Sucrerie d’Eppeville

Dès 1828

Cette très ancienne sucrerie, totalement détruite pendant la première guerre mondiale, est reconstruite avec l’ambition d’en faire la plus grande sucrerie de France. De nouveau bombardée en 1940, puis reconstruite et modernisée, elle est toujours en service, propriété de l’entreprise Saint-Louis Sucre.


Sucrerie d’Eppeville Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ F. Dubuc (photographie), 1990

Origines

Une première sucrerie est attestée à Eppeville dès 1828. Elle est exploitée par la société Letombe & Cie en 1835, puis par Legrand & Cie en 1889. Le site est racheté en 1893 par Boquet & Cie qui fonde la même année la S.A. Sucrière d’Eppeville. Comme l’ensemble des cinq autres sites industriels de la commune, la sucrerie est fortement endommagée en 1917 et entièrement ruinée après la retraire allemande du mois d’août 1918.

La reconstruction

Au moment de la reconstruction, Emile Tabary imagine la création d’une société alimentée par les capitaux des indemnités de dommage de guerre de quatorze sucreries situées dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour d’Eppeville. La Sucrerie Boquet est l’un des quatorze établissements industriels à constituer la Compagnie Nouvelle des Sucreries Réunies en 1919. Edmé Sommier, important raffineur parisien, charge l’architecte Georges Lisch, qui travaille déjà pour lui à la restauration du château de Vaux-le-Vicomte, de conduire la construction de cette nouvelle sucrerie. L’ambition du projet est d’en faire la « plus grande sucrerie de France ».

Les travaux débutent en 1920 par la stabilisation indispensable du terrain retenu, situé en zone marécageuse. Cette phase est confiée à l’entreprise Jean & Georges Hersent, réputée à l’époque dans l’aménagement portuaire. Le coût de ces travaux de fondations s’élève alors à 10 millions de francs. La taille du chantier et les exigences de l’équipement hors normes mettent au défi les entreprises spécialisées dans ce domaine. La société Cail, particulièrement réputée se retire de la compétition au profit de la société tchèque Skoda (Établissements Réunis de Prague), filiale de Schneider en France, dont l’unité de Châlon-sur-Saône assura la fourniture d’une grande partie de la structure métallique. Le montage est assuré par six cents ouvriers tchèques, venus spécialement. A ces entreprises principales s’ajoutent quelque cent soixante autres qui, entre mai 1920 et juin 1922, se côtoient afin d’assurer l’achèvement des travaux pour la campagne betteravière de 1922-1923.

Le plan élaboré par Lisch en juin 1921 prévoit un vaste bâtiment de fabrique construit selon un plan en E, dont le grand côté constitue la façade principale. Les différentes phases sont chacune réparties dans une des branches, en suivant une circulation d’est en ouest. La partie centrale est réservée au laboratoire et la grande halle de fabrication. La façade de cet atelier principal s’inspire de la composition de la première gare ferroviaire du Havre. Elle bénéficie d’un traitement ornemental particulier avec cette vaste ouverture centrale surmontée de l’inscription en céramique : « fabrique de sucre » et d’un jeu de céramiques vertes formant avec les briques orangées un appareil décoratif en éventail.

La productivité de 3000 tonnes de sucre par jour, atteinte en 1925, dépasse largement les chiffres des autres sucreries de la région.

Nouvelles modifications

Bombardée en 1940, elle se relève à nouveau et modernise son outil de production. La grande cheminée qui porte la date de 1941 témoigne de ces campagnes de reconstruction. L’usine intègre le groupe Générale Sucrière en 1968. Depuis, elle appartient au groupe Saint-Louis Sucre.

Les logements ouvriers


Sucrerie d’Eppeville - Cité ouvrière, dite cité Germaine Crédits : Ministère de la Culture/Région Picardie/ Bailly, Caulliez, Laurent, 2003

Dès le mois de mai 1920, soit avant même la construction de l’usine, la CNSR investit 14 millions de francs dans la construction de logements destinés à son personnel. avant même celle de la sucrerie elle-même. Georges Lisch est également l’architecte de cet ensemble qui se décompose en trois entités : l’Hôtel de Fabrique, la Petite Cité et la Cité Germaine.
L’Hôtel de la Fabrique était destiné aux 150 ouvriers saisonniers. Le bâtiment se compose d’un corps principal flanqué de deux pavillons latéraux. Il accueillait deux dortoirs, divisés en chambres de trois ou quatre lits, une cuisine et une cantine. La Petite Cité est composée de cinq longs bâtiments en L. Elle était destinée aux ouvriers permanents de l’usine. La cité ouvrière Germaine est dédiée à Edmé Sommier et à ses nièces, filles de Jean de Vogüé, administrateur adjoint de la CNSR. Les rues de cette cité portent les noms de rue Sommier, Sole Mêlée, Alice, Henriette, Germaine et Lucie. Cette cité est constituée de treize immeubles de logements destinés aux familles d’ouvriers plus spécialisés de l’usine. Chaque immeuble est divisé en quatre logements mitoyens et symétrique formant un plan en T. La parcelle est aérée, plantée d’arbres fruitiers, et comprend un potager et une dépendance en fond de jardin.
 
Le château


Sucrerie d’Eppeville - Logement patronal Crédits : Région Picardie/ Bailly, Caulliez, Laurent (photographie), 2003

Le château ou logement de l’administrateur général est un manoir entouré d’un vaste parc à l’anglaise et situé assez à l’écart de l’usine. Son est un plan en L et il s’élève sur trois niveaux.

Les râperies de la sucrerie

La sucrerie d’Eppeville fonctionne avec un ensemble de quatre râperies : la râperie de Monchy-Lagache, la râperie d’Ercheu, râperie de Montescourt. Le dispositif est complété en 1928 par la râperie d’Omissy-Lesdins, construite sur les bases de la bascule qui existait déjà en 1923.

Ces râperies cessent de fonctionner entre 1959 et 1972.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Service Régional de l’Inventaire

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