Vigneux, Jean-Luc

Écrivain, journaliste et enseignant

Jean-Luc Vigneux, Picard des plus actifs dans la promotion de la langue et de la littérature picardes, est l’un des créateurs de l’association culturelle picarde Ch’Lanchron.


Domaine linguistique du Picard Crédits : http://lanchron.net/vit-pic.htm

Jean-Luc Vigneux fait partie des Picards les plus actifs dans la promotion de la langue et de la littérature picardes. Nous sommes allés à sa rencontre, pour en savoir plus sur son rapport au picard.

Interview

Jean-Luc, comment avez-vous appris à parler le picard ?

Naturellement. Dans la cour d’école, en jouant avec les copains d’enfance... Et puis en me récitant les mots que j’avais appris le soir, vers 7 - 8 ans, en m’endormant. Je me souviens très bien, ces débuts de nuit sous la grosse couverture piquée... Passaient dans ma tête les mots « glaine » « haillure » « bourgeron » « ramon » « louchet » « értcheusser » « coulotte » « poérion »...et puis je trouvais le sommeil ! A la maison, il y avait un dictionnaire de picard : le lexique de Beaucamps-le-Vieux (le pays de mon père). Et j’ai lu les « contes éd Florimond Long Minton » (de Doullens), puis « pur jus » d’Eugène Chivot. je notais tous les mots que je ne connaissais pas, ou que j’avais (déjà) oubliés. Puis j’ai acheté le dictionnaire de Gaston Vasseur. 680 pages de picard que j’ai lues, et relues, et relues encore ! C’est bien le seul dictionnaire que j’aie usé à force de le lire, à tel point que j’ai dû en racheter un second exemplaire.

Ensuite, à l’adolescence, j’ai commencé à jouer de la guitare. Et j’ai mis les mots de Jacques Dulphy sur mes premières mélodies. Puis est venu Ch’Lanchron, et nous avons sillonné les villages de la Somme (et un peu au-delà) avec nos pièces de théâtre. Quelle belle école !

En résumé : l’enfance, les lecture et la pratique quotidienne... Dans un bain de picard naturel. Je suis d’Abbeville (quartier de la sucrerie), capitale du Ponthieu, aux portes du Vimeu. Mes amis, mes relations, une partie de ma famille sont d’ici... Les autres sont de l’Amiénois. J’appartiens à cette terre-là.

Comment définiriez-vous cette langue : ancienne ? vivante ? régionale ? multiple ? fragile ?
Le picard c’est à la fois tous ces adjectifs et à la fois le contraire !

Ancienne ?

La langue picarde est ancienne, certes. On a des bribes de picard écrit qui remontent à plus de 1000 ans. Et puis la littérature s’est affirmée en tant que telle au Moyen age. Mais la langue est moderne, tant dans son expression littéraire que dans le vécu quotidien. Elle évolue avec son époque. Et si l’on dit « téléphone » ou « télévision » comme en français, ce n’est pas un gage d’appauvrissement (en anglais ce sont les mêmes mots !), mais bien une adaptation aux technologies contemporaines. Ce qu’on avait pu juger comme un obstacle (la proximité avec le français) se révèle être en fait un atout pour le picard. C’est surtout le nombre de locuteurs natifs qui permet à la langue de perdurer.

Vivante ?

Le picard est vivant : il n’est que d’ouvrir les oreilles, d’être curieux de ce qu’on entend un peu partout pour s’en persuader. Le mot « tchot » (petit) est très courant dans les conversations. Et le nombre de verbes qui émaillent des dialogues est parfois bien déroutant pour le visiteur étranger à la région : « S’inchper » ou « s’impiérger » (s’emmêler les pieds)... « échouir » (assommer)... « caler » (mettre bas)... ou « ratrucher » (essuyer avec un doigt le contenu du fond encore chaud d’une casserole pour le manger immédiatement et avec gourmandise)... et combien d’autres verbes ont surpris le voyageur non averti ?

Régionale ?

Oui le picard est une langue régionale. Mais alors il faut un S à régionale... Car ce sont 3 régions administratives qui sont concernées. La Picardie, évidemment, mais aussi le Nord-Pas-de-calais, et encore le Hainaut belge et le Borinage en Belgique (ce qu’on appelle là-bas aussi la « Wallonie picarde »). En fait on a une langue transfrontalière, donc internationale ! Elle est à cheval sur les provinces historiques de Picardie, Artois, Hainaut et Flandres.

Multiple ?

Le picard est UNE langue au sens linguistique. Mais elle connaît, comme toute langue vivante, des variations selon les lieux, les métiers, les accents locaux. Elle est multiple sur ce plan, donc. Comme elle l’est dans sa graphie, puisque celle-ci n’est pas unifiée dogmatiquement. Autre preuve de la vitalité de son expression.

Fragile ?

Comme tout ce qui est vivant, le picard est fragile. Mais il est robuste. Il a survécu à de si nombreuses guerres. Il ne se cantonne pas chez les vieilles générations, mais est bien présent dans toutes les couches de la population, que ce soit du point de vue de l’âge que de la répartition sociologique. Il n’est que de voir comment nos élus se revendiquent de leur langue picarde (notamment dans la Somme). La langue est un élément très fort de notre identité picarde. C’est ce qui peut en assurer la bonne santé.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.