Thouvenin, Indira

Femme chercheur, femme avant tout

Indira Mouttapa Thouvenin, enseignante-chercheuse à l’UTC de Compiègne balaye d’un trait les préjugés sur les chercheurs de laboratoire. Lumineuse et posée, elle déploie son énergie de femme dans un domaine hautement masculin, la réalité virtuelle… Rencontre.


Indira Thouvenin - Chercheuse à l'UTC Crédits : Région Picardie

Indira Thouvenin, pourquoi avez-vous choisi de faire de la recherche ?

Un jour un professeur m’a dit : « si vous voulez comprendre pourquoi l’herbe est verte, pourquoi le ciel est bleu, il faut faire de la recherche en biophysique ! ». Mais déjà, à l’âge de 3 ans, je voulais absolument me battre contre le cancer. Cette maladie me révoltait, probablement parce que la maman d’une petite fille que je connaissais a été touchée. En grandissant, j’étais partagée entre soigner et comprendre : entre la médecine et la recherche en bio-physique. Finalement j’ai choisi de comprendre !

Comment imaginiez-vous la recherche ?

En blouse blanche avec des tubes partout, des sondes, des poudres, quelques petites explosions (rire) ! J’imaginais tout un monde de questions, de foisonnement d’idées mais aussi quelque chose de très réel. J’étais bien loin d’imaginer que je ferais de la réalité virtuelle !

Quel parcours scolaire vous a amené là ?

Je suis née en Inde et j’ai grandi en Afrique occidentale dans une famille à l’éducation très stricte et très cadrée. Je suis arrivée en France à 18 ans à l’école polytechnique féminine. Ensuite j’ai passé un DEA en biophysique à l’université Paris VI. Je travaillais dans un laboratoire de neuro-biologie et je trouvais très intéressant de comprendre ce qui se passait dans le cerveau. C’était en 1985, à l’époque de l’explosion de l’imagerie médicale 2D. J’étais vraiment mordue alors j’ai fait un doctorat !

En tant que doctorante vous avez pris du galon ?

J’ai travaillé avec le laboratoire des signaux et systèmes de l’école Supélec et à l’hôpital Broussais à Paris. Le professeur Carpentier y opérait à cœur ouvert des patients du monde entier. Là-bas, j’ai conçu et mis au point un échographe doppler qui sert à mesurer la vitesse des globules rouges dans le sang. J’ai déposé avec l’INSERM un brevet sur ce nouvel échographe.

Et quelques années plus tard, à 27 ans vous étiez

Une maman aux Etats-Unis ! J’ai suivi le père de mes enfants, chercheur-géologue à Birmingham dans l’Alabama. J’étais maman à temps plein pour mes deux filles. Pour diverses raisons je n’ai pas pu travailler là-bas.

Après 2 ans passés aux Etats-Unis vous êtes revenue en France pour enseigner. Cela a été un tremplin ?

Je voulais avoir une activité professionnelle pour sortir des couches et des biberons ! Et puis l’enseignement ça m’amusait énormément. J’ai enseigné 7 ans à Compiègne et à Chalon sur Saône dans le secondaire : des remplacements en maths et en physique.

Mais alors, comment êtes-vous arrivée à la recherche en réalité virtuelle ?

Ce sont des opportunités… Je suis arrivée un peu par hasard dans le laboratoire d’images de synthèse de l’ENSAM [Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers] de Cluny. Je suis tombée dans la marmite de la réalité virtuelle et ça m’a plu ! Tout était à construire, à imaginer… Je n’avais jamais fait de synthèse d’images, il a fallu que j’apprenne !

Ensuite, vous êtes arrivée en 2001 à l’UTC de Compiègne avec une double casquette d’enseignante-chercheuse ?

Oui ! La réalité virtuelle étant une discipline nouvelle, il fallait tout créer de A à Z, c’était et c’est toujours très intéressant. J’enseigne la réalité virtuelle à des élèves ingénieurs et à des étudiants en Master recherche.

Mais alors qu’est-ce que la réalité virtuelle et pourquoi ça vous plaît ?

C’est la mise en forme de simulations informatiques intéractives dans des environnements imaginaires ou reflétant une partie de la réalité. C’est très créatif ! Je travaille aussi bien avec des chercheurs en intelligence artificielle, en sciences cognitives ou en conception mécanique qu’avec des musiciens ou chorégraphes.

Vous jonglez avec les statuts : chercheuse, enseignante, membre d’association, vous travaillez également avec des industriels…

Je travaille avec Saint Gobain sur la navigation virtuelle dans des bâtiments virtuels pour améliorer les conditions thermiques ou encore avec Orange Labs sur des recherches sur les réunions virtuelles.

Comment se place votre équipe de réalité virtuelle par rapport aux autres universités françaises ?

En France, l’UTC est connue pour son originalité et nous visons une reconnaissance internationale sur le thème « interaction et connaissance ». Nous sommes une équipe féminine persévérante et travailleuse !

Vous faites le choix de rester à l’université. Cela fait 10 ans que vous travaillez à l’UTC, c’est votre plus longue expérience professionnelle…

L’université c’est vraiment ce qui m’intéresse ! Travailler avec des étudiants est très enrichissant et motivant. Quand on est enseignant-chercheur on crée une activité qui évolue et qui a des retombées. Voir des jeunes devenir à leur tour chercheurs ou chefs d’entreprise c’est gratifiant.

Vous travaillez dans un domaine masculin et pourtant vous êtes très féminine !

Merci ! La féminité j’y tiens beaucoup. Probablement parce que je viens d’une culture où elle est encouragée. La femme indienne met des bijoux, des saris, de la soie… Et puis profondément, je vis très bien le fait d’être une femme scientifique. A Noël, je joue avec mes petits neveux aux derniers jeux vidéos !

Vous donnez aussi l’impression de garder une certaine indépendance ?

C’est important ! Surtout dans ce métier, on nous demande de garder une indépendance pour proposer des modèles nouveaux. Il faut avoir cette envie de ne pas se conformer, être un peu rebelle !

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Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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