Serrurerie et métallurgie du Vimeu

Trois atouts pour une industrie née dès le XVIIe siècle : la Somme à défendre en forgeant des armes, le port de Saint Valéry pour recevoir les matières premières, la route commerciale Vimeu-Paris. Cette industrie, toujours bien présente dans le Vimeu a su s’adapter pour traverses crises et mutations technologiques. 


Historique

La légende qui dit qu’un certain Maquennehen, horloger flamand, ayant implanté la serrurerie à Escarbotin en 1636, ne repose que sur deux faits : une horloge signée « Maquennehen - horloger à Escarbotin -1643 » retrouvée dans l’église de Nibas vers 1920, et le style flamand de la serrurerie Maquennehen d’Escarbotin.

C’est peu mais il existe trois éléments plus factuels :

  • La rivière Somme est une frontière à défendre avant Paris et il est vital de savoir forger pour fabriquer des armes.
  • Le port de Saint-Valéry est très actif et reçoit le charbon de terre d’Angleterre et l’acier de Hollande
  • Deux routes commerciales « Vimeu - Paris » existent depuis longtemps : les chasse-marée qui livrent le poisson et un service de transport « le Carrosse d’Eu »

L’essor du XVIIIe siècle

  • Une poussée démographique marque la fin des guerres de religion. Les paysans deviennent de plus en plus serruriers (31% de la population d’Embreville s’occupe de serrurerie en 1759 contre 17% en 1740)
  • La plupart des maîtres serruriers sont à Escarbotin. Ils forment des compagnons qui essaiment leur savoir-faire dans les villages du Vimeu. En 1780 plus de 3000 personnes travaillent dans près de 500 ateliers répartis sur 30 communes.
  • Plusieurs grandes marques naissent à cette époque : JPM, Bricard et Laperche à Escarbotin, Picard à Feuquières, Dény à Saint-Blimont.

La mutation du XIXe siècle


Pendant la Révolution le Vimeu fabrique des piques, des platines de fusil et des cylindres cannelés pour l’industrie textile. Cette dernière activité perdure jusque vers 1880 à Friville.

Mais, pour les serruriers, le grand bouleversement arrive avec la fonte malléable.

Mélange de plusieurs types de fonte, décarburé et recuit, la « malléable » permet de réaliser toutes formes de pièces à moindre coût.

Le serrurier qui dominait le fer de son marteau et de sa lime va devenir ajusteur pour les importantes usines qui vont se construire.

Les usines-mères

Tout va très vite en ce début de XIXe siècle (machine à vapeur, chemin de fer et nouvelles techniques), le pays s’industrialise. Les serruriers de Picardie n’ont pas les moyens financiers nécessaires pour s’équiper et ce sont souvent les marchands parisiens, leurs clients, qui investissent dans les nouvelles usines.

Leurs machines performantes produisent les pièces brutes des serrures qu’elles livrent ensuite chez les serruriers pour assemblage.

Progressivement ces usines-mères attirent chez elles les artisans serruriers qui, au détriment de leur liberté, y trouvent un emploi sûr.

Les nouvelles activités

Avec la « malléable » naissent de nouveaux produits (paumelles, sécateurs, robinets et une multitude d’articles pour l’équipement de la maison. Ces produits disparaitront des catalogues sauf un qui va apporter au Vimeu une autre activité importante : la robinetterie.

Implantée vers 1860 elle développe des gammes de robinets pour l’eau, l’air ou le gaz. Les grands travaux parisiens d’Hausmann favorisent l’essor de ce secteur.

D’autres métiers émergent : la fonderie bien sûr, puis le tournage, le polissage, le taillage de limes, la fabrication de ressorts ou de clés de montres et d’horloges, etc.

Un XXe siècle agité


Il débute avec de violentes grèves à Fressenneville en 1906. Les ouvriers des Éts Guerville & Riquier incendient le château du patron qui veut licencier un des leurs. La troupe est appelée pour rétablir l’ordre ; le travail ne reprendra que le 20 août.

D’une guerre à l’autre

1914-1918 : Les hommes non mobilisés et les femmes valides fabriquent des armes dans les ateliers réquisitionnés. Les derniers serruriers-paysans déposent les limes et vont travailler dans les usines.

L’activité repart avec la reconstruction d’après-guerre mais le bruit du canon résonne à nouveau.

1939-1945 : Le plus grand conflit de l’histoire de l’humanité va laisser la France et l’Europe exsangues. A la fin des hostilités on manquait de tout et le métal qui pouvait être récupéré (douilles d’obus, carcasses d’engins, vieilles gouttières...) était refondu.
De cette pénurie naissent de nouveaux matériaux comme le zamak ou la bakélite qui annoncent la plasturgie.

Les 30 glorieuses et la fin du siècle

Avec le baby-boom de l’après-guerre l’industrie tourne à plein régime et plus de 5000 personnes travaillent dans les 140 entreprises du Vimeu. On y fabrique toujours des serrures et des robinets mais aussi des câbles électriques, des boites aux lettres, du mobilier métallique. La sous-traitance fournit des joints, des ressorts, la galvanoplastie. De nouvelles technologies émergent : plasturgie - fonderies sous-pression et matriçage.

Après le premier choc pétrolier de 1973, le Vimeu souffre mais les entreprises les plus performantes s’informatisent et s’équipent de machines numériques. Les techniques de marketing , la R&D, le design, la communication, l’exportation entrent maintenant dans leurs stratégies commerciales.

En 1989, Bricard, est racheté par le groupe financier Rosario. L’entreprise est démantelée et revendue par morceaux en 1992.

En 15 ans pas moins de sept groupes rachèteront quelques-uns des plus beaux joyaux de l’industrie de la sécurité du Vimeu.

Le XXIe siècle

Malgré les concentrations d’entreprises et les produits « low-cost », la région résiste tant bien que mal aux crises économiques. Elle possède de solides atouts : un tissu local de sous-traitance diversifié et une main d’œuvre avec des savoir-faire irremplaçables.

Les produits « made in Vimeu » sont vendus sur les 5 continents et certaines entreprises sont leaders européens dans leur spécialité. (serrures électroniques de haute sécurité, robinetterie temporisée et de luxe, boites aux lettres...).

Sont encore implantées dans le Vimeu les sociétés Fichet-Bauche et Bricard. S’y ajoute la robinetterie (deuxième rang en France, dont la firme Porcher), le travail des métaux non ferreux, la fonderie, le nickelage et chromage de pièces métalliques, le décolletage (deuxième rang en France), la fabrication de petit outillage, d’articles de quincaillerie, d’équipements pour cycles (Sachs). 

Ces produits, tout le monde les utilise, chez soi, sur les lieux de travail ou dans les services publics.

Un exemple, Feuquières en Vimeu


Le Vimeu est un exemple d’industrie diffuse en milieu rural. Les entreprises n’emploient que quelques dizaines de salariés, mais au total on recense plusieurs milliers d’emplois. L’atelier visible sur la photo fabrique des boîtes à lettres ; il appartient à une usine employant 300 salariés où l’on produit aussi des coffres-forts et des portes blindées.
 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Thomas Jean-Mary

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