Vaubourgoin, Thierry

Peintre

Il réalise ses premiers dessins à six ans, fait sa première exposition à huit ans. Grand prix de Rome en 1967, il peint six heures par jour. Il s’installe à Tracy-le-Mont et renoue avec ses souvenirs d’enfance dans l’Oise. Il anime avec Philippe Grisel les cours au foyer des arts de Compiègne.


Thierry Vaubourgoin

« J’ai connu beaucoup d’artistes confirmés qui peignaient comme des enfants, mais aujourd’hui Paris découvre un enfant qui peint comme un homme », c’est en ces termes que le journaliste André Warnod dépeint le jeune Thierry Vaubourgoin dans Le Figaro en février 1955.

Ses premiers dessins, à six ans, attirent l’attention. A huit ans, sa première exposition, faubourg Saint-Honoré, lui vaut déjà consécration ; quelques unes de ces toiles d’enfance, des natures mortes et des paysages, sont reproduites en pages 24 et 25 dans Thierry Vaubourgoin, la monographie parue en 2011 chez Cap Régions Editions, et montrent le talent précoce du jeune prodige. A dix ans, le petit garçon, authentique phénomène touché par la grâce, fait la une des journaux.

« Mozart de la peinture », titre Jours de France. « Un peintre de dix ans », annonce Le Figaro. « Un enfant qui peint comme un homme », affiche Familial. « Peintre prodige de 10 ans”, Sud-Ouest, le quotidien de Bordeaux, ville dans laquelle la son grand-père, Fernand Vaubourgoin, organiste, avait été professeur au conservatoire. Sa renommée est telle qu’elle franchit l’Atlantique où elle suscite intérêt et curiosité. Le célèbre magazine Times et la chaîne de télévision CBS envoient leurs reporters à Paris pour vérifier l’authenticité de la peinture de Thierry.

« Je me souviens que les journalistes américains étaient dubitatifs, raconte Thierry Vaubourgoin. Ils ont voulu que je peigne une toile devant eux. Démonstration faite, les gens du Times m’ont consacré une double page. Et la télévision un reportage… » Mais il se lasse vite de tout ce tapage. Passer pour un singe savant l’exaspère. Il fuit la société du spectacle pour apprendre son métier.

Né le 8 février 1944 à Paris, fils du compositeur Marc Vaubourgoin, Second Prix de Rome en 1930 pour ses cantates Héraklès à Delphes et Actéon, directeur du Conservatoire de Nantes entre 1937 et 1943, chef de l’orchestre de la Radio Rennes-Bretagne, directeur du service musicologique de l’ORTF et chef d’orchestre à la Radiodiffusion française à partir de 1954 (à ce titre, bien avant que le baroque revienne dans l’air du temps, il sort de l’ombre des pages admirables de Jean-Philippe Rameau), s’il emboîte le pas de son père sur le chemin de la villa Médicis de Rome, le fils délaissera l’art paternel pour se consacrer à la peinture.

Admis en 1960 à l’école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, Thierry Vaubourgoin étudie dans l’atelier de Maurice Brianchon. Trois ans plus tard, le voilà 2e grand prix de Rome de peinture et, en 1964, il expose à Tokyo, Kyoto et Anvers. L’année suivante, il est lauréat de la 4e biennale de Paris et expose à Barcelone et Madrid. En 1967, il touche au but et obtient le 1er grand prix de Rome de peinture qui lui ouvre les portes de l’académie de France dans la capitale italienne. De 1968 à 1971, il est pensionnaire de la villa Médicis que dirige alors Balthus nommé en 1961 par André Malraux. A son retour d’Italie, Thierry Vaubourgoin emménage au 18e étage d’une tour à Bagnolet qu’il quitte en 1976 pour s’installer dans l’Oise à Tracy-le-Mont, dans une vieille maison de pays dotée d’une tour du XVIIe siècle. Enfant, sa mère Suzanne l’envoyait pendant les vacances scolaires chez sa sœur à Compiègne. Il a gardé d’excellents souvenirs de ces séjours, c’est donc tout naturellement qu’il renoue avec l’Oise et ses tante, oncle, cousins et cousines. C’est là, au cœur de la forêt où, entre une cueillette de champignons, une partie de pétanque, un brame de cerf et son cours au foyer des arts de Compiègne qu’il anime avec le peintre Philippe Grisel et dont les élèves présentent leurs œuvres depuis plus de trente ans en octobre au Salon d’automne, qu’il peint ses grandes séries Les Métabolles, Les Mésalliances, Les travaux d’Hercule, Les recettes de cuisine, Les contes qu’il présente entre 1977 et 1988 dans des galeries parisiennes. Thierry Vaubourgoin s’exile subitement à Boisset dans le Cantal au milieu des années 1990. Il fait pourtant des allers-retours réguliers à Compiègne chaque début de semaine pour donner ses cours à l’école municipale des beaux-arts de Compiègne qu’il a contribué à créer en 1988. Il y a enseigné jusqu’en 2011, année de son départ à la retraite. Après avoir fortement marqué les esprits de Boisset en réalisant chaque année une toile destinée à promouvoir la brocante du village, il revient en 2009 sur ses terres isariennes d’abord à Jaulzy, puis à Hautefontaine.

Lui demande-t-on d’évoquer sa peinture, Thierry Vaubourgoin confesse : « Elle est une nécessité pour moi. Je peins quoi qu’il advienne six heures par jour. C’est l’essentiel de ma vie. Pour moi, il convient de peindre. » Vaubourgoin travailleur infatigable, toujours prêt à remettre l’ouvrage sur le métier, a été le sujet d’une thèse de doctorat d’histoire de l’art d’Antonia Van Saanen, fille d’un banquier suisse qui avait acheté quelques toiles à l’époque où il exposait chez David. « C’est curieux, elle a procédé à des rapprochements avec ce qui m’est arrivé et certains sujets de tableaux, s’étonne-t-il encore. Je ne m’en étais jamais rendu compte. Il a fallu que je lise sa thèse pour m’en apercevoir. Beaucoup de mes toiles sont autobiographiques et pourtant ce n’est pas volontaire de ma part. » On lui prête une appartenance surréaliste. Il répond : « Je ne peins pas à la manière des surréalistes. Je montre des choses. Je propose mais n’impose rien. »

A l’instar de Truffaut ou de Hitchcock qui apparaissent dans leurs films, Vaubourgoin traverse ses toiles. Il se représente dans Le grand échiquier, une œuvre de jeunesse, bandeau sur les yeux, mains sur les oreilles, bouche cousue, aveugle, sourd et muet, mais qui dit tout et le reste fort de son ironie socratique. On le voit, en 1981, chevauchant le squelette d’un cheval avec une improbable Jeanne d’Arc couverte d’une armure porte-jarretelles. On le retrouve plus tard dans Hétéroland, souvenir d’une romance ancienne. On le surprend dans La coupe du monde, tiré de son exposition Chroniques d’une fin de siècle en 2000. Ce n’est pas l’expression d’un narcissisme exacerbé, tout juste un regard satirique sur lui-même et ses contemporains. Un brin de dérision et un constat : vanité, tout n’est que vanité.

Quoi qu’il en soit, le mot de la fin revient à Jean Dutourd, académicien rendu à sa condition de mortel en 2011 qui s’était pris d’amitié pour Vaubourgoin en 1983 à l’occasion du vernissage des Travaux d’Hercule chez Daune : « Il fait dire à la bonne peinture des choses qu’elle n’avait jamais dites avant lui. Sous son pinceau, les plus gros calembours, les blagues de rapin, les astuces vaseuses deviennent de la magie. L’œuvre de Vaubourgoin ce sont les mots croisés, sortis du laboratoire poétique de Baudelaire. »


Expositions à Paris

1974 : galerie JC Bellier 1977 : Les Métabolles, galerie Emmanuel David 1980 : Les Mésalliances, galerie Emmanuel David 1983 : Les Travaux d’Hercule, galerie Alain Daune 1985 : Recettes de cuisine, galerie Alain Daune 1988 : Les contes (Blanche Neige, le Chat botté, Aladin…) galerie Alain Daune 1990 et 1996 : centre hispanique 1992 : galerie Guigne 2000 : galerie Matignon 32

Expositions en province

1979 : Clermont-Ferrand 1981, 1991 : Compiègne, 1981 : Fontainebleau 1981 et 1984 : Montpellier 1987 : Marseille 1988 : Barbizon 1989 : Toulouse, Angers 1992 : Nîmes 1994 : Péronne 1997 : Joigny 2001 et 2007 : Aurillac 2011 du 25 juin au 28 août dans l’espace Saint-Pierre-des-Minimes à Compiègne, il présente une rétrospective avec une nouvelle série, Les nus.

Expositions à l’étranger

1964 : Anvers, Kyoto et Tokyo 1965 : Barcelone et Madrid 1982 : Coliseum à New-York Bruxelles, Genève, Palerme, Téhéran.

A lire !

Vaubourgoin, édition J.-C. Bellier, 1974, catalogue d’exposition Thierry Vaubourgoin, préface de Jean Dutourd, édition Alain Daune, 1985 Une table pour deux, Thierry Vaubourgoin et Alain Rayé, préface de Jean Amadou, édition Métabole, 1993 Thierry Vaubourgoin, avant-propos de Jean Dutourd de l’Académie française, Cap Région Editions, 2011

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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