Stein, Léo, Gertrude, Michael et Sarah

Mécènes d’Henri Matisse

La famille Stein, expatriés américains installés à Paris depuis 1902, rassemble l’une des plus étonnantes collections d’art moderne. Les Stein sont les premiers acheteurs de Matisse.


Henri Matisse, la Femme au chapeau Crédits : wiki commons

Henri Matisse

(1869- Cateau en Cambraisis – 1954 – Cimiez)

Henri Matisse est né le 31 décembre 1869 au Cateau en Cambraisis (Nord). Il passe son enfance à Bohain-en-Vermandois, dans l’Aisne. De 1882 à 1887, Matisse étudie au Lycée de Saint-Quentin, toujours dans l’Aisne, puis fait une année de droit à Paris avant de travailler chez un avocat à Saint-Quentin. Il se passionne pour la peinture en 1889, et suit des cours à l’Ecole Quentin de la Tour à Saint-Quentin. A partir de 1891, il s’inscrit à l’Académie Julian de Paris. En 1895, admis à l’Ecole des Beaux Arts, il rejoint l’atelier de Gustave Moreau.

Il se marie en 1898 avec Amelie Parayre, passe sa Lune de miel à Londres où il découvre Turner. Ne vendant pas assez de tableaux à l’exposition Berthe Weill, à court d’argent, il séjourne de 1902 à 1903) chez ses parents à Bohain-en-Vermandois.

Lors du Salon des Indépendants, en 1903, Henri Matisse est remarqué par le critique d’art, Roger Marx, qui préface la première exposition personnelle d’Henri Matisse en 1904. Cependant il faudra attendre 1911 pour que Roger Marx ne reconnaisse le « Fauvisme » trop avant-gardiste de Matisse.

La famille Stein, mécène


Henri Matisse, Portrait de Sarah Stein Crédits : Collection Sarah et Michael Stein

En 1905, la famille Stein s’enthousiasme pour le mouvement d’avant-garde lancé par Matisse. Léo Stein achète « La Femme au chapeau  », toile que le public juge scandaleuse, mais qu’il considère comme hors normes.

Les frères et soeur Stein, Léo , Gertrude, Michael sont issus d’une famille juive bavaroise, dont le grand-père émigre aux Etats-Unis dans les années 1840. Leur père, Daniel, dirige une entreprise de tramways à San Francisco.

Après son installation à Paris dès 1902, les Stein rassemblent l’une des plus étonnantes collections d’art moderne. Ils sont les premiers acheteurs de Matisse.

La Femme au chapeau est un symbole pour la famille ; tour à tour, les frères et soeur l’auront en dépôt. Ce sont Michael et son épouse Sarah qui s’impliquent le plus dans le mécénat d’Henri Matisse : Sarah Stein, issue d’une famille juive cosmopolite plus proche de la bohême artistique que de la grande bourgeoisie américaine, réunit en son domicile, 58, rue Madame à Paris, les Samedis soirs, un public d’intellectuels qui dissertent sur l’oeuvre de Matisse. Ces soirées ont contribué au succès du peintre.

Sarah Stein éprouve une réelle dévotion pour Matisse. Les deux familles se lient d’amitié, leurs enfants se côtoient. Vers 1907, la collection des Stein s’organise autour de Matisse, avec des toiles achetées directement à l’artiste, comme Le Luxe ou le Madras rouge ou, en janvier 1912, Intérieur aux Aubergines.

Sarah facilite la rencontre entre le photographe Edward Steichen (1879-1973) et Henri Matisse, au début de 1907 ; grâce à cette rencontre, Henri Matisse pourra tenir ses premières expositions aux Etats-Unis. De Greta Garbo à Winston Churchill, en passant par Matisse et Richard Strauss, la liste des célébrités photographiée par Edward Steichen (né au Luxembourg – naturalisé américain en 1900) est longue.

En 1908, Sarah encourage Matisse à ouvrir une Académie, rue de Sèvres à Paris. Le peintre donne des cours à Sarah, Hans Purrmann, Max Weber et Annette Rosenshine. A l’Académie Matisse, Sarah Stein prends des notes en reprenant mot pour mot les propos du maître : « Pour peindre, commencez par regarder longuement et attentivement votre modèle ou sujet et décidez de votre schéma général, des coloris. Ceci doit prévaloir  ».

Quoique non religieux, les Stein tiennent à leur identité juive, ce qui ajoute à leur séduction, mais provoque souvent des critiques de nature antisémite.

En 1910, Matisse expose ses œuvres à la Galerie Bernheim-Jeune à Paris, avec laquelle il est sous contrat (1909-1926). Après 1926, la société Gaston Bernheim – Jeune continuera à promouvoir les œuvres d’Henri Matisse en les exposant ou en les faisant figurer sur son catalogue.

En 1913, une place importante est réservée au travail de Matisse dans l’Armory Show à New York.

Au fil des années, Matisse entame une carrière internationale. Au début des années 30, une grande rétrospective est organisée au Musée d’Art Moderne de New York.

En 1936, l’artiste expose dans la plupart des villes d’Europe, notamment dans la Galerie Paul Rosenberg à Paris. Mais, en 1939, l’art de Matisse est considéré par les nazis comme « dégénéré ».

En 1938, Michael Stein (époux de Sarah Stein) décède à l’âge de 73 ans d’un cancer.

Au moment de l’invasion allemande en 1940, Henri Matisse se réfugie en zone libre. En 1943, l’artiste s’installe dans la Villa Le Rêve, à Vence. Il réalise des lithographies relativpour l’illustration des « Fleurs du Mal » de Baudelaire. Madame Matisse et sa fille Marguerite sont arrêtées par la Gestapo pour faits de résistance. Madame Matisse reste six mois en prison, tandis que sa fille est torturée et condamnée à la déportation ; elle s’échappera en se cachant dans la forêt des Vosges. Pour fuir le nazisme, Michael et Sarah Stein quittent la France pour les Etats-Unis en 1935, ils résident à Palo Alto en Californie.

Gertrude Stein (sœur de Michael et de Léo) décède le 27 juillet 1946 à Neully-sur-Seine et repose au Père Lachaise. Le 27 juillet 1947, Léo Stein décède à l’âge de 75 ans d’un cancer.

En 1946, Henri Matisse est Commandant de la Légion d’Honneur, et le Musée Matisse est inauguré en 1952 au Cateau – Cambrésis.

Peu avant la mort de Sarah Stein, le 15 septembre 1953 à San Francisco (elle a alors 83 ans), une amie de Sarah venant de chez Henri Matisse lui ramène un livre dédicacé : « A ma Sarah Stein, qui m’a souvent soutenu dans mes faiblesses  ». Matisse décède d’une crise cardiaque le 3 novembre 1954. Il repose à Cimiez.

De son retour en 1935 aux Etats-Unis,et jusqu’à sa mort, Sarah Stein n’a pas arrêté d’évoquer les œuvres d’Henri Matisse, et de les faire partager à diverses institutions américaines, ainsi qu’à ses proches, notamment à son petit fils, Daniel Michael Stein décédé en 2008. Sarah Stein reste, et restera, pour l’artiste Henri Matisse et pour l’ensemble de la Famille Matisse, la sensible mécène au sens le plus noble du terme. Le petit-fils d’Henri Matisse, Claude Duthuit, remarquait récemment que « sans les Russes et les Américains, mon grand père serait mort de faim  ».

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Contributeur(s) initial(ux)

D’Alméida Franck

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