Rigollot, Marc-Edmé

Médecin « sage et expectant »

Marc-Edmé Rigollot est un médecin picard. Il joue un rôle important dans la politique de la ville d’Amiens à l’époque de la Révolution, puis devient le plus éminent des membres du corps médical amiénois.

Marc-Edmé Rigollot est est né à Bœugevin en Haute-Marne le 13 avril 1749 ; il meurt à Amiens le 29 septembre 1832).
Le docteur Rigollot est plus connu à Amiens sous le nom de Rigollot père. On le surnomme ainsi afin de ne pas le confondre avec son fils, Marcel-Jérôme Rigollot dit Rigollot fils, également médecin, numismate de renom et président de la Société des Antiquaires de Picardie.
Caducée d’Asclepios (Esculape)

Un médecin aimé et courtisé

Originaire de la Champagne, Marc-Edmé Rigolllot est issu d’une famille riche. Il choisit d’exercer la médecine, alors qu’il était destiné à une carrière ecclésiastique. Un an avant de commencer sa formation de médecin, il entreprend un long voyage en Italie. Il en revient fasciné par la ville de Rome et ses trésors, et gardera de son escapade transalpine un amour pour l’art et l’étude de l’Histoire.

De retour en France, Rigollot entre à la faculté de médecine de Montpellier où il est initié à la doctrine de Stahl (fondateur de l’animisme médico-psychologique), très en vogue à l’époque : Stahl soutenait le point de vue vitaliste, selon lequel les processus de la vie diffèrent des processus physiques ou chimiques, et son travail permit de faire progresser une approche rationnelle des désordres mentaux.

Il est reçu docteur en médecine et part s’installer à Doullens. Il s’y attire rapidement le respect et l’admiration des autorités municipales, qui choisissent de le pensionner en récompense de son action et de son dévouement lors de nombreuses épidémies.

La réputation du docteur Rigollot dépasse alors les frontières de la ville. Il se démarque de ses autres confrères par une technique sûre, une patience et une intelligence unanimement reconnues : on le surnomme avec admiration le « médecin sage et expectant ».

L’engagement politique de Rigollot

En 1786, le docteur Rigollot choisit de se fixer à Amiens. Auréolé de ses succès à Doullens, le médecin est reçu dans tous les salons, courtisé par l’ensemble des notables et des édiles locaux.

Rigollot père débute une carrière politique, à la suite des événements de l’été 1789. Il siège une première fois dans le nouveau conseil municipal amiénois : il est le seul médecin de la ville présent sur la scène politique à l’époque de la Révolution. Rigollot est en fait résolu, comme le précise Albéric de Calonne dans son Histoire d’Amiens, « à déraciner de main ferme et sûre (…) la foule des abus qui pourraient renverser les espérances que fait naître une nouvelle constitution (…) sur laquelle repose la félicité des générations futures ».

L’ascension politique du médecin est continue : il est élu en 1792, au suffrage direct, procureur de la commune. Il doit alors défendre les intérêts de la ville d’Amiens et veiller au bon fonctionnement de la commune ; il représente l’ensemble des Amiénois. Quatre ans plus tard, en 1796, le docteur Rigollot succède à Laurendeau et devient, le temps d’une courte année, officier municipal principal (maire) d’Amiens. Rigollot est au sommet de l’administration municipale, quarante ans avant le docteur Lemerchier : il est en charge du budget annuel de la ville, de l’organisation totale de la voirie, des aménagements, de la police municipale, etc. Son expérience médicale et ses connaissances des maux de la population sont des atouts pour mener à bien ses différentes missions. Malheureusement, son court mandat ne lui permet pas d’entreprendre de grands changements dans l’organisation de la capitale picarde.

Un médecin écouté et respecté

Le docteur Rigollot est sans conteste la figure emblématique du corps médical amiénois du début du XIXe siècle. Il profite de l’oreille attentive du premier préfet de la Somme, Nicolas Quinette, conscient de l’état de santé déficient du peuple, des problèmes préoccupants d’insalubrité dans les quartiers populeux et des ravages des fièvres et de la petite vérole.

Le 30 vendémiaire an IX (13 octobre 1800), sous l’impulsion du docteur, un jury de santé est créé afin de contrôler les médecins en exercice, prévenir les épidémies et lutter contre le charlatanisme qui fait des ravages dans les faubourgs et les campagnes. Le préfet se doit de choisir deux médecins « de grand mérite et dignes » de siéger dans ce jury. Les deux sélectionnés pour cette tâche sont le chirurgien Ladent et Rigollot... Cette nomination augmente considérablement l’influence et le pouvoir du médecin amiénois sur l’ensemble de ses confrères : à la tête de la hiérarchie médicale du département (il y restera près de vingt ans), Rigollot met tout en œuvre pour améliorer l’administration des soins aux malades, émet des avis en terme d’hygiène et de salubrité, régit l’ensemble de l’exercice médical du département.

Actif et respecté, Rigollot père est également membre du jury d’instruction départementale, participe au bon fonctionnement du comité de salubrité amiénois, siège au comité central de vaccine, suit le cours de botanique au Jardin des Plantes...

Rigollot joue enfin, comme toute personnalité de premier plan, un rôle important dans la naissance des sociétés savantes amiénoises au début du XIXe siècle. Membre de la Société Médicale, il fonde en 1803 – accompagné de trente-cinq autres membres dont les docteurs Anselin et Trannoy – l’Académie des Sciences, de l’Agriculture, du Commerce, des Belles-Lettres et des Arts de la Somme. Le médecin y exprime au mieux ses connaissances et livre ses études sur l’histoire de la Picardie (Observations sur le tombeau de l’évêque Evrard ou La peste a-t-elle a régné à Amiens ?).

Marc-Edmé Rigollot meurt le 29 septembre 1832, à l’âge de 83 ans. Son parcours exemplaire de médecin et d’homme politique a fait de cet Amiénois d’adoption un modèle pour une nouvelle génération de médecins, tels les docteurs Barbier ou Lemerchier.

Contributeur(s) initial(ux)

Berlemont Henri

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