Somme (la Somme et sa vallée)

Fleuve de Picardie

La Somme est le plus long fleuve de Picardie (245 km). Sa morphologie très complexe et son fonctionnement écologique, quasi uniques en Europe, portent l’empreinte de siècles d’activités humaines.


Le bassin versant de la Somme - Le bassin versant de la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

La Somme, appelée Samara par les Romains, est un fleuve côtier qui prend sa source à Fonsommes, dans le département de l’Aisne et passe par Saint-Quentin, Péronne, Amiens, Abbeville avant de se jeter dans la Manche à Saint-Valéry-sur-Somme.

La Somme prend sa source à une altitude de 86 m, ce qui conditionne la disposition de son bassin hydrographique, tout au long de son cours. Orienté est-ouest jusqu’à Amiens, en aval de la ville, il prend une direction nord-ouest.

Le faible dénivelé jusqu’à l’embouchure du fleuve, à Saint Valéry, est à l’origine de la création de méandres, qui dans la vallée creusée par le fleuve, forme un ensemble complexe de cours d’eau, de marais, d’étangs, de fossés, de rieux, de canaux et d’ouvrages hydrauliques les plus divers.


Vallée de la Somme, écluse - Écluse sur la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

Longue de 245 kilomètres, la Somme est le plus long et le plus typique des fleuves de Picardie. Elle structure, avec ses nombreux affluents et les divers canaux qu’elle rencontre, un bassin versant de 5560 km2.

La Somme reçoit plusieurs affluents, dont les principaux sont : pour la rive droite, l’Omignon , l’Hallue , la Nièvre et le Scardon ; pour la rive gauche, l’Avre , la Selle , le Saint-Landon , l’Airaine et l’Ambroise.

Depuis 1850, la Somme est canalisée depuis Abbeville jusqu’à l’embouchure, ce qui ralentit d’autant son cours. Tout comme cet enchevêtrement d’étangs, de plans d’eau, de bras que le fleuve crée et parcours, mais qui donne également à la vallée de la Somme son charme.


Vallée de la Somme - Vallée de la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

La Somme, le fleuve qui a donné son nom au département, imprime également sa marque aux paysages, tout au long de son cours. 262 Km de méandres. La Somme est un cours d’eau de pays de craie, c’est-à-dire caractérisé par une pente très faible. Ses eaux, son débit régulier sont ainsi à l’origine de cet ensemble complexe de cours d’eau, de marais, d’étangs et de canaux. Ce bassin versant s’étend sur plus 5.500 Km2 et concerne quatre départements.


Vallée de la Somme - Vallée de la Somme Crédits : Vallée de la Somme

Sa vallée, alluviale et le plus souvent encaissée, est un trait de verdure au milieu des plateaux d’openfield qui le bordent. Dans ses méandres, le fleuve s’étale en de nombreuses étendues d’eaux sombres, jalonnées de saules et de peupliers. Des étangs fréquentés par les pécheurs, les chasseurs au gibier d’eau, les promeneurs. Des tourbières plus noirâtres encore, autrefois lieux de production de ce combustible bon marché. Des marais, refuges pour les oiseaux migrateurs et la flore des zones humides - le « marais d’Isle », une réserve naturelle au cœur de Saint-Quentin – ou les Hortillonnages, une importante zone maraichère et intra-urbaine, à Amiens.

La source de la Somme


Croix-Fonsommes, aux sources de la Somme Crédits : CRDP Amiens

La source de la Somme se situe au nord du hameau de Fonsommes dont le nom signifie « Fontaine de la Somme ».

Au pied du muret protégeant le talus crayeux, l’eau sort de la roche en filets limpides. Elle se rassemble dans le bassin aménagé au premier plan avant de s’écouler vers la mer.

La Somme naît de l’émergence des eaux souterraines qui s’infiltrent dans le plateau crayeux fissuré. À quelques dizaines de mètres sous la surface du plateau, l’eau est arrêtée par une couche marneuse imperméable. L’eau imbibe toute la partie inférieure de la couche crayeuse y constituant une nappe libre qui s’écoule transversalement, d’une fissure à l’autre, en direction des vallées.

L’eau sort là où la craie est la plus fissurée, là où le plateau est entaillé par la vallée.

Tout au long de son parcours, la Somme et ses affluents sont alimentés par de nombreuses sources. L’eau de la Somme vient presque entièrement des eaux souterraines de la nappe libre de la craie. L’apport direct par ruissellement à la surface du sol est infime en raison des faibles pentes du bassin versant, de la perméabilité du sol limoneux et du sous-sol crayeux et de la rareté des précipitations intenses.

Histoire


Vallée d’Acon - La vallée d'Acon Crédits : Conservatoire des Sites Naturels de Picardie

Aux époques glaciaires, l’intensité du creusement était considérable, mais il y a environ 10 000 ans, avec le réchauffement du climat, le fleuve tumultueux a laissé la place à de vastes marécages. Les tourbes ont recouvert en partie un relief hérité des grands froids.

La Somme se trouve aujourd’hui dans une vallée large et profonde (de 0,5 à 1 km de large et jusqu’à 75 m de dénivelé), qui apparaît démesurée par rapport aux débits actuels du fleuve (débit moyen de 8m3/s).

La vallée de la Somme a été exploitée très tôt par l’homme, comme en témoignent les restes archéologiques d’Abbeville et de Saint-Acheul (entre 700 000 et 100 000 ans avant Jésus Christ).

Avec le développement de gués, de la pisciculture et de l’énergie hydraulique à l’époque gallo-romaine, puis de chaussées barrages au Moyen Âge, l’homme modifie le régime du fleuve.

Plus tard, l’exploitation de la tourbe change l’aspect de la vallée qui se troue de vastes étangs, séparés par de minces langues de terre.


Vallée de la Somme, les étangs

La vue a été prise du haut du talus abrupt qui constitue le versant concave d’un méandre encaissé dans le plateau picard. Celui-ci, avec ses parcelles cultivées, surplombe la vallée d’une cinquantaine de mètres. Le fleuve se situe au premier plan, au pied de l’abrupt.

Ce paysage caractérise la partie moyenne de la vallée de la Somme, en amont et en aval d’Amiens.

La vallée de la Somme forme un ensemble complexe de cours d’eau, de marais, d’étangs, de fossés, de rieux (petits canaux), de canaux et d’ouvrages hydrauliques les plus divers. Les nappes souterraines exercent une influence déterminante sur le niveau des eaux superficielles.


Vallée de la Somme - Vallée de la Somme Crédits : Conservatoire des Sites Naturels de Picardie

L’aménagement de la Somme

Les vallées des fleuves sont des couloirs privilégiés d’aménagement de l’espace, de voies de communication notamment. Tout au long de son parcours, la Somme ne reste qu’assez peu à l’état naturel. Elle a été canalisée sur une grande partie de sa longueur, notamment pour relier la région de Saint-Quentin à la mer.

La construction du canal de la Somme débute en 1770 et s’achève en 1843. La voie est mise au gabarit Freycinet en 1880. Longue de 156,5 km, elle débute à Saint-Simon, où elle est en contact avec le canal de Saint-Quentin, et débouche dans la baie de Somme.

Durant les cinquante-trois premiers kilomètres, entre Saint-Simon et Froissy, le canal est latéral à la Somme naturelle ; sur le reste du parcours, il est établi tantôt en rivière, tantôt en dérivation.

A Abbeville, une dérivation scinde la boucle de la Somme. La voie se poursuit ensuite jusqu’à Saint-Valéry-sur-Somme, sous le nom de canal maritime.

Conçu à l’origine pour permettre la montée des navires de mer, le canal maritime relie Abbeville à Saint-Valéry-sur-Somme. Sur cette section, il remplace complètement le fleuve naturel.

Les deux ouvrages de Saint-Valéry-sur-Somme constituent l’exutoire du canal, et donc du fleuve, sur la mer. Leur rôle est d’assurer le passage des bateaux et de permettre l’évacuation du débit naturel de la Somme. Ils constituent les têtes d’une écluse dont le sas est constitué par la section du canal comprise entre eux.


Canal de la Somme à Saint-Valéry - Canal de la Somme à Saint-Valéry

Le niveau du canal maritime est trop élevé pour assurer le drainage des terres riveraines et l’évacuation des affluents de la rive gauche de la Somme dans ce secteur. La création d’un contre-fossé, sur toute la longueur, permet de recueillir les anciens affluents du fleuve et les eaux de ruissellement des terres voisines pour les rejeter à la mer.

L’exutoire de ce contre-fossé est constitué d’un ouvrage équipé de deux portes de flot, qui s’ouvrent et se ferment sans intervention humaine en fonction des niveaux d’eau.


La vallée de la Somme près d’Abbeville : la Somme et la voie ferrée - La vallée de la Somme près d'Abbeville : la Somme et la voie ferrée Crédits : CRDP d'Amiens

La vallée de la Somme est toute indiquée pour faire passer la ligne de chemin de fer. Inaugurée en 1847, la ligne qui passe par la vallée de la Somme est exploitée par la Compagnie du chemin de fer d’Amiens à Boulogne, avant qu’une fusion ne lui soit imposée avec la très puissante Compagnie du chemin de fer du Nord.

Cette ligne d’intérêt local favorise les liaisons entre les deux plus grandes villes du département, facilitant également l’accès à la cote picarde et donc le développement des activités touristiques. Dans la première moitié du XXe siècle, on voit même arriver des chasseurs aux gibiers d’eau venus de Paris. Cette ligne et ses T.E.R.(Trains Express Régionaux) sont actuellement valorisés grâce aux bons soins financiers de la région picarde. Objectif : un départ toutes les demi-heures.

L’autoroute A16 et ses nécessaires ouvrages d’art a apporté sa contribution à la modification de la vallée dans les années 1990.

Les liaisons avec d’autres bassins versants

Avant d’être canalisée à Bray-sur-Somme, la Somme longe successivement la section du canal de Saint-Quentin comprise entre Lesdins et Saint-Simon, la section du canal de la Somme comprise entre le canal de Saint-Quentin (Saint-Simon) et le canal du Nord (Rouy-le-Grand), la section du canal du Nord comprise entre Rouy-le-Grand et Cléry et la section du canal de la Somme comprise entre Cléry et Bray-sur-Somme.

Les relations entre le fleuve, le canal de la Somme, le canal du Nord et le canal de Saint-Quentin sont assez complexes : ces voies se partagent les mêmes ressources en eau, la plupart du temps assez rares, leurs dispositifs d’alimentation varient en fonction des quantités effectivement disponibles et leurs tracés s’entrecroisent.

Le canal de Saint-Quentin, long de 92,5 km, lui aussi au gabarit Freycinet, relie Cambrai, sur l’Escaut canalisé, à Chauny, où lui fait suite le canal latéral à l’Oise.

Comme il rencontre près de Saint-Simon le canal de la Somme, il réunit les trois bassins de l’Escaut, de la Somme et de l’Oise. Il constitue ainsi l’artère par laquelle passent les bateaux reliant le nord à la région parisienne, à Lyon et à l’est de la France.

Une partie du canal fut creusée au XVIIIe siècle (1738), sous le nom de canal Croazat, entre l’Oise et la Somme. Sa prolongation fut l’œuvre du Premier Empire, la liaison entre le nord et Paris ayant été inaugurée par Napoléon 1er le 28 avril 1810.

Son alimentation en eau provient principalement de l’Escaut, de l’Oise, par l’intermédiaire de la rigole de l’Oise et du Noirrieu, de la Somme naturelle, au niveau de l’étang d’Isle, et de la nappe phréatique.

Le canal latéral à l’Oise, dont la construction fut décidée en 1821, relie le canal de Saint-Quentin à l’Oise canalisée. Il constitue un tronçon, long d’environ 34 km, du grand itinéraire qui met en communication les régions Ile-de France et Nord Pas-de-Calais.

Il a son origine à Chauny (Aisne) et se termine à Longueil-Annel (Oise). Il reçoit sur sa rive gauche, à Abbécourt , le canal de l’Oise à l’Aisne ; sur sa rive droite débouche, près de Noyon, la troisième section du canal du Nord.

Le canal du Nord permet de relier le bassin de la Sensée et le bassin de l’Oise en passant par celui de la Somme. Il a son origine à Arleux (canal de la Sensée) et se termine à Noyon (canal latéral à l’Oise), après un parcours de 95 km et le franchissement de 17 écluses.

Décidée en 1878, sa construction ne fut entamée qu’en 1908. Les travaux furent interrompus par les deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945 et ne purent être achevés qu’en 1965.

Les échanges entre bassins versants

Ce réseau complexe de canaux est destiné avant tout à la navigation. Les quelques points de contact entre les différentes voies autorisent des transferts d’eau limités entre bassins.

Aucun des canaux n’a été conçu pour réaliser des transferts d’eau de grande importance. Leur aménagement a été guidé par le souci d’assurer le transport des bateaux de commerce.

Comme l’indiquait M. François Bordry, président de Voies navigables de France, devant la commission d’enquête : « Ce canal (le canal du Nord) n’a pas été conçu pour effectuer des transferts d’eau, que ce soit des autres bassins vers la Somme ou de la Somme vers d’autres bassins. Très peu de voies d’eau ont été conçues pour ce type d’opérations. Il existe l’Ourcq, qui appartient à la ville de Paris, (...) et le canal de Dunkerque à Valenciennes ».

Le transport marchand sur le canal de la Somme connaît une certaine stagnation depuis une vingtaine d’années : environ 250 péniches, de 60.000 tonnes au total, l’empruntent tous les ans. Le trafic est concentré entre le canal du Nord, Froissy et Corbie. Il est à peu près nul aux environs d’Abbeville.

La mise en valeur du site des hortillonnages et la création d’une base nautique ont contribué à l’essor du trafic de plaisance et au développement du tourisme.

En revanche, le trafic reste important sur les canaux du Nord et de Saint-Quentin.

La Somme franchit le canal de Saint Quentin à Seraucourt par un aqueduc souterrain dont le dimensionnement ne pose pas de problème pour l’évacuation des eaux, même en période de crue -le fleuve prend en effet sa source à quelques kilomètres de là et son débit n’est donc pas très fort.

Elle peut recevoir de l’eau de ce même canal, en amont de l’aqueduc, au niveau de l’écluse de la Fontaine-lès-Clercs, et, en aval, par un ouvrage appelé « retenue de la mère nourrice ».

Le fleuve longe alors le canal de la Somme dans une zone d’étangs et de marais, appelés « étangs de la Haute-Somme ».

Il passe ensuite par un siphon sous le canal du Nord, ce qui engendre parfois des difficultés en période de crue, dans la mesure où ce siphon peut alors faire barrage aux écoulements et entraîner un relèvement du niveau des eaux en amont.

Le canal de la Somme, quant à lui, a pour origine le canal de Saint-Quentin à Saint-Simon. Une écluse assure la communication entre les deux voies.

Une prise d’eau, dite « prise de Dury », lui permet de recevoir de l’eau de la Somme naturelle qu’il longe -la prise d’eau ne fonctionne pas dans l’autre sens.

Le canal est ensuite alimenté par les rivières la Beine, l’Ingon et l’Allemagne. Il se confond alors sur une trentaine de kilomètres avec le canal du Nord jusqu’à Sormont, où il reprend un cours indépendant le long de la Somme.

L’écluse de Sormont et ses déversoirs de contournement permettent de répartir l’eau entre le canal du Nord et le canal de la Somme. Un peu en amont, à Épenancourt, un autre déversoir peut être utilisé pour évacuer le trop plein d’eau des deux canaux vers la Somme naturelle et les étangs.

Enfin, des pompes ont été installées le long du canal du Nord pour alimenter en eau les biefs de partage entre les bassins de la Sensée, de la Somme et de l’Oise, après chaque passage de bateaux. Leurs capacités sont faibles, comprises entre 2 m3/s et 4 m3/s.

Cet article est en partie une reprise des travaux de la commission d’enquête sur les inondations de la Somme afin d’établir les causes et les responsabilités de ces crues, d’évaluer les coûts et de prévenir les risques d’inondation.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; CRDP Picardie

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