Site archéologique de Ribemont-sur-Ancre

Agglomération gallo-romaine

S’étendant sur 80 hectares, c’est l’un des plus importants sites archéologiques du nord de la France. Les vestiges de l’agglomération gallo-romaine recouvrent les restes d’un important lieu de culte de l’époque gauloise.


- Site archéologique de Ribemont-sur-Ancre Crédits : CRDP d'Amiens

Sur une hauteur dominant le village de Ribemont-sur-Ancre et la petite vallée de l’Ancre, sur la rive droite de la rivière qui porte le même nom, à vingt kilomètres à l’est d’Amiens, se trouve l’un des plus riches et des plus vastes sites archéologiques du nord de la France.

Les vestiges romains comportent un temple, un théâtre de plus de 3000 places et des thermes, s’étendant sur quatre-vingt hectares, depuis le bord du plateau jusqu’au fond de la vallée.
Il s’agit d’un sanctuaire gallo-romain qui recouvre lui-même les restes uniques en Europe celtique d’un important lieu de culte de l’époque gauloise.

Le site a été découvert en 1963 par Roger Agache lors de ses survols aériens. Les premières fouilles programmées commencèrent dés 1966, sous la direction d’A. Ferdière. De 1968 à 1987, J.-L. Cadoux découvrit, sous l’ensemble gallo-romain, les premiers restes d’un lieu de culte plus ancien, matérialisé par la présence d’armes gauloises et d’ossements humains.
Puis les fouilles de Jean-Louis Bruneaux révèlent des vestiges qui se répartissent sur près d’un kilomètre de longueur, 80 hectares d’une suite de terrasses, jusqu’aux abords du village actuel.

À l’âge de bronze, le site de Ribemont-sur-Ancre était déjà occupé, en son point le plus haut, par une imposante nécropole.
Quand les Belges arrivèrent en Picardie, au IIIe siècle av. J.-C., peut-être y virent-ils les signes d’une présence divine. C’est l’une des raisons qui pourrait expliquer qu’ils décidèrent d’édifier le sanctuaire à quelques centaines de mètres de là. On peut penser plutôt que c’est à cet endroit qu’eut lieu un combat entre les nouveaux arrivants , les Belges, et les anciens occupants , et que les premiers, étant vainqueurs, auraient alors créé un trophée en cet honneur afin d’y exprimer leur puissance.

Les corps et armes des vaincus, et peut-être une partie de ceux des vainqueurs, ont alors été recueillis et exposés, comme trophées, pour décorer l’extérieur de l’édifice, lors de sa première utilisation, aux IIIe et IIe siècles av. J.-C. Là, on les laissait se dégrader.

Quand les os pouvaient être prélevés sans l’aide d’un couteau, on en faisait des ossuaires, petites constructions, semblables à des tas de bois ; puis ils étaient concassés et brûlés sur un autel.
Il s’agit donc probablement d’un lieu de culte principal pour un peuple belge ,qui aurait pu aussi servir de lieu commun à une confédération de peuples qui guerroyaient ensemble.

L’ évolution du site

Le site ne montre aucune rupture dans ses activités ou son architecture, au moment de la conquête romaine.
Le sanctuaire n’est déserté à aucun moment mais les pratiques celtes se modifient.
Les cadavres humains n’entrent plus dans le sanctuaire et les anciens ossuaires sont recouverts de terre ; les pratiques qu’ils exigeaient sont abandonnées.
Le site prend davantage l’allure d’un espace cultuel. Les prêtres procèdent à des rites plus habituels : sacrifice animal, offrandes de céramiques, etc. L’espace sacré change aussi : il n’est plus secret, il s’ouvre pour que la foule puisse s’y assembler.
Vers 30 av. J.-C., le temple romain est construit. Peut-être y a-t-il apparition des statues divines en bois.

Ce dernier subit des réaménagements importants dans la première moitié du Ier siècle ap. J.- C : le bois est progressivement remplacé par la pierre, l’architecture est de plus en plus élaborée. Ce n’est qu’à la fin du siècle, qu’apparaissent des aménagements architecturaux plus classiques, plus monumentaux.
Au IIe siècle ap. J.-C., le sanctuaire est profondément remanié, en même temps que l’ensemble du site : édification de thermes, d’un amphithéâtre et d’un nouveau temple alignés sur un même axe de symétrie et bordés d’habitations, elles-mêmes donnant sur des rues.

Le site prend alors un aspect monumental sous forme d’agglomération.
Le temple est devenu un temple romain de type classique qui sera détruit au IVe siècle, et ses éléments, récupérés.

Ribemont a permis de saisir mieux qu’ailleurs l’essence d’un culte gaulois, mais aussi de comprendre comment il a été respecté par l’occupant romain qui progressivement l’a modelé à son image, dans le cadre de la religion dite gallo-romaine.
Le sanctuaire raconte donc une histoire de métissage des cultures.

La mise en valeur
- Site archéologique de Ribemont-sur-Ancre Crédits : CRDP d'Amiens

Ce riche passé, découvert grâce aux campagnes archéologiques qui se succèdent depuis quelques décennies sur le sol picard, impose que le site de Ribemont-sur-Ancre soit classé Site d’intérêt national depuis 1996 et mis en valeur grâce au Centre archéologique départemental.
Le site, unique en Europe, est d’un grand intérêt pour la connaissance du monde celtique.
Plus de 40000 ossements humains, 10000 objets métalliques de l’époque gauloise, un millier de blocs architecturaux, plusieurs dizaines de milliers d’os animaux et de tessons céramiques y ont été mis à jour.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thibaut, Émilie ; CRDP Picardie

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