Rigollot, Marcel-Jérôme dit Rigollot

Exemple parfait du médecin de province (1786 - 1854)

Ce médecin amiénois illustre l’image du médecin érudit de province au XIXe siècle. Engagé et bon soignant, il collectionne les honneurs, se consacre à la politique et à la vie sociale. Numismate réputé, il est le premier président de la Société d’Archéologie de la Somme.


- Buste de Marcel-Jérôme Rigollot Crédits : Avec l’aimable participation de la Société des Antiquaires de Picardie

Marcel-Jérôme Rigollot dit Rigollot fils (né à Doullens le 30 septembre 1786, mort à Amiens le 29 décembre 1854) est un médecin amiénois qui illustre parfaitement l’image du médecin érudit de province au XIXe siècle. Engagé et expert dans l’art de guérir, il collectionne les honneurs au cours de sa carrière médicale tout en se consacrant à la politique et à l’étude de l’histoire et des mœurs de sa ville. Numismate réputé, il est le premier président de la Société d’Archéologie de la Somme, future Société des Antiquaires de Picardie.

Une vocation  : soigner

Marcel-Jérôme est le fils du docteur Marc-Edmé Rigollot, grande figure du corps médical amiénois de l’après-Révolution française. Très vite initié aux sciences naturelles et à l’étude de l’Histoire sous l’autorité de son père, il suit sa scolarité à l’école centrale amiénoise avant de rejoindre à dix-sept ans les bancs de l’école de médecine de Paris. Dans le même temps, le jeune Marcel-Jérôme, soucieux de s’initier à la pratique, intègre par concours l’hôpital du Val-de-Grâce en tant que chirurgien sous-aide.

Rigollot fils est reçu docteur en médecine à Paris en 1809 et rentre à Amiens. Son exercice en Picardie ne dure pourtant que quelques mois  : le jeune médecin est en effet appelé peu de temps après à la Grande Armée comme médecin ordinaire. Envoyé à Görlitz, Dresde puis Mayence, il combat vigoureusement les épidémies de typhus qui font des ravages dans les rangs de l’armée napoléonienne avant de contracter lui-même la maladie, conséquence d’une blessure dû au conflit.

Attaché successivement aux hôpitaux de Metz, de Château-Thierry et de Meaux, Rigollot fils revient finalement dans sa ville en 1814, auréolé de ses succès et de son dévouement sur les champs de bataille. Nommé au dépôt de mendicité puis au bureau de bienfaisance, le médecin amiénois occupe dès 1821 la fonction de médecin ordinaire de l’hôtel-Dieu d’Amiens et dirige avec fermeté l’administration des soins dans les salles militaires de l’établissement.

Un médecin au service de sa ville

Très attaché à la vie et à la santé des Amiénois, Rigollot fils ne se borne pas à l’art de guérir et s’investit, comme la plupart des médecins de sa génération, dans la vie de sa cité en siégeant aux principaux comités municipaux. Au cours de sa carrière, le docteur Rigollot est à la fois  :

  •   membre du comité de salubrité, où il émet des avis sur l’hygiène de la ville et sur les moyens à mettre en œuvre pour rendre sains les quartiers populeux,
  •   membre du jury médical, où il lutte contre le charlatanisme et surveille les officiers de santé en exercice,
  •   membre de la commission des prisons,
  •   membre du comité pour l’instruction primaire,
  •   membre du bureau de bienfaisance,
  •   membre de l’Académie des Sciences, de l’Agriculture, du Commerce, des Belles-Lettres et des Arts, des principales sociétés savantes amiénoises,
  •   correspondant de l’Académie Royale de Médecine…

En 1830, Rigollot fils suit naturellement à quarante-quatre ans le glorieux exemple de son père en siégeant au conseil municipal, quelques mois avant son ami Lemerchier. Sous l’autorité du maire, le docteur Rigollot met en pratique ses thèses hygiénistes  : il s’engage dans l’élaboration des plans de la ville, dresse des projets d’alignement des rues et des places publiques, émet son avis sur tous les dossiers d’intérêt local. Il siégera au conseil municipal jusqu’à sa mort, en 1854.

Le médecin amiénois prend également part à la vie de l’école secondaire de médecine, enseignant successivement la matière médicale, la pathologie externe, l’hygiène puis l’histoire thérapeutique. Professeur émérite, il prend – le temps de l’année 1854 – la succession de Barbier à la tête de l’école amiénoise.

L’amoureux des Beaux-Arts

Médecin respecté et engagé, Rigollot fils se distingue de ses confrères par son amour de l’art. Féru d’archéologie et spécialiste de la numismatique médiévale, il fait des fouilles dans le quartier Saint-Acheul, délivre son savoir au sein de l’Académie et publie des études – dont son Essai historique sur les arts du dessin en Picardie depuis l’époque romaine jusqu’au XVIe siècle et son Catalogue de l’œuvre de Léonard de Vinci (inachevé) – qui lui valent une renommée nationale.


- Monnaies inconnues des évêques des innocens, des fous, et de quelques autres associations singulières du même temps, par Marcel-Jérôme Rigollot Crédits : DR

Convaincu que sa ville doit se doter d’institutions culturelles de premier plan, Rigollot milite pour le rassemblement de savants dont le but serait « de rechercher par des soins assidus tous les monuments de l’art et de l’histoire que l’Antiquité et le Moyen Age ont laissé en Picardie  », de fonder un musée et de s’occuper de la conservation des monuments picards.

En 1836 nait la Société d’archéologie du département de la Somme. Le médecin, à l’origine de cette union de sages, en est naturellement nommé président et verra ce mandat renouvelé six fois au cours de sa vie. Fort de sa réputation et chevalier de la Légion d’Honneur, Rigollot fils négocie directement avec Napoléon III l’acquisition du terrain de l’ancien arsenal sur lequel la société, devenue en 1839 Société des Antiquaires de Picardie, ambitionne de fonder l’un des tout premiers musées modernes de l’Hexagone, le Musée Napoléon (qui deviendra plus tard le Musée de Picardie ).


- Notice sur M. Rigollot décédé directeur de l’école préparatoire de médecine et de pharmacie d’Amiens, par Tavernier Crédits : DR

Marcel-Jérôme Rigollot meurt à la fin de l’année 1854, sans avoir pu assister à l’édification de « son » musée qui ouvrira ses portes en 1867. La veille de sa mort, l’Institut de France nomme le médecin membre-correspondant en reconnaissance de ses nombreux travaux et de son implication dans l’étude de l’histoire de la capitale picarde.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Berlemont Henri

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