Somme, l’arrière-front, 1914-1918

Un département, la Somme, coupé en deux : la partie orientale est occupée, dès l’automne 1914, et la vie quotidienne, dans l’ouest, est, bien entendu, perturbée par la proximité du front, par l’afflux des réfugiés, par la présence de soldats en permission...

L’occupation d’une partie de la Somme, la proximité des zones de combats, et les bombardements provoquent, dans l’ouest du département, bien des perturbations.


Amiens bombardée, 1918 - La maison Deberny, en face du palais de justice Crédits : Wiki commons

Amiens

La ville capitale, Amiens, va vivre à l’heure militaire. Le 3 août, la ville est déclarée en état de siège : règlementation de la circulation, trains réservés aux militaires, presse soumise à la censure, couvre-feu, et ... interdiction de l’absinthe ! L’armée allemande entre dans Amiens le 31 août, et défile rue des Trois-Cailloux. Le maire a 48H pour fournir d’énormes quantités de légumes, viande, cigares et chevaux, douze otages garantissant le respect des exigences allemandes, douze hommes de la rue, dont,volontairement, douze conseillers municipaux, et le procureur général, prennent la place. Début septembre, les Allemands s’installent, puis se replient le 10, après avoir détruit tous les ponts. Les armées française et anglaise ont libéré la ville de sa brève occupation, maisde graves difficultés économiques subsistent : Amiens est isolée, le ravitaillement est difficile, tant pour les commerçants que pour les industriels ...

Le front se stabilise à environ trente kms d’Amiens, et la population s’installe dans la guerre, entre bombardements, et relative prospérité, liée aux soldats en permisssion et à la reprise de l’industrie textile, due aux commandes de nouveaux uniformes par l’armée française.

Georges Duhamel Duhamel, Georges, écrivain et chirurgien sur le front de la Somme, correspond avec sa fiancée, Blanche, qui réside quelquefois à Amiens pour tenter de le voir. Blanche lui écrit : « Je découvre Amiens, une ville très animée, avec ses cafés toujours pleins. Les soldats et les infirmières viennent y prendre quelque bon temps ». Duhamel, lorsqu’il est en permission, décrit le travail des femmes, les munitionnettes, qu’il trouve "courageuses, bonnes travailleuses, et fort délurées ». Il évoque également le centre de fabrication des leurres (sur le site de l’actuel Musée de Picardie) : faux arbres, faux murs, fausses meules de foin, faux canons, faux soldats …

1915 est relativement calme, mais, en 1916, Amiens subit de nouveaux bombardements, en contre-point de la bataille de la Somme. Après la relative accalmie de 1917, grâce à l’avantage pris par les troupes franco-britanniques, l’année 1918 est à nouveau le théâtre d’intenses bombardements : de mars à août, la ville reçoit 872 bombes, et 11 130 obus, qui font 629 victimes, dont 68 civils... La gare du Nord, les Nouvelles Galeries et la halle aux blés sont détruites.

1918, Amiens, libérée, mais ravagée.


Amiens, quartier cathédrale, 1918 - La municipalité d'Amiens met en place, dès 1915, une protection des monuments historiques Crédits : Wiki commons

Les zones rurales

Dès octobre 1914, les conseillers généraux des cantons ruraux signalent que les populations des communes sont perturbées par l’afflux des réfugiés.

Les activités agricoles sont bien évidemment perturbées par la proximité du front. Jusqu’en 1916, et la bataille de la Somme, les désordres restent relativement limités : « Les petites communes de la laborieuse Picardie se sont remises au travail ; (...) Le paysan répare dès que l’ennemi est chassé ; il ensemence son grain dans ce terrain hier encore fauché par la botte prussienne et malgré le danger qui le menace. » (Alex Bellard, le Santerre sous la botte prussienne). En juin 1916, tout près du front, on pouvait encore espérer de très belles récoltes, même dans les parcelles coupées par les tranchées, et traversées de barbelés !

Mais la guerre se durcit : des territoires entiers sont aménagés pour les cantonnements, les armée alliées vident elles aussi les granges, provoquent les dégâts sur les labours ensemencés ; Et, bien sûr, les armées alliées opérent également des réquisitions.

Les écoles sont déorganisées, certaines sont fermées, et on peut voir des instituteurs faire la ’tournée’ des élèves pour les faire travailler ! Un directeur d’école remarque également un certain relâchement dans la discipline... « L’enfant devenu plus libre se montre indocile. Le mal s’est accentué depuis le cantonnement des troupes (...).Nos élèves recoivent en échange de quelques services des sous et des cigarettes. Ils apprennent à flâner (...). Certains marmots fument comme des hommes (...). La discipline est devenue difficile ».

Autre souci pour les habitants de la Somme, et pas des moindres : il ne peuvent plus avoir de contact avec leur famille, ou leur amis, restés en zone occupée : les déplacements sont impossibles, la correspondance est interdite. Marc Blancpain Blancpain, Marc, conteur, romancier et historien picard, enfant en Picardie pendant la première guerre mondiale, témoigne : « Nous avions des parents, des gens âgés que nous aimions, qui vivaient à saint-Quentin, à 35 kms de chez nous (...). Pendant quatre ans, nous n’avons rien su ni des uns, ni des autres, et ils n’ont rien su de nous ».

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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