami providentiel pour beaucoup d’artistes à l’époque sans ressources) ; Camille Bourniquel (poète, encore étudiant à la Sorbonne)…
LA FOI
16 septembre : accompagnant en curieux Camille Bourniquel venu faire une retraite à la Grande Trappe de Soligny, proche du Bignon, Manessier est touché par la foi.
De retour à l’atelier du Bignon, puis à Paris, il peint plusieurs Voile de Véronique/
12 novembre : son évocation de Saint Jérôme (coll. Musée Boucher-de-Perthes) fraîchement peinte trouve vite des amateurs, Bernard et Bianca Lamblin, jeunes philosophes, anciens élèves de Sartre et de Simone de Beauvoir.
1944 - 15 avril : accord avec la Galerie René Drouin (jusqu’au 10 octobre 1948).
1945 - Naissance de sa fille Christine le 13 avril à Paris.
Un grand tableau vertical Salve Regina le représente au premier Salon de Mai, véritable manifeste de la jeune peinture, dont il est l’un des membres fondateurs (trésorier).
Décoration avec Le Moal et Singier du centre d’accueil des prisonniers et rapatriés de Thionville (architecte Edouard Albert).
1946 - Exposition à la Galerie Drouin avec Le Moal et Singier.
1947 - Reçoit la visite de Georges Rouault, à l’instigation d’un filateur du Nord, Philippe Leclercq qui commence à s’intéresser à l’œuvre de Manessier pour sa collection.
Première tapisserie La Construction de l’arche exécutée à Felletin, dans la Creuse.
Fin août : vacances au Crotoy. Soir d’été dans la baie de Somme est le premier signe pictural de ce retour en Picardie maritime après la guerre.
1948 (15 mai - 6 juin) – Participation à l’Exposition d’art sacré ancien et moderne, Amiens, Musée de Picardie.
Le Musée de Picardie acquiert de l’artiste un tableau : Pietà, 1948.
1948-1949 - Passe deux étés consécutifs au Crotoy où il exécute sur place des aquarelles.
Inspiré à nouveau par la Baie de Somme, de retour à l’atelier, il peint une série de paysages dans une transposition de plus en plus accusée : Le Port bleu, Espace matinal, Le Flot en baie de Somme, Port du Crotoy au petit jour…
LES VITRAUX ET LA RECONNAISSANCE
1948-1950 - Dès sa première commande de vitraux aux Bréseux (Doubs), Manessier innove par le choix délibéré de la non-figuration pour s’exprimer, ô scandale à l’époque, dans un édifice ancien. Aussi le diocèse de Besançon sera-t-il exemplaire dans l’évolution de l’art sacré d’après-guerre, grâce à l’abbé Maurice Morel (natif d’Ornans) et au chanoine Lucien Ledeur (ami d’enfance de François Mathey, futur conservateur en chef audacieux du Musée des arts décoratifs à Paris, natifs tous les deux de Ronchamp où ils appelleront Le Corbusier à construire la chapelle).
Très vite reconnu comme l’un des rénovateurs de l’Art sacré du XXe, Manessier régénérera l’art du vitrail par la création de nombreux ensembles en France (Arles, Hem, Le Pouldu, Pontarlier, Saverne, Alby-sur-Chéran, Château de Voguë, Céret, Locronan, Saint-Dié-des-Vosges, Abbeville...) ; en Allemagne (Essen, Cologne, Brême, Berlin) ; en Suisse (Bâle, Moutier, Fribourg, Pringy...) ; en Espagne (Luchente).
1949 - Première exposition personnelle à la Galerie Jeanne Bucher à Paris en avril, où sont présentées ses premières lithographies réunies dans un Album sur le thème de Pâques, ainsi que des huiles (Jardin des Oliviers, Jardin de Pâques, Nocturne…) et les aquarelles accompagnant les tirages de tête. Une aquarelle évoque Les Ténèbres (Musée de Picardie, Amiens).
Contrat en novembre avec Gildo Caputo. Expose alors à la Galerie Billiet-Caputo (rue de La Boétie) : Nuit de l’Épiphanie, Le Long du rivage, Pour les litanies du soir…
1951 - Première exposition personnelle à l’étranger à la Galerie Apollo de Bruxelles.
De vacances passées à l’Ile d’Oléron, sont nées : Ensoleillée dans la dune, Forteresse et port à Oléron. Plusieurs aquarelles La Grande Forteresse (La Rochelle) sont préparatoires d’un tableau important de 1952 : Turris Davidica.
1952 - Début de son amicale collaboration avec les tisserands Jacques et Laure Plasse Le Caisne qui seront les interprètes privilégiés de la plupart de ses tapisseries et vêtements liturgiques.
Travaille à de grands formats sur le thème de la Passion qui sont présentés à la Galerie de France (reprise à la fin de 1950 par Gildo Caputo et Myriam Prévot) en décembre ; puis à la galerie Pierre Matisse à New York : Barrabas (Stedelijk van Abbemuseum, Eindhoven), Nuit de Gethsémani (Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf), Pour la fête du Christ-Roi (Moma, New York), Recueillement nocturne II (en dépôt au Musée de Picardie)
1953 - Vacances estivales au Crotoy dans une villa donnant directement sur la plage. Série de pastels, de petits lavis et d’aquarelles sur place.
Premier Prix de Peinture à la Biennale de São Paulo.
1954 - Nouvelles peintures inspirées par la Mer du Nord et la Baie de Somme, dont Mer du Nord, Morte-eau, Per amica silentia lunæ…
1955 - Un voyage en Hollande en février à l’occasion d’une rétrospective au Stedelijk Van Abbemuseum à Eindhoven provoque une “période hollandaise » dans l’œuvre de Manessier (Près d’Haarlem, Fête en Zeeland, Port néerlandais…). Il y retournera en été 1956, en compagnie du sculpteur Georges-Henri Adam et de Reynold Arnould, peintre et conservateur du Musée des beaux-arts du Havre.
Séjour d’été au Crotoy dans une maison donnant sur le port.
Grand Prix international de Peinture à l’Institut Carnegie de Pittsburgh et Prix international de peinture de l’exposition de Valencia au Venezuela.
Émaux réalisés par deux moines de l’Abbaye de Ligugé : Dom Coquet et Jacques Dupeux.
1956 - En février : Thérèse et Alfred Manessier achètent une ancienne ferme à Émancé, aux confins de la Beauce. Une partie de la grange est transformée en atelier. (Le Bignon avait été vendu depuis quelques années).
Les événements de Budapest en Hongrie le bouleversent (Requiem pour Novembre 1956)
1958 - Inauguration en mars de la Chapelle Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face à Hem, près de Roubaix (Nord), conçue en étroite collaboration avec l’architecte bâlois Hermann Baur, à la demande de Philippe Leclercq, promoteur du projet et de sa réalisation.
Illustre les Cantiques spirituels de Saint Jean de la Croix par douze lithographies.
Premier séjour estival à l’Auberge de la Tour à Aups (Var), non loin du Verdon et du village de Moissac-Bellevue où Camille Bourniquel et Elvire Jan viennent d’acheter une maison. Pris d’une intense frénésie de dessiner, il exécute sur place une série de lavis à l’encre de Chine sur des nappes en papier fournies par l’aubergiste : Montagnes au soleil, Montagnes près d’Aups, Rochers près d’Aups…
De retour à l’atelier, sa peinture évolue vers une écriture plus mouvementée : Vers Tourtour, La Montée à Moissac, Aube sur la garrigue, Le Remous, Verdon automnal…
1959 - Exposition à la Galerie de France des peintures, pastels et lavis inspirés par le Midi où il est retourné passer les vacances d’été à Moissac-Bellevue et dans la Montagnette, au Mas de Chausse chez son ami l’architecte Édouard Albert (La Nuit au Mas)
1960 - Voyage à Rome avec Raymond Cogniat, Bernard Dorival, Alberto Giacometti et Édouard Pignon pour former le jury du Prix de Paris. La délégation française, sollicitée par Jean XXIII, est reçue au Vatican.
Le chorégraphe Léonide Massine lui demande de créer les décors et les costumes pour le Decameron de Boccace (Vème Festival international de ballets de Nervi, près de Gênes).
1961 (9 - 31 octobre) - Participation au VIIème Salon de la Société des Peintres et Sculpteurs Picards, Musée de Picardie, Amiens
1962 - Jacques Lassaigne, conservateur en chef du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, nommé commissaire du Pavillon français à la XXXIème Biennale de Venise invite Manessier à présenter un ensemble de grands formats sur le thème de la Passion et de la Résurrection (dont Résurrection, L’Offrande de la terre ou Hommage à Teilhard de Chardin, le polyptyque L’Empreinte, Les Ténèbres… Malgré un climat déjà hostile à la France, le jury (à l’unanimité sauf une voix) lui décerne le Grand Prix international de Peinture ; Alberto Giacometti obtient le Grand Prix de Sculpture.
1963 - Création les costumes pour La Vie de Galilée de Brecht montée au TNP par Georges Wilson ; Jean-Baptiste, son fils, est l’auteur de la scénographie.
LES VOYAGES
Découverte de l’Espagne au printemps, à l’invitation de Don Alfonso Roig, prêtre et professeur d’histoire de l’art à Valencia. Visite Tolède, Madrid (Le Prado), Avila. Premier séjour à la Ermita de Luchente, entre Gandia et Jativa, où il reviendra souvent prendre du repos, tout en dessinant intensément, à différentes saisons jusqu’en 1985.
1964 - Exposition particulière à Washington (Philipps Collection).
1965 - En avril, se rend en Norvège à l’occasion d’une importante exposition personnelle à la Kunstnernes Hus d’Oslo.
1965-1966 - Poursuite de son travail lié à l’Espagne, montré à la Galerie de France en été 1966 : Hommage au Gréco, Vent du soir sur Tolède, El Tajo sous l’orage, Paysage espagnol, Hommage à Goya, Hommage à Miguel Unamuno, Nuit à la Ermita, Ombre escarpée, Terre assoiffée I…
1967 - Sollicité pour une conférence sur les Métiers d’art au Pavillon français de l’Exposition Universelle de Montréal, il effectue un premier voyage au Canada avec le tisserand Jacques Plasse Le Caisne – une tapisserie destinée au Centre National des Arts d’Ottawa leur ayant été commandée par son directeur Hamilton Southam qui les invite à quelques jours de détente dans une des mille îles du lac Rideau. Là, un lieu-dit découvert en bateau le fascine : le “sanctuaire des poissons”, à l’origine du grand format allongé : Fishes’sanctuary.
En mars, exposition personnelle à la Maison de la culture d’Amiens.
1968 - Affiche collective pour la Journée des intellectuels pour le Vietnam, le 23 mars 1968, en collaboration avec André Masson, Matta, Picasso, Édouard Pignon, Rebeyrolle, Soulages et Vasarely.
4 avril : sous le choc de la nouvelle de l’assassinat de Martin Luther King, il commence le soir même dans l’atelier d’Émancé, une toile qui lui rend hommage.
1969 - Deuxième séjour au Canada pour la pose de la tapisserie Lac secret à Ottawa.Visite New York avec son ami Zao Wou-Ki.
1970 - Présente à la Galerie de France une série d’œuvres peintes depuis 1967 d’après les paysages canadiens et le thème de l’hiver : Le Grand-Nord, Paysage esquimau, La Grande Racine, Givré I, Survol du Labrador…
Début d’une série de peintures liée aux Ports nordiques.
Novembre : commence une grande toile horizontale dans l'atmosphère tendue du Procès de Burgos qui en portera le titre.
1970-1974 - Développe parallèlement deux cycles d’œuvres, l’un inspiré des moissons de la Beauce (Blés, Champ coupé, Blés après l’averse, Alléluia des champs III, également titré Joie champêtre, ou de la Mancha en Espagne (La Mancha d’octobre, Paille lumière) et l’autre en écho à certains événements politiques (résistance anti-franquiste, guerre du Vietnam, assassinat de Salvador Allende au Chili…).
Expulsé de son atelier parisien par des promoteurs en juin 1973, Manessier se replie à Émancé. L’atelier est agrandi. Il y vivra et travaillera, en toutes saisons jusqu’en 1979 ; puis aux beaux jours jusqu’en 1993.
1974 (février - mars) - Participation à l’exposition Saint-Leu vu par les artistes picards, Musée de Picardie, Amiens.
1975 - Deux expositions successives à la Galerie de France d’aquarelles (exécutées dans son atelier parisien au début de sa démolition), puis de ses dernières peintures.
Naissance de sa petite-fille Jeanne le 16 mai.
19 septembre – 3 octobre : séjour à la Ermita de Luchente. La situation politique en Espagne est dramatique : on annonce l'exécution de cinq jeunes condamnés à mort par Franco.
Fin novembre : entreprend, au moment de la mort de Franco, la toile qu'il porte en lui depuis le garrottage le 2 mars 1974 de Salvador Antich Puig : Pour la mère d'un condamné à mort.
1976 - Catastrophé par la restauration du vitrail L’Arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres (protection au moyen d’une résine synthétique), il fonde avec Jean Bazaine et Jean Lescure, l’Association pour la Défense des Vitraux de France.
Un voyage en Algérie à Pâques, lui inspire dès son retour, dans une écriture “prémonitoire” des Favellas, une première série d’aquarelles qu’il poursuivra de 1989 à 1991.
Léopold Senghor l’invite à découvrir le Sénégal à l’occasion de sa rétrospective au musée Dynamique de Dakar.
RETOUR A LA PICARDIE
1977 - Quelques mois après le décès le 19 janvier à Émancé de sa mère qu’il a tenu à soigner lui-même, Manessier effectue un long séjour réparateur au Crotoy. Les premiers lavis Sables et les petites aquarelles Galets naissent de ce retour sur les lieux heureux de son enfance.
1978 - Achève d’imprimer à Barcelone une Suite de quinze lithographies sur le thème de Pâques.
Naissance de son petit-fils Ismaël le 1er avril.
1979 - Entreprend deux nouvelles séries de peinture : l’une remémorant les paysages aquatiques de son enfance en Picardie (Les Hortillons au printemps (Musée de Picardie, Amiens) Les Hortillonnages le soir, Nuit d’hiver dans les marais picards, Marais de Thuison…) qu’il poursuivra jusqu’en 1985 et l’autre évoquant les bidonvilles du Brésil (sans jamais y avoir été). Sa première toile Favellas I est peinte en Hommage à Dom Hélder Camara, archevêque d’Olinda-Recife, défenseur des plus pauvres et acteur de la théologie de la Libération, mouvement dans l’église d’Amérique latine dont Manessier se sent particulièrement proche.
9 juin - 30 septembre : Exposition de Tapisseries contemporaines, au Centre d'art et de culture d’Airaines.
1980 - 29 mars : amorce dans la même veine un grand format vertical en Hommage à Oscar Arnulfo Romero , archevêque de San Salvador assassiné le 24 mars 1980.
14 juin - 28 septembre : Exposition Manessier, Rouault, Friboulet, au Centre d'art et de culture d’Airaines.
1981 - Rétrospective au Musée de la Poste à Paris, à l’occasion de l’émission de son timbre reproduisant un petit tableau peint en 1976 : Alléluia.
1982 - À la demande de François Énaud, Inspecteur des Monuments historiques, création des Maquettes de l’ensemble des vitraux de l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville dans un petit atelier du quatorzième arrondissement à Paris (51 rue Maurice-Ripoche) où il travaillera épisodiquement de 1979 à la fin de 1985.
1983 - Accrochage à la nouvelle Galerie de France (52, rue de la Verrerie à Paris) de la série des Favellas et de celle des Marais et Hortillonnages (Aube sur les étangs ou Hommage à Monet, Aurore sur les étangs, Marais de Thuison I, Le Scardon à Thuison…). Les lavis Sables et les aquarelles Galets sont également présentés.
1984 - Tissage par l’atelier Plasse Le Caisne de sa dernière tapisserie L’Accueil destinée à la nouvelle Ambassade de France à Washington.
27 avril - 3 mai : Présentation des Acquisitions du FRAC Picardie 83, Conseil Régional de Picardie, Amiens (Fonds d’eau, aquarelle, 1982).
1er - 11 juin : Participation à la Foire-exposition de Picardie, Autour du réel, organisée par l’Association pour le Développement Culturel en Picardie, Amiens.
Deuxième voyage en Suède où il retournera en été 1988, chaque fois à l’occasion d’une exposition organisée par Viveca Bosson dans sa fondation près de Halmstad.
1985 (15 - 26 avril) - Participation à l’exposition Le FRAC et l’école, Centre régional de documentation pédagogique, Amiens.
1986 - Reprise du thème de la Passion du Christ décliné selon les quatre évangélistes.
Participe à l’équipe réunie par Bazaine pour la création des vitraux de la Cathédrale de Saint-Dié-des-Vosges (transept nord).
Quitte Paris et aménage un pavillon et un petit atelier d’hiver à Clamart, où seront créées ses dernières aquarelles Verticales début 1993.
1987 - L’été à Émancé, il commence cinq toiles monumentales en hauteur, sur le thème des Banlieues, inspirées par les lumières nocturnes de Clamart, Les Tours qu’il travaillera jusqu’en 1990.
Peint L’Otage en communion de pensée avec les otages détenus au Liban depuis le 22 mai 1985, Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat et leurs amis.
1988 - Importante exposition itinérante de trente-trois œuvres, choisies par son ami Pierre Encrevé, sur le thème de la Passion (1948-1988) à Lyon (Elac), Besançon, Luxembourg, Halmstad en Suède, Dublin.
4 mai : libération des otages français au Liban.
5 - 24 mai : malgré la situation dramatique en Nouvelle-Calédonie et la confirmation de la mort de Michel Seurat, Manessier exauce son vœu de peindre un Hymne à la joie à la libération des otages.
Découverte des paysages irlandais du Connemara en automne.
1989 - 2 avril : inauguration des trois premières verrières du chœur de l’église du Saint-Sépulcre d’Abbeville.
Croisière dans les îles anglo-normandes.
Peint Liberté, liberté - Hommage à l’Abbé Grégoire, grand triptyque de 230 x 600 cm, présenté à la Galerie de France en décembre.
1990 - Son triptyque L’Empreinte, exposé pour la première fois en 1962 à la Biennale de Venise, est accroché au Musée du Louvre à Paris pour l’exposition "Polyptyques".
Voyage à Prague à l’occasion d’une exposition à la Galerie de l’Hôtel de Ville, organisée par l’AFAA.
23 juin - 30 septembre : le Musée Boucher-de-Perthes d’Abbeville présente une exposition Manessier, œuvres 1927-1989 – Présentation des vitraux de l'Église Saint-Sépulcre.
1991 (16 février - 14 avril) : Participation à l’exposition Dessin d'une collection : Mouvement 5, , Musée Boucher-de-Perthes, Abbeville.
Dans son atelier d’hiver de Clamart, juste après son 80ème anniversaire le 5 décembre, il reprend – dans une première version angoissée/angoissante – le thème abordé en 1950 : Notre amie la mort ou La Lettre de Mozart à son père.
Rêvant de la petite rivière de son enfance, il peint Eau du Scardon en hiver.
1991-1992 - Tournage à Émancé et en Picardie du film de Gérard Raynal Les Offrandes d’Alfred Manessier.
Peint l’été à Émancé les Espaces marins (en dépôt au Musée Boucher-de-Perthes), dernière déclinaison de la Baie de Somme en trois variations monumentales qui viennent clôturer sa Rétrospective, organisée par Claire Stoullig, dans les Galeries nationales du Grand Palais à Paris du 7 octobre 1992 au 4 janvier 1993.
1993 - Séjours à la Villa Médicis à Rome en février ; puis à Budapest en mai – villes où sa Rétrospective est accueillie.
Naissance de sa petite-fille Héloïse le 16 mars.
Pentecôte : inauguration à Abbeville de l’ensemble quasiment achevé des vitraux de l’église du Saint-Sépulcre. Le lendemain, il passe une journée heureuse chez son ami le recteur Robert Mallet à Bray-lès-Mareuil.
Juin : de retour à l’atelier d’Émancé, Manessier peint Les Marais de Bray-lès-Mareuil et commence une deuxième version du thème [Notre amie la mort selon Mozart] qui est apaisée/apaisante.
Victime d’un accident de voiture le 28 juillet à son retour de vacances, il meurt le dimanche 1er août à l’Hôpital d’Orléans-La Source. Ses funérailles ont lieu à Abbeville le 5 août dans la lumière de ses derniers vitraux ; puis dans le cimetière de son village natal.
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Opération "2011-2013 - Les années Manessier en Picardie" du Conseil régional de Picardie
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