Somme, l’occupation, 1914-1918

Une dure réalité

A l’automne 2014, la partie est du département de la Somme est occupée : contrôle des populations, exploitation et mise en valeur des richesses, réquisitions et exploitation des ressources locales. Une véritable organisation est mise en place pour satisfaire les besoins des armées allemandes.


Péronne, ruines de la Grand-Place Crédits : Wiki commons

Classiquement, le terme occupation renvoie à la Seconde guerre mondiale. Et pourtant, le long de la ligne de front de la Grande guerre, des villes et villages ont été occupés, parfois quatre ans durant, et durement.

La période d’invasion

« En quels termes les décrire, toutes ces horreurs dont les barbares ont abreuvé nos chers compatriotes ? La langue française (...) manque d’expressions significatives pour peindre la sauvageries de ces hordes de pillards, de voleurs, d’incendiaires, d’impudiques, d’assassins, de criminels qui se sont abattues sur notre malheureuse Picardie... ». C’est en ces termes qu’Alex Bellard, dans Le Santerre picard sous la botte allemande (écrit en 1915) décrit l’arrivée des ’uhlans’ !

Les mots sont violents, mais il semble bien qu’il y eut, de la part de l’armée allemande, une réelle volonté de terroriser la population. Plusieurs villages picards sont incendiés et pillés : Proyart, Framerville, Pont-Noyelles, Lahoussoye... Certaines exactions sont commises en musique (phonographes, piano mécanique...), ce qui témoigne d’une volonté de choquer, de ridiculiser une population qui vient d’être dépouillée de ses biens !

Des violences envers les personnes sont aussi constatées. A Méricourt sur Somme, une jeune fille d’une vingtaine d’années est violée par trois soldats allemands, le 29 août 1914 ; une veuve de 79 ans est victime d’une tentative de viol, le 30 août 1914, à Pont-Noyelles ; une ouvrière de Nesles, âgée de 25 ans, est agressée, fin janvier 1915, devant ses 3 enfants, qui subissent également des violences.

La mise en place du contrôle de la population et des biens

A l’automne 1914, donc, la partie orientale du département de la Somme est occupée par les troupes allemandes. Une administration militaire se met en place. « Tous les pouvoirs d’ordinaire réservés à l’Etat furent transférés à l’armée d’occupation. (...) Son pouvoir était absolu. » (Georges Grommaire, L’occupation allemande en France)
A proximité du front, les commandements allemands (Kommandanturen) administrent un territoire restreint (quelques villages tout au plus). Plus l’on s’éloigne du front, plus les secteurs gérés par les Kommandanturen sont étendus.

Les administrations communales conservent une certaine importance : elles sont en effet chargées d’assurer le ravitaillement, et de répondre aux demandes de réquisition des occupants.
Les hommes valides (réformés, ou en ’attente’ de partir à la guerre) sont enlevés. A Chaulnes, par exemple, environ 300 hommes sont ’raflés’ en octobre 1914. Transférés à Péronne, les plus jeunes sont envoyés en Allemagne... La circulation entre les territoires est interdite, les communes occupées vivent en vase clos.

L’armée allemande puise dans le territoire tout ce ce qui lui est utile, sans tenir compte des besoins des habitants. Le bétail et le matériel agricole sont réquisitionnés, les récoltes sont prélevées, laissant la portion congrue aux habitants. Mis en place par les Alliés, le blocus des marchandises à destination de l’Allemagne aggrave encore la situation : céréales, pommes de terre, et foin sont, le cas échéant, exportés vers l’Allemagne pour nourrir la population !
La culture de la betterave et du houblon est interdite.

Les Allemands vident également les territoires occupés de toutes les liquidités ...

Marc Blancpain, [->http://www.encyclopedie.picardie.fr/Blancpain-Marc.html, conteur, romancier et historien picard, enfant en Picardie pendant la première guerre mondiale, témoigne : « Ceux qui n’ont connu, après 1940, que la seconde occupation, fût-ce même en zone interdite, ne peuvent se représenter l’âpreté, la rapacité et l’extraordinaire minutie des pillages, des réquisitions, des perquisitions, des amendes collectives et personnelles, des contributions de guerre et des manipulations monétaires malhonnêtes qui ont été, pendant plus de quatre ans, le lot des territoires et des populations gouvernés par l’armée impériale allemande ».

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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