Usines de teinturerie d’Amiens

Une activité traditionnelle, aujourd’hui disparue

Destruction, ruines, reconversions. Toute activité de teinturerie à Amiens a cessé depuis les années 1960.

Les usines de teinturerie sont connues par des plans du XVIIIe siècle et sur le cadastre de 1812, qui attestent leur présence à l’ouest et à l’est de la ville close, dans le faubourg Saint-Maurice et à la Voierie, mais également dans la ville basse. En 1821, sur les vingt-trois maîtres teinturiers établis à Amiens et dans sa banlieue, huit sont situés dans la ville basse et dix à Saint-Maurice. Les recensements du milieu du XIXe siècle confirment cette implantation dans la ville et ses faubourgs.

Détail des sites

Quai de la Somme, la célèbre manufacture royale d’étoffes fleuries Bonvallet, autorisée en 1788, avait été implantée à Saint-Maurice au milieu du XVIIIe siècle, sur le site d’anciens moulins. En 1852, la teinturerie Bonvallet emploie 35 ouvriers. Seuls quelques vestiges subsistaient dans un atelier au moment de l’enquête, ainsi que divers éléments bâtis au milieu du XIXe siècle (ateliers, magasins, logements, conciergerie), qui furent englobés dans l’usine de teinturerie Bonvallet, vers 1861. L’installation du Réveil Agricole de Picardie vers 1965 a entraîné la création d’un bâtiment central de stockage qui rend aujourd’hui difficile la lecture du site.

Parmi les sites identifiés lors de l’enquête des années 1980, les mieux conservés sont aussi les plus anciennement créés.

Faubourg Saint-Maurice, 18 rue Guérard.

L’ancienne usine de teinturerie est issue d’un atelier mentionné en 1821. L’emplacement est repris avant 1844 par Alexandre Poulain, puis vers 1852 par Gobert Dupetit et Leroy François à qui l’on doit une partie des ateliers de fabrication (rue Guérard) et les bureaux. L’usine a été reprise avant 1893 par Guénin et augmentée de nouveaux ateliers et de logements d’ouvriers dits « Cité Guénin », probablement au début du XXe siècle. Elle a encore subi des extensions après la seconde guerre mondiale et a changé d’activité et de raison sociale pour devenir Filature de la Somme, puis Louis Mulliez fils. Un magasin industriel a été construit à l’est en 1977. Le logement patronal du XVIIIe siècle est la partie conservée la plus ancienne.

 

La Voirie, 6 rue de Verdun.


Teinturerie, 69 rue de Verdun - Ateliers Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ t. Lefébure

La teinturerie d’Alexandre Claude Nicolas Maisant est l’une des teintureries signalée en 1821. Elle aurait pris une dimension industrielle, avant 1893, à l’initiative de Serrassaint et Boileaux. L’usine, connue par une représentation figurée, a été très remaniée dans les années suivantes (ateliers de fabrication à pignons cintrés dominant la Somme). Elle a été englobée dans le groupe Motte Bossut avant 1952, date à laquelle elle était spécialisée dans le traitement des velours. L’activité industrielle a cessé après 1962.
 

Ville basse, 2 rue des Archers.

A l’ancienne filature de coton Cornet, mentionnée en 1806, succède vers 1821 une usine de teinturerie de coton (F. Alexandre Pia, puis Joseph Bertrand). L’essentiel des bâtiments est attribué à la société Otto Petersen dont la raison sociale apparaît à la fin du 19e siècle (11 rue Grainville) et dont l’activité s’est surtout développée entre les deux guerres. Cette activité de teinturerie a été interrompue avant 1962 et les changements d’affectation (usine de confection gille, puis affectataires multiples) n’ont pas occasionné de transformations.
 

Ville Basse, 22 rue des Déportés et impasse des Saintes Claires.

La filature, établie sur un site hydraulique antérieur à 1566, est connue à la fin du Second Empire sous diverses raisons sociales : Thuillier, Cotterelle-Thuillier et Percourt-Objois, il en subsiste deux corps de bâtiment dont l’un daté de 1866 sert de conciergerie, atelier de fabrication et local technique. Le site fut ensuite divisé et doublé de l’importante teinturerie Lavallart, puis diversifié dans la bonneterie (Barbier et Legendre). Les destructions de la seconde guerre mondiale portent lourdement sur trois usines. La reconstruction a permis de relancer l’activité bonnetière après 1945 jusqu’en 1989, date de la cessation d’activité.

Vallée de la Selle, 4 rue Colbert.

L’ancienne usine de teinturerie, qui succède en 1893 à une usine de colorants Labbé Fils et Delisle (1892), est connue successivement sous le nom de société Roqueboeuf, Cosserat, puis S.A. Française de Teintures et Apprêts. En 1901, l’usine est rachetée à MM. Delassus, Famechon et Fils par la société Saint Frères pour y reconstruire une filature de jute. Celle-ci resta longtemps inactive avant sa reconversion en usine de teinturerie vers 1948 par les Éts Guilbert. Une partie est occupée par les Éts Bilcoq. Des extensions ont été réalisées dans la deuxième moitié du XXe siècle.

 

Usines de teinturerie détruites depuis l’enquête ou subsistant à l’état de vestiges :

Faubourg Saint-Maurice, 17 rue Octave-Tierce.


Teinturerie, 17, rue Octave Tierce - Vue d'ensemble des ateliers de fabrication Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1988

L’usine Dupetit était une des plus anciennes teintureries établie à Saint-Maurice ; elle appartient toujours aux mêmes propriétaires jusqu’à la fin du 19e siècle, où elle devient l’usine Cocquel et Dupetit, attestée en 1897. L´extension sur une parcelle voisine est visible sur le plan de 1903 qui montre que l’usine comprend alors deux entités indépendantes séparées par un mur de clôture mais reliées par un passage couvert. Comme le montre la comparaison entre la représentation de 1893 et le plan de 1903, plusieurs transformations et agrandissements ont été réalisés entre ces deux dates : le bâtiment à usage de bureaux a été agrandi d´un pavillon. Les ateliers de coupe, visibles sur le plan de 1903, sont construits avant 1897, comme l´indiquerait leur mention dans la déclaration de 1897.
 
Avant sa destruction, l’édifice conservait la presque totalité des bâtiments visibles sur le plan de 1903. Les ateliers de teinture ont été reconstruits dans la première moitié du XXe siècle, dont datent également les extensions réalisées par rapport au plan de 1903.

Entre 1893 et 1898, l´usine de teinture et apprêts Hagimont et Cie succède à l’entreprise Fertels fils.

Le plan joint à la déclaration de 1901 date peut-être les agrandissements réalisés par Frédéric Hagimont après la modification du parcellaire sans doute liée à l´aménagement de la rue de la Barrière-de-Gayant.

La comparaison du plan et de la représentation de l´usine figurant sur l´en-tête de papier à lettre de 1898 permet d´établir qu´on a construit les ateliers d´apprêts à l´est, agrandis ultérieurement au sud, comme le montre la différence de modénature des 5 travées sud. La conciergerie d´origine est partiellement conservée et le logement patronal est agrandi à l´est. De cette campagne de travaux date également la reconstruction du mur de clôture rue Octave-Tierce (anciennement rue de la Citadelle) et les deux dernières travées sud des ateliers d´apprêt qui présentent la même mise en oeuvre de la brique, ainsi que le magasin construit à l’ouest du logement patronal.


Teinturerie, 17, rue Octave Tierce - Logement patronal Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1988

Les ateliers représentés sur l´en-tête de 1898 semblent partiellement conservés mais absorbés dans une nouvelle configuration Des traces de reprise de la maçonnerie dans le mur ouest suggèrent cependant une reconstruction ultérieure. La salle des machines mentionnée sur le plan de 1901 est agrandie au nord. Au sud, deux nouveaux ateliers de teinture sont construits sur le canal et rue des Teinturiers. L´usine est dotée de nouveaux équipements, comme l´indique la déclaration de 1905, qui mentionne un séchoir à vapeur pour la teinturerie.

Enfin, l’inscription ajoutée au cartouche confirme la nouvelle raison sociale de l´entreprise, devenue l’usine Doullet.


Teinturerie, 17, rue Octave Tierce - Vue des dépendances Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1988

Le développement des ateliers en 1990 montre d´importants agrandissements réalisés au XXe siècle. Le logement patronal semble au contraire avoir perdu une extension au nord, visible sur le plan de 1901. Malgré sa fusion avec l’usine voisine, dans l’entreprise Frémaux, la teinturerie conservait sa structure d’origine mais également une partie des constructions antérieures à 1898.
 

L’usine de teinturerie de Gaston Guénin est attestée à partir de 1892, date à laquelle il déclare être établi en lieu et place d´une teinturerie plus ancienne. La représentation de 1893 montre que son usine regroupe deux entités mitoyennes, disposant chacune d´un accès depuis la rue Octave-Tierce. Le plan de 1901 montre qu´elles communiquent au sud par les ateliers de teinture.
L’édifice actuel conserve une partie des bâtiments de l´ancienne teinturerie Guénin, visible sur les plans de 1893 et 1901 : l’ancien logement patronal et les bureaux, au nord, et les anciens ateliers d´apprêts et de duvetage à l´est, dont les ouvertures ont été remaniées dans les années 1950 (analyse stylistique).


Teinturerie, 17, rue Octave Tierce - Bureaux Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1988

Les ateliers qui s´étendent au sud de l´ancien logement patronal ont été construits avant l´extension du site sur une parcelle voisine, à l´ouest, comme le suggère la juxtaposition des toitures ; les ateliers de teinture qui couvrent le canal des teinturiers semblent avoir été reconstruits entre les deux guerres, sans doute après le rachat du site devenu établissements Frémaux en 1920. Partiellement occupé par l’école supérieure d´art et de design, l’usine a été le lieu d´une exposition réalisée en 1991 La baleine sous un nénuphar tissé, présentant une installation in situ conçue et réalisée par les étudiants et les professeurs de l’école.

Quartier Saint-Roch, une teinturerie est signalée en 1821.

Les recensements de 1842 et 1844 mentionnent la teinturerie Brûlé et celle de Jean-Baptiste Poulain, qui emploie 30 ouvriers en 1852. A cette date, la teinturerie Duflos emploie 10 ouvriers.

L’usine de teinturerie et apprêts de velours d’Amiens Jules Selosse (75 rue Chauvelin)


Teinturerie, 75, rue Chauvelin - Conciergerie Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ T. Lefébure (photographie),1988

Elle est attestée dès 1881 et connue ensuite sous plusieurs raisons sociales : René Selosse (1893), puis Selosse et Despretz (1899), enfin S.A. de Teinture et Apprêts de Velours d’ Amiens (1905). Les bureaux et la conciergerie sont construits en 1911 (date portée) ; la majeure partie des ateliers de fabrication avait été achevée, avant 1925 sur les plans des architectes Pruvost et Roussel.

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Service Régional de l’Inventaire

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