Séraphine

Peintre (1870 - 1942)

Séraphine Louis, quarante-deux ans vit à Senlis , de petits ouvrages et de ménages. A ses heures perdues, elle peint sur tout ce qui lui tombe sous la main. C’est de l’art brut. Yolande Moreau incarne le personnage de Séraphine dans le film éponyme de Martin Provost.


1912. Séraphine Louis, quarante-deux ans vit à Senlis, de petits ouvrages et de ménages. A ses heures perdues, Séraphine peint, sur tout ce qui lui tombe sous la main (assiettes, meubles, petits panneaux de bois). Elle travaille aussi comme domestique chez madame Duphot, qui loue un appartement à un critique et marchand d’art allemand passionné par les peintres modernes et primitifs, Wilhelm Uhde. Lors d’un dîner donné par madame Duphot, celui-ci tombe sur un petit tableau, apporté là par Séraphine quelques jours auparavant. Fasciné, il l’achète et insiste auprès de Séraphine pour qu’elle lui montre ses autres œuvres : il achète tout et l’encourage à continuer son travail.

La Première Guerre Mondiale éclate. Uhde est contraint de fuir la France et d’abandonner Séraphine. Pendant les combats, malgré la famine, la misère et la rudesse de l’hiver, Séraphine continue de peindre.

1927. Wilhelm Uhde, revenu en France, vit désormais à Chantilly, avec sa sœur, Anne-Marie, et son compagnon Helmut. Poussé par sa sœur, il se rend à une exposition de peintres amateurs de Senlis. Là, au fond de la salle d’exposition, il tombe sur d’immenses toiles chatoyantes et hallucinées, dont il reconnaît immédiatement la patte : Séraphine. Bouleversé, Udhe décide alors de s’occuper à nouveau de sa carrière.

Dans les années qui suivent, Séraphine peint ses tableaux les plus inspirés, vend beaucoup, mais bascule peu à peu dans la folie. Finalement internée, elle s’éteint en 1942.

Vue par Bertrand Lorquin, Conservateur du musée Maillol

Il était d’usage durant la Renaissance de désigner l’artiste par le nom de la ville ou du village d’où il était issu. Ainsi nous connaissons Antonello da Messina, Léonard da Vinci comme s’ils étaient des noms propres. Séraphine a rejoint cette tradition à l’aube du XXe siècle en devenant Séraphine de Senlis ou Séraphine tout court. Humble femme de ménage, elle est dévorée par l’envie de peindre, cette fameuse nécessité intérieure dont parlait Kandinsky à propos de tout artiste gagné par le vrai désir de création. Or c’est dans cette ville de Senlis, où baigne encore un climat gothique, que l’esthète et collectionneur allemand Wilhelm Uhde découvre le talent et la personnalité de celle qui était sa femme de ménage. Uhde est stupéfait par la puissance, l’ampleur et surtout l’intensité qui se dégage des compositions florales peintes par Séraphine. Si elle rejoint la famille des peintres primitifs par la manière dont on la désigne, sa peinture entre elle aussi dans ce monde étrange du primitivisme.

Uhde voit dans ses œuvres l’expression du primitivisme moderne, c’est-à-dire la puissance de représenter le monde de l’inconscient libéré de toute école, de tout académisme ou de toute filiation.

Séraphine est autodidacte, elle fait ses couleurs elle-même et en conservera le secret. Elle est au seuil entre un art de la pathologie et l’embrasement de son esprit habité par des visions qu’elle découvre parfois en regardant la rosace de la cathédrale de Senlis lorsque celle-ci est illuminée par la lumière. Semblable aux populations du haut Moyen Âge qui tombaient en adoration face à la clarté des couleurs et des images, Séraphine reproduit dans sa peinture l’incendie qui a enflammé la psyché de générations entières. C’était l’une des dimensions de son art qui fascinait le regard de Wilhelm Uhde. Il avait vu dans la peinture du Douanier Rousseau, dont il fut l’un des premiers à comprendre le talent, la même force d’expression qu’il retrouva chez Séraphine. Uhde lui organisa des expositions et la fit entrer dans l’histoire de la peinture moderne. Sans lui, ses tableaux seraient restés oubliés, accrochés dans quelques études de notaire. N’oublions pas que l’on a découvert l’importance de Georges de Latour qu’à partir des années trente et qu’il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour isoler Vermeer du reste des petits maîtres hollandais !

Le film de Martin Provost qui retrace les épisodes de la vie tragique, mais oh combien émouvante de Séraphine, est une occasion trop rare d’exhumer un grand artiste de l’oubli. Le musée Maillol qui possède dans ses collections un fonds important réuni par Dina Vierny des œuvres des cinq primitifs modernes, et tout particulièrement des chefs d’œuvre de Séraphine, s’associe pleinement à cet événement.

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Picardia

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