Wallet, Roger

Écrivain et agitateur culturel

Instituteur puis directeur du CDDP de l’Oise, Roger Wallet est profondément et intensément picard. Il écrit beaucoup, crée avec Philippe Crognier l’association Écrivains en Picardie puis fonde les éditions de La Wéde pour soutenir les écrivains picards.


Roger Wallet Crédits : Roger Wallet Crédit

Ecrivain et agitateur culturel

Roger Wallet, né en 1947 à Rouen et revenu dans la Picardie natale de ses parents en 1954, aurait pu être prêtre. Il est devenu instituteur et écrivain. Instituteur jusqu’en 1992, avec un intermède d’un an entre 1981 et 1982 à la direction du Centre d’animation culturelle de Compiègne et du Valois, puis chef de cabinet de l’inspecteur d’académie jusqu’en 1999, et directeur du centre départemental de documentation pédagogique jusqu’en 2006, année de son départ à la retraite.

L’écriture

Dès les années 1970 il écrit des chansons et publie en 1973 un recueil de poèmes, J’ai rien dit, édité par la librairie Guy Chambelland à Paris, pour lequel il a des mots très durs « grotesque, affecté, poète-maudit-de-deux-sous » avec le recul du temps. Au lendemain d’une éclipse d’un quart de siècle, pendant lequel il noircit des cahiers au crayon (un exercice de calligraphie qu’il pratique toujours), il publie en 1999 son premier roman, Portraits d’automne, aux éditions Le Dilettante, oeuvre qui lui vaudra le prix du livre de Picardie décerné par le Conseil régional. Dès janvier, Olivier Le Naire, critique, à L’Express décèle, admiratif, dans son livre « une sorte de peinture à la Delerm, la souplesse d’écriture et le supplément d’âme en prime ». Son passage en mars à Apostrophes chez Bernard Pivot lui assure le succès. L’année suivante paraît chez Denoël Ce silence entre nous. « Le nouvel Observateur a flingué le bouquin », dit-il. Il n’en faut pas davantage pour qu’il ne se vende pas en librairie.

L’écrivain trouve un deuxième souffle en 2007. Son recueil Tout ce que j’ai perdu m’appartient, publié par la maison d’édition nantaise du Petit Véhicule, lui vaut une critique élogieuse dans Le Figaro littéraire sous la plume du picard Philippe Lacoche. « Le titre de son article : Noir de jais. Je m’en souviens comme si c’était là », savoure Roger Wallet.

L’enfance

Il est le petit dernier d’une famille de neuf enfants. Sa tante, religieuse de la congrégation de Saint-Vincent-de-Paul, propose à sa sœur de le prendre en charge. Pour soulager la famille nombreuse de sa parente, sœur Maria accueille son neveu dans l’orphelinat de Seine-et-Oise où elle exerce. Agé de sept ans, le jeune garçon y est élève en primaire et retourne chez ses parents à Beauvais pendant les vacances. Le jeune Roger demeure dans la sphère catholique pour le premier cycle de l’enseignement secondaire pour lequel il rejoint le petit séminaire de Seine-et-Oise.

Le second cycle, il l’effectue au lycée Félix-Faure à Beauvais. Elève de Terminale en 1964, la prêtrise le taraude toujours. Sa mère, lui certifiant que rien ne presse et que sa décision peut attendre une année de plus, l’incite à se présenter au concours d’entrée à l’Ecole normale d’instituteurs.

S’il croit toujours aux Evangiles, le futur maître d’école a de plus en plus de mal à se ranger aux dogmes de l’Eglise, et la règle d’obéissance à un évêque l’insupporte au plus haut point. C’est dans cette vieille institution républicaine de la rue Bossuet qu’il découvre le laïcisme et le militantisme et se détourne des affaires de la religion pour s’intéresser à celles de ses frères en humanité.

L’engagement

A sa sortie de l’Ecole normale, ses premiers pas d’instituteur le conduisent à Saint-Paul, à côté de Beauvais, où il enseigne à des enfants de classe préparatoire et de cours élémentaire. Mal à l’aise, il s’en ouvre à l’inspecteur primaire qui lui propose un poste d’éducateur en internat dans l’Ecole nationale de perfectionnement à Crèvecœur-le-Grand. Arrivent l’année 1968 et le joli moi de mai. Deux événements majeurs surviennent dans la vie de Roger Wallet, porté par l’esprit révolutionnaire qui prend même Beauvais dans son élan : sa rencontre à la Fédération des œuvres laïques (Fol) avec Guy d’Hardivillers, un instituteur de sept ans son aîné, qui l’initiera au théâtre, et sa déclaration à l’objection de conscience.

Après son service civil chez Emmaüs, il reprend une classe et inscrit son action de pédagogue dans la tendance de L’Ecole émancipée, à l’extrême gauche. En même temps son compagnonnage avec Guy d’Hardivillers le conduit en 1975 à travailler avec lui à la FOL et à lui succéder en 1977 à la tête du Théâtre des enfants du Beauvaisis que son mentor avait créé en 1971.

Il se lie ensuite d’amitié avec Walter Amsallem, maire de Breauvais. Sa camaraderie avec ce proche de François Mitterrand n’a souffert d’aucune érosion. Bien au contraire. A l’automne de 2008 il cosigne avec lui Oui, le cœur à gauche Beauvais, 1972 – 2001 (éditions du Petit Véhicule), un ouvrage qu’il ne veut pas livre-bilan mais livre-témoignage. « Le témoignage d’un enthousiasme, d’une passion pour la démocratie locale », écrit-il. A « la révélation de mai 68 », à « l’éblouissement durable de l’engagement social et culturel » s’ajoute en 1977 « la possibilité de changer le monde » à Beauvais.

Trois ans plus tôt, L’Express l’avait inclu dans Les cinquante qui font bouger Beauvais. Et le dépeignait de la sorte : « Depuis que cet ancien instituteur, aujourd’hui directeur du centre départemental de documentation pédagogique de l’Oise, a découvert l’écriture, on ne l’arrête plus. En six ans, il aura signé une dizaine de romans et de nouvelles, et joué à l’agitateur culturel à travers, notamment, l’association Ecrivains en Picardie. »

La Picardie

Le 24 septembre 2005, sortait en librairie Picardie, autoportraits. L’association Ecrivains en Picardie qu’il a créée avec Philippe Crognier a spécialement fondé pour l’occasion les éditions de La Wéde (inspiré du bleu de la wéde, seule couleur qui fasse, à ses dires, flamboyer la Picardie) pour associer entre autres des écrivains comme Jean-Louis André, Philippe Crognier, Henri Heinemann, Philippe Lacoche, Yves-Marie Lucot, Thierry Maricourt, Isabelle Marsay, Jean-Louis Rambour à participer à ce que Roger Wallet appelle « un acte fondateur de la picartitude ».

Picard, Roger Wallet l’est intensément, profondément. Même s’il commet depuis deux ans quelques infidélités à sa Picardie chérie, comme l’atteste sa carte de visite recto verso, un côté Picardie pour la littérature, l’autre Gard pour un amour de jeunesse retrouvé. Mais d’aucuns de ses amis en sont convaincus, il séjourne bien davantage au pays de la waide qu’ailleurs.

Roger Wallet par « Jacques Frantz », publié le 25/11/11

A lire !

■Poésie-chansons

1974 – « J’ai rien dit », poèmes, Guy Chambelland 1973-1983 – avec les amis musiciens du groupe « Jeff », écriture d’une soixantaine de chansons 2004 – « Ça ressemble à une vie », Editions des Vanneaux

■Romans

1999 – « Portraits d’automne », Le Dilettante [Folio, 2002 – Prix du Livre de Picardie 2000] 2000 – « Ce silence entre nous », Denoël 2003 – « La mécanique du cœur », G&g 2004 – « La blanche de Bruges », G&g [Editions du Petit Véhicule, 2009] 2007 – « Sans retour », Cadastre 8zéro 2007 – « Les biclounes de l’Argilière » (avec E. Balaert), Ville de Montataire

■Nouvelles et chroniques

1998 – « Les Voisinlieusards », Voisinlieu pour tous, Beauvais 1999 – « La chanson de Carco », G&g 2001 – « Petit dictionnaire des futilités », G&g 2005 – « 2004, jour le jour », G&g 2006 – « Soin de vous », Centre hospitalier de Beauvais 2007 – « Tout ce que j’ai perdu m’appartient » Editions du Petit Véhicule

■Essais

1995 – « Björn Fühler, peinture et marionnettes », Do Bentzinger éd. 2002 – « Le marteau-piqueur », atelier poésie en SEGPA, CRDP Amiens 2003 – « L’accroche-cœur », écritures théâtrales à l’école primaire, CRDP Amiens 2007 – « Dans l’atelier du monde », sur des tableaux de Silère, Ed. Abel Bécanes 2008 – « Oui, le cœur à gauche : Beauvais, 1972-2001 », (avec W. Amsallem), Editions du Petit Véhicule

■Exemplaires uniques

2000 – « Le téléphone de nuit » (à E.L.G.) 2001 – « Le bonheur ou quelque chose comme d’habitude qui n’ose pas dire son nom » (à M.L.) 2008 – « Sans toi » (à C.M.)

■Ecriture à partir de témoignages

2006 – « La chanson de Saint-Max 1 : Histoires de guerre, Histoires d’école », Histoires de Vies Saint-Maximin [Oise] 2008 – « La chanson de Saint-Max 2 : Histoires de carrières », Histoires de Vies Saint-Maximin

■Adaptations vidéo

2005 – « La chanson de Saint-Max », Les Films de l’An II 2006 – « Une photo des années cinquante », Les Films de l’An II

■Collaborations

Sous le pseudonyme d’Angel Reinhart (avec P. Crognier) 2003 – « Pas le droit à l’erreur », Ed. Sansonnet [nouvelles] 2004 – « Djebel », G&g [roman]

Sous le pseudonyme d’Eden Yôqtan (avec E. Hernandez et G. Eloy) 2008 – « Les pensées de Kurgâr-le-Sage », Ed. Abel Bécanes

Le petit zinc, texte inédit

Le garçon les observait de loin. Il avait appuyé son vélo contre la haie. Ils grimpaient péniblement la colline, s’arrêtant tous les vingt pas pour reprendre leur souffle. L’homme portait un cabas. La femme lui lâchait de temps en temps la main pour remettre de l’ordre dans ses cheveux. Le vent soufflait de l’ouest, comme toujours en cette saison, un vent humide qu’accompagnaient parfois les mouettes. Leur cri grave le réveillait car la maison était à deux pas, adossée au coteau. L’homme tira du sac un de ces petits avions ridicules en bois blanc et le tendit à la femme. Elle était fluette, très brune, avec un pull à larges bandes colorées. De là où il était il ne distinguait pas son visage. Découvrir la suite

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.