Tour Perret

Un immeuble hors normes construit en 1942

La tour Perret est visible à des dizaines de kilomètres autour
d’Amiens. Elle est LE repère d’Amiens, conçu par Auguste Perret en 1942 dans un quartier très affecté par la guerre.


Tour Perret, Amiens - La tour Perret à Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

La tour Perret est visible à des dizaines de kilomètres autour d’Amiens.

Rappelant tout à la fois les premiers buildings américains et perpétuant la tradition des beffrois du Nord de la France, elle s’est imposée dans le paysage amiénois.
Décriée et adulée, elle ne laisse personne indifférent.

Elle a longtemps été connue comme étant le plus haut gratte-ciel d’Europe. Elle s’élève sur la place Alphonse-Fiquet, face à la gare d’Amiens.

Décidée en 1942, sa construction est confiée à l’architecte Auguste Perret dans un quartier fortement affecté par la Seconde Guerre mondiale.

Elle illumine la ville de ses 110 mètres.


Tour Perret , Amiens - La tour Perret à Amiens Crédits : Megathud

Amiens, bombardée en 1940 a perdu 5 000 immeubles et le quartier sensible de la gare (place Alphonse-Fiquet) a été anéanti. Un projet de reconstruction du quartier de la gare d’Amiens et confié à Auguste Perret, projet rattaché à celui beaucoup plus vaste de Pierre Dufau.

De ses travaux naîtront la tour qui porte son nom, ainsi que le nouveau complexe ferroviaire.

Premier immeuble français en béton de plus de 100m de hauteur, la tour est située au coeur de la place, dans un quartier que l’architecte voulait à la fois résidentiel, commercial et tertiaire.

Elle s’échelonne sur 25 étages, desservis par deux ascenseurs, pour une surface totale de 40 000 m2.

Elle repose sur 18 puits de béton enfoncés à 9 m de profondeur.

On dinstigue trois parties :

  • une section carrée, classique de 19 étages ;
  • une section polygonale de cinq étages, cassant le rythme uniforme de la précédente ;
  • une conciergerie au dernier étage.

Les travaux débutent en 1948, mais ils ne s’achèvent (faute de crédits) qu’en 1960, c’est-à-dire après la mort de Perret. C’est l’architecte Spoerry qui termine l’ouvrage.

Symbole de modernité, inscrit parmi les Monuments historiques en 1975, cet édifice est au centre d’un vaste programme de restructuration engagé en 1999.


Tour Perret, Amiens - La tour Perret à Amiens Crédits : N.Derycke, Creative Commons

Auguste Perret

Perret Auguste , architecte
1874 (Ixelles en Belgique) - 1954 (Paris)

Auguste Perret est fils d’un tailleur de pierre, communard, reconverti en entrepreneur de bâtiments à son retour d’exil. L’entreprise familiale échoit aux frères Perret en 1905 et devient « Perret frères ».
Malgré des études incomplètes à l’École des Beaux-Arts, il décroche des contrats importants (notamment des commandes publiques).

Auguste découvre les vertus du béton armé à l’Exposition universelle de 1900. 

Il se taille une réputation internationale par sa technique moderne (utilisation du béton armé), tout en s’inscrivant dans une tradition architecturale française classique, encore empreinte de l’époque gothique et dans la ligne rationaliste de la fin du XIXe siècle. 
À partir de 1903 il livre ses premières réalisations alliant le fer et le béton armé.

Il réussit la première tentative de béton armé esthétique : le garage Marbeuf, rue de Ponthieu, aujourd’hui démoli.

Il impose le béton dans son architecture en prônant la prééminence de la structure : immeuble avenue Franklin, théâtre des Champs-Elysées. 
Il voit tout de suite, étant lui-même entrepreneur, le possible développement de la préfabrication et construit l’immeuble de la rue Raynouard à l’aide de panneaux préfabriqués de la hauteur d’un étage. 
« Mon béton, écrivait-il est plus beau que la pierre. Je le travaille, je le cisèle. Par des agglomérats de cassons de granit ou des grès des Vosges [...] j’en fais une matière qui dépasse en beauté les revêtements les plus précieux. Le béton est une pierre que l’on reconstitue et qui ne change pas [...] Le béton est une pierre qui naît et la pierre naturelle est une pierre qui meurt. »
 L’apparition des nouveaux matériaux incite Perret à ne rien cacher. 

L’expression apparente de la structure, la trame large, le dessin raffiné des supports, le béton bouchardé : ces mises au point définissent les ressources d’un classicisme structural (Joseph Abram), qu’il applique aussi pour des bâtiments industriels.
 
« L’architecture n’est plus affaire de palais, ni de marbre, ni de colonnes, elle doit descendre dans la rue : c’est la construction qui l’exprime. »


« C’est par la splendeur du vrai que l’édifice atteint sa beauté...celui qui dissimule une partie quelconque de la charpente se prive du seul légitime et du plus bel ornement de l’architecture. »


Très admiré, il aura une grande influence sur les générations futures d’architectes.
1903 : immeuble de la rue Franklin


1906 : garage de la rue de Ponthieu


1911-1913 : théâtre des Champs-Elysées


1915 : entrepôt de Casablanca

1919-1926 : usines Marinoni et Grange à Montataire (Oise)

1922-23 : église Notre-Dame de la consolation du Raincy (Seine-Saint-Denis), la « Sainte-Chapelle du béton armé »

1929 : Ecole normale de musique


1930 : Mobilier national 


1936-1946 : musée des Travaux publics 
à Paris (actuel siège du Conseil économique et social)

1940 : professeur aux Beaux-Arts, nommé membre du Comité national de la reconstruction.

1942-1951 : reconstruction de la place Alphonse-Fiquet à Amiens

1945 : Centre de Saclay


1945-55 : centre ville du Havre

La Tour fait son cinéma


Affiche de Blanche, court métrage tourné dans la Tour Perret à Amiens - Affiche de Blanche, court métrage tourné dans la Tour Perret à Amiens

Blanche , court-métrage réalisé par Eric Griffon du Bellay, raconte l’histoire d’une jeune baby-sitter Chloé, qui doit garder pour la première fois Blanche, la fille d’Agnès et François. Une fois le couple parti et après s’être endormie devant la télé, Chloé constate avec effroi la disparition du bébé...

Tourné en 16 mm, avec une équipe de 25 personnes, ce film dure 15 minutes. Romane Bohringer y joue le rôle de la mère : Agnès. Chloé est interprétée par Clémence Poésy ( Harry Potter et la Coupe de Feu ), François par Thomas Laroppe ( Brodeuses ) et la voisine par Hiam Abbass ( Munich ).

Le tournage de ce film a eu lieu entièrement à Amiens à la tour Perret.

J’ai ensuite fermé les yeux pour les ouvrir en découvrant la tour Perret. L’Empire State Building de la Picardie. Sans King-Kong. Un phallus géant sans préservatif. Si j’avais dû faire une pub pour la prévention du Sida, j’aurais choisi la Tour Perret, Phileas Fogg ayant pour mission d’enfiler du haut d’une montgolfière un immense préservatif autour du sommet."

Extrait de Toulouse-Amiens , texte d’Isabelle Marsay paru dans Picardie, autoportraits (Editions de la Wède).

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Sahaguian Franck

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