Tellier, Charles

Chimiste (1828 - 1913), éternel curieux, inventeur malchanceux

Inventeur génial des appareils réfrigérant la viande, Charles Tellier a la guigne, multiplie les faillites. Pionnier d’une industrie qui se développera très vite aux Etats-Unis et en Europe du nord, il reste hors du coup et toujours en guerre perpétuelle avec deux savants picards plus heureux en affaires, Ferdinand et Edmond Carré. Charles Tellier sort plusieurs solutions énergétiques qui restent lettre morte à l’époque et reviennent en force actuellement.


Charles Tellier

Le froid, l’hygiène

En 1859, le jeune chimiste amiénois Charles Tellier dépose son premier brevet sur le froid entretenu par l’éther métylique pour obtenir de la glace en toute saison. Puis il adopte le gaz d’ammoniac. A l’époque on se contentait de la stocker l’hiver en sous-sol puis de la débiter ensuite par blocs. Aussitôt Ferdinand Carré qui cherche dans le même sens déclare qu’il est le premier avec sa machine à glace à base de gaz d’ammoniac. Tellier attaque au tribunal en contrefaçon, mais son avocat oublie d’aller au procès -ce qui le perd. La guerre entre Tellier et les Carré durera toute leur vie, à coups de brevets, de procès et même de raclées et de sabotages : une vraie guerre !

En 1867, Charles Tellier construit la première machine frigorifique à compression par l’ammoniac pour la chocolaterie de Justin Menier, à Noisiel, près de Paris et dépose le 2e brevet qui vend aux Salines du midi et à Marseille. Mais son apprenti vole les techniques et le concurrence à partir de l’Italie.
L’innovation de Tellier fait grand bruit en Europe où la compétition fait rage sur les modes de conservation hygiénique des denrées. Le ministre Haussmann protège notre savant contre ceux qui se méfient des produits chimiques. La presse le surnomme « père du froid ». Sa notoriété est considérable, jusqu’en Amérique... Mais il restera un précurseur… sans le sou.

L’aventure transatlantique

Les Argentins voient l’occasion d’exporter leur viande de bœuf par bateau réfrigéré au lieu de vendre seulement la peau et du suif. Le gouvernement argentin affrète un bateau « City of Rio de Janeiro » à Londres pour tester l’idée. Charles Tellier s’enthousiasme, injecte ses économies et part en Argentine mais sa machine tombe en panne. On parle de sabotage lors d’un arrêt à Lisbonne … Notre homme est ruiné.

Timbre à l’effigie de Charles Tellier

Rentré à Paris, son ami le comte de Germiny le sort de l’ornière en finançant son usine à Auteuil qui fabrique de la glace artificielle. Mais la fin du 2e Empire stoppe l’affaire et achève de le ruiner. Il ira en prison plusieurs mois pour dettes. Il écrit alors : « l’inventeur est un homme de foi, sa confiance est facile à capter … il rencontre des hommes dévoués … d’autres dévoyés qui récupèrent ses recherches à leur profit. »

Infatigable, à peine libéré, il fait la tournée des amis pour reprendre ses activités. C’est Jules Menier qui l’aide. Pasteur rend un avis positif sur son invention. Une référence en matière d’hygiène, mais rien n’y fait.

En 1876, Charles Tellier affrète un cap hornier à Rouen, Le Frigorifique, dont il isole la cale de parois étanches. La température s’y maintient à -2°. Le départ est triomphal, le bateau béni par l’évêque et salué par des brillants représentants de l’Académie des sciences. Il emporte des animaux entiers à Buenos Aires où il arrive en 105 jours. La cargaison est impeccable, la viande desséchée en surface par le froid est dépourvue de microbes. Aucun commanditaire ne pointe le nez en France, mais les anglosaxons se précipitent pour lancer le commerce de viande avec l’Amérique, l’Australie, la Nouvelle Zélande. Charles Tellier se lance seul. Il crée une société par souscription pour financer l’abattoir et une flotte de voiliers à Rouen. Mais l’opération vivote … L’inventeur est rejeté, honni …

Chercheur adulé, entrepreneur ruiné

Charles Tellier est reconnu en tant que chercheur par ses pairs, écouté lors de ses conférences à la Sorbonne, mais personne à l’époque ne s’étonne de ses échecs : « à l’époque le savant eut été déshonoré de poursuivre des applications industrielles. Or, ce qui fait la force de l’industrie c’est l’alliance féconde du savant, de l’industriel et du commerce ; le laboratoire, l’atelier, la boutique. Cette trilogie est la cause des progrès actuels, » conclut le Dr d’Arsonval, de l’Institut de France.

Une foule d’innovations d’actualité

Rien n’arrête l’imagination de Charles Tellier qui sort une innovation après l’autre. Ignorées à l’époque, ses idées sont en vogue actuellement. Il a travaillé sur l’engrais issu des vidanges séchées, la biomasse, mais la ville de Paris l’a refusé. Il a inventé un appareil à rafraîchir les boissons dans les cafés restaurants et les boucheries. Mais il reste ignoré. Il a préfiguré la climatisation des immeubles à partir du puits canadien double flux, étudié la force marémotrice …

Charles Tellier est décédé en 1913, dans la misère.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Gillion, Elisabeth

Vos commentaires

  • Le 11 septembre 2015 à 11:11, par Dominique Voisenon En réponse à : Tellier, Charles

    Concernant la collaboration étroite avec le chocolatier Menier ,
    le prénom de l’industriel n’est pas Jules mais JUSTIN
    (EJM pour les Intimes )
    Emile Justin Menier 1826-1881

    Répondre à ce message

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