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Tolkien, J.R.R (John Ronald Reuel)

Ecrivain, combattant dans la Somme

Né en Afrique du Sud en 1892, le célébrissime auteur du Seigneur des anneaux poursuit de brillantes études à Oxford, où il choisit la littérature anglaise et la philologie scandinave... lorsque, en août 1914, la guerre éclate !


JRR Tolkien, en 1916 Crédits : Wikicommons

L’histoire ’officielle’

En ce mois d’août 1914, Tolkien est en vacances en Cornouailles, où il rédige Le Voyage d’Éarendel , première graine de la future mythologie du Silmarillion. En rentrant à Oxford, il s’entraîne dans les OfficersTraining Corps, ce qui lui permet de poursuivre en parallèle ses études : il veut obtenir son diplôme avant de partir au front.

Tolkien est amoureux d’Edith Bratt depuis 1908, mais les deux soupirants vivent des amours contrariées : il est catholique, elle est protestante ; elle est plus âgée que lui, et l’entourage de Tolkien craint que cette relation ne nuise à ses études ...
Le jour de sa majorité, en 1913, il la demande en mariage, elle accepte, et ils ne se quitteront que le jour où elle mourra, à son grand désespoir.

Il rédige de nombreux poèmes en 1915, tout en réussissant brillamment ses examens à Oxford : il obtient les ’First-class honours’.

Tolkien devient sous-lieutenant dans les fusiliers du Lancashire et s’entraîne avec le 13e bataillon de réserve pendant onze mois à Cannock Chase, dans le Staffordshire. Durant cette période, il écrit à Edith : «  Les gentlemen sont rares parmi les officiers, et les êtres humains même sont rares  ». Sachant son départ pour le front proche, il épouse Edith le 22 mars 1916. Transféré dans le 11e bataillon de services avec le corps expéditionnaire britannique, il arrive en France le 4 juin 1916. Il écrit : « les officiers subalternes étaient abattus par douzaines. Se séparer de ma femme à ce moment-là […] c’était comme mourir. »

Tolkien est officier de transmissions pendant la bataille de la Somme, participe à la bataille de la crête de Thiepval et aux attaques sur la redoute de Schwaben. Victime de la fièvre des tranchées, maladie transmise par les poux qui y pullulent, il est renvoyé en Angleterre le 8 novembre 1916. Ses proches amis Rob Gilson et G. B. Smith n’ont pas autant de chance : le premier est tué au combat dès le premier jour de la bataille de la Somme, le 1er juillet, et le second, grièvement blessé par un obus, meurt le 3 décembre.

Affaibli, Tolkien passe le reste de la guerre entre des hôpitaux et des postes à l’arrière, jugé médicalement inapte au service général. Durant sa convalescence, Tolkien entame la rédaction de La Chute de Gondolin, premier des Contes perdus.
Edith met au monde, en 1917,leur premier fils, John Francis Reuel. Trois autres enfants naîtront après-guerre.

Alors qu’il est stationné à Kingston-upon-Hull, Edith et lui marchent dans les bois . Dans une clairière, Edith danse pour son mari. Tolkien se référera souvent à cet événement, qui inspira la rencontre de Beren et Lúthien, dans Le Silmarillion. Il surnomme Edith « ma Lúthien », doux surnom qu’il inscrit sur sa tombe en 1971.

Professeur d’Université à Leeds, puis à Oxford, au Collège Merton, Tolkien poursuit ses travaux d’écriture. La consécration est lente ... Le Hobbit est publié en 1937, presque par hasard, grâce à la ténacité d’une de ses anciennes étudiantes. Tolkien achève Le Seigneur des anneaux en 1948, après une décennie de travail. Le livre est publié en trois volumes en 1954-1955, et rencontre un grand succès dès sa publication, faisant l’objet d’une adaptation radiophonique dès 1955.

« Ce que m’a raconté Tolkien sur la bataille de la Somme » (Sir Martin Gilbert)

Tolkien parle peu, sinon, sans doute, à Edith, de ’sa guerre’. Il n’écrit pas directement sur le sujet, sauf lorsqu’il construit certains de ses récits et personnages, tel celui de de Sam Gangee, dans le Seigneur des anneaux, dont Tolkien dit qu’il est le miroir des soldats anglais, de ceux qu’il a connus pendant la première guerre, tout en expliquant que son personnage lui est bien supérieur !

Dès sa convalescence, marqué par la violence des offensives et par les images d’un territoire déchiré, Tolkien entame la rédaction de La Chute de Gondolin, premier des Contes perdus. La terre du milieu (Middle-earth) lui est en partie inspirée par le souvenir encore frais des champs de bataille de la Somme.

Alors qu’il a 26 ans, en 1964, Martin Gilbert fait ses débuts d’enseignant en histoire à Oxford. Lors d’un dîner du collège Merton, les ’enseignants émérites’, c’est-à-dire parmi les plus anciens et ’vénérables’, découvrent le tout nouveau collègue. La plupart d’entre eux ont servi lors de la première guerre mondiale, et ils sont heureux de pouvoir faire profiter un ’jeune’ de leurs expériences et de leurs souvenirs.

Parmi eux, Tolkien. « Some enjoyed singing the songs of the trenches, in versions far ruder than those sung today. Tolkien was more reticent, yet when he did open up, full of terrible tales. » * En effet, Tolkien a bien des choses à partager, dont il n’a jamais parlé par souci de ne pas se « glorifier (self-glorification) » (Sir Martin Gilbert).

Deux semaines après le début de la bataille de la Somme, le soir du 14 juillet 1914, le jeune officier Tolkien (24 ans) est envoyé sur la ligne de front, lui qui n’avait jamais vu ’l’action’ auparavant, ni connu l’enfer des tranchées, lui qui était officier de transmissions.

C’est en découvrant ce qu’il qualifie « d’horreur animale », qu’il apprend qu’un de ses meilleurs amis, Robert Gilson, est mort dès le premier jour de l’offensive, après avoir écrit à ses proches « Les canons tonnant la nuit seraient magnifiques, s’ils n’étaient pas aussi terribles. Ce serait formidable d’être à des centaines de kilomètres de la ligne de feu ». (R. Gilson). Tollkien vit cette expérience plusieurs nuits de suite ... Le 22 juillet, un autre de ses amis, Ralph Payton, disparait ; son nom est inscrit sur la liste des ’manquants’ du mémorial de Thiepval. Tolkien, pendant sa discussion avec Martin Gilbert, se rémémore, comme si c’était hier, (« as vividly as if it were yesterday ») le danger constant des pièces d’artillerie allemandes, tombant avec sifflements et fracas, des nuages de terre et de boue, des pleurs terribles des hommes blessés (« the fearful cries of men who had been hit »)...

Tolkien confie que la description des marais des morts (dead marches) du Seigneur des anneaux est directement influencée par le front de la Somme : lorsqu’il pleuvait, après les assauts, les cratères du no-man’s land devenaient autant de lacs où flottaient des cadavres de soldats des deux camps.

Tolkien raconte une anecdote à Martin Gilbert : Tolkien parle allemand. Il offre de l’eau à un allemand blessé, qui l’accepte, mais le reprend sur sa prononciation ...

Comme la plupart de ses camarades anciens combattants du collège Merton, Tolkien sait que leurs histoires semblent dépassées, en comparaison des récits des combattants de la seconde guerre mondiale.

En 1940, Tolkien avait dit « Avoir été saisi en pleine jeunesse par la guerre de 14 fut une expérience hideuse. J’ai été planté au cœur du conflit au moment même où mon inspiration était la plus forte, où j’avais tant de chose à apprendre ; je n’ai jamais pu rattraper le temps perdu ».

Il confie, toujours pendant ce dîner au collège Merton, à Martin Gilbert : « It seems now often forgotten that to be caught by youth in 1914 was no less hideous an experience than to have been involved in 1939 and the following years. ». Etre fauché en pleine jeunesse en 1914 n’est en effet pas moins effroyable que d’avoir participé aux combats de 39 et des autres années !!!

* « Certains aimaient chanter des chansons de tranchées, dans des versions bien plus grossières que ces chants d’aujourd’hui. Tolkien était plus réticent, cependant quand il s’ouvrit (à moi), plein de terribles histoires ! »

Exposition « Tolkien et la Grande guerre, le fondement d’un mythe », au Cloître Saint-Corneille, à Compiègne, jusqu’au 3 janvier 2015

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Vos commentaires

  • Le 16 décembre 2014 à 15:05, par Jean En réponse à : Tolkien, J.R.R (John Ronald Reuel)

    Super beau texte

    Répondre à ce message

  • Le 17 décembre 2014 à 19:36, par frachet muriel En réponse à : Tolkien, J.R.R (John Ronald Reuel)

    C’est rédigé comme une enquête , qui se lit découverte après découverte avec une véritable attente du lecteur ... c’est une excellente idée de faire des ponts entre histoire et roman et ça nous permet de constater le rôle insoupçonné de certaines personnes sur le sol français ... Félicitation !

    Répondre à ce message

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