Thomas, Daniel

Père de la chimie du végétal en Picardie

Pionnier des biotechnologies industrielles en France, expert de niveau mondial, Daniel Thomas s’est beaucoup investi pour la Picardie : président des Assises de la Recherche et de la Technologie en Picardie (1981-1982), président du Comité du Programme « Alternatives Végétales », président de l’Agence Régionale d’Innovation en Picardie, vice-président du conseil scientifique de l’Université de technologie de Compiègne (UTC),...


Daniel Thomas Crédits : Conseil régional de Picardie

Le scientifique, le chercheur, à l’inépuisable boîte à idées

Chimiste diplômé de l’école de chimie de Rouen, docteur en bio-chimie, « research associate » à Harvard (USA) au début de sa carrière en 1972, Daniel Thomas arrive en 1974 à l’UTC (Université de technologie de Compiègne) où il crée le laboratoire CNRS de technologie enzymatique (devenu en 1996 le laboratoire de génie enzymatique et cellulaire).

Son enseignement, ses travaux de recherche et ses publications (quelque 350 citées des milliers de fois dans « Science Citation Index ») dans les meilleures revues scientifiques lui octroient très rapidement une notoriété internationale jamais démentie. A titre indicatif, il était à la fois président de Comité d’Expert de l’OCDE (Organisation de coopération et développement économiques) et expert à la NSF (National Science Foundation) et à la NASA (National Aeronautics and Space Administration).

C’est dans son laboratoire que Daniel Thomas développe « la mise en œuvre des enzymes pour des applications industrielles, médicales et analytiques ». Depuis le début, celui qui allait présider, en 1981, les assises régionales de la recherche et de la technologie en Picardie, est convaincu que ses activités d’universitaire et de scientifique n’ont de sens que dans le contact avec son environnement économique et géographique.

Et, tout naturellement, ce fils d’ouvriers agricoles pense à l’agriculture. Il profite de ces assises (qui donnent naissance à l’Association pour le développement de la recherche et de la technologie en Picardie qu’il préside également) pour suggérer la création d’un centre pour la valorisation de la production agricole. Daniel Thomas est formel : « La valorisation du gisement agricole est la clef du développement de la Picardie", tant pour l’agro-industrie que pour l’industrie non alimentaire, que l’on nomme plus communément ’chimie verte’. Il n’aura de cesse de le démontrer.

Il trouve aussitôt un écho favorable auprès des représentants du monde paysan picard. Avec Claude Ferté, alors président du Conseil économique et social, et Marcel Deneux, syndicaliste, il crée, en 1984 à Amiens, le Centre de valorisation des glucides. L’année suivante, il prend la direction du Programme national des biotechnologies au ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur.

« Mon propos est de mobiliser les acteurs et les moyens pour faire passer les résultats de la recherche dans la réalité industrielle, disait-il à l’époque. Je me suis toujours battu pour que les résultats de la recherche en biotechnologie puissent être utiles à la création d’emplois dans notre pays et plus particulièrement en Picardie. », disait-il alors.

Un peu plus tôt, dès 1978, il avait été le président fondateur du programme des biotechnologies de la Communauté économique européenne.

La grande marche est engagée qui conduit Daniel Thomas à imaginer, en 1999, le programme Alternatives végétales de valorisation de la production agricole pour des applications non-alimentaires, inscrit au contrat de plan Etat-Région 2000 - 2006, préfiguration picarde du Pôle de compétitivité à vocation mondiale Industries et agro-ressources, porté sur les fonts baptismaux en 2005 et que préside Daniel Thomas, initiateur de ce dossier.

Dernière trouvaille de Daniel Thomas : le projet Pivert, institut d’excellence dans le domaine des énergies décarbonées. Ce sera un centre de recherche, d’innovation, d’expérimentation et de formation dans la chimie du végétal à base de biomasse oléagineuse (colza, tournesol, etc…). « D’un montant de 218 millions d’euros, ce projet devrait engendrer un chiffre d’affaires estimé à un milliard d’euros à partir de 2017 et créer quelque 5 000 emplois, dont les trois-quarts en Picardie » avait-il annoncé.

Et dans l’immédiat, deux cents emplois sont attendus dans l’ancienne usine Robbe à Venette (sur la rive droite de l’Oise à Compiègne), site qui abritera la bio-raffinerie dévolue à la transformation totale des oléagineux en quatre familles de produits : des molécules destinées à remplacer celles du pétrole ; des matériaux pour l’habitat, pour l’automobile ; des bio-carburants de deuxième génération ; des ingrédients et actifs pour les cosmétiques ou la para-pharmacie.

L’homme des « Arbrorigènes »…

A l’automne 1984, Ernest Pignon-Ernest expose ses « Arbrorigènes », 28 sculptures végétales, au Jardin des Plantes à Paris. Pour réaliser cette série de bio-art, le sculpteur a fait appel à Claude Gudin, directeur du laboratoire de biotechnologie solaire de Cadarache, et à Daniel Thomas.

« Claude Gudin cultivait des cellules végétales et des micro-algues au Centre d’énergie atomique de Cadarache. Il a pris contact avec mon labo pour notre méthode d’immobilisation des cellules végétales dans du polyuréthane, une mousse synthétique. Nous avons publié nos travaux dans les comptes-rendus de l’Académie des sciences. Ernest Pignon-Ernest qui cherchait une matière vivante pour ses sculptures est tombé sur cette publication. Il nous a contactés. », racontait Daniel Thomas.

C’est ainsi que les « Arbrorigènes » ont vécu quelques semaines de l’air du temps et de la photosynthèse.

… et des « Nympheas »

Les enzymes du laboratoire de Daniel Thomas ont sauvé les Nympheas, œuvre monumentale de 186 mètres carrés de Claude Monet, qui sommeillait sous une souillure blanchâtre à l’abri des murs de l’Orangerie à Paris. En 1983, en désespoir de cause, Francesca Hourrière, restauratrice au Louvre, s’adresse à Daniel Thomas : « C’était une sorte de gigantesque toile d’araignée qui dénaturait toute l’esthétique du tableau. Le service de restauration des peintures des musées nationaux avait tout essayé pour enlever ce dépôt. En vain. »

Les enzymes, dont la caractéristique est de détruire de manière spécifique les molécules toxiques, étaient donc tout désignés pour restituer son éclat au tableau de Monet. La souillure blanchâtre provenant de colles animales, des enzymes, la papaïne et la dextrinase, ont donc été sollicitées pour l’effacer sans aucunement dégrader, ni dénaturer la structure de l’œuvre. Les restauratrices ont badigeonné la toile des solutions enzymatiques préparées par le laboratoire de Daniel Thomas et le miracle a opéré.

Depuis décembre 1984, les Nympheas sont à nouveau accessibles au public.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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