Recettes de poilus

L’alimentation en temps de guerre

La nourriture et la correspondance sont essentielles pour les poilus, qui guettent la moindre nouvelle de leur famille, et qui sont taraudés par la faim.


A la soupe ! Crédits : midlibre.fr

L’ordinaire du poilu

Les témoignages de soldats indiquent les aliments qui constituaient l’ordinaire du soldat : le « singe » (boite de corned beef), les boites de sardines, le chocolat, les biscuits, la boule de pain, la pomme de terre, la soupe, le « barbelé » (eau de vie) et le pinard, que l’on se procurait plus facilement que l’eau ...
Tous ces aliments étaient rationnés : 750 grammes de pain ou 700 grammes de biscuit, 500 grammes de viande, 100 grammes de légumes secs, du sel, du poivre et du sucre. Le soldat portait une ration de combat, composée de 300 grammes de biscuit, dit « pain de guerre », et de 300 grammes de viande de conserve, du Corned beef.
Chemin des dames, 16 avril 1917 : Henri Voilquin inspecte la ration du jour, « distribuée à la volée dans un sac jeté à terre », avant l’attaque de 6 H : « deux boites de singe*, 20 biscuits, quelques tablettes de chocolat »…

Les soldats avaient chacun un bidon de un à deux litres d’eau. Pour la purifier, ils y jetaient des pastilles ou la faisaient bouillir.
Lors des combats intenses, le ravitaillement en eau des soldats de première ligne est mal assuré. Chemin des Dames, 19 avril 1917, Gabriel Barret observe. « Au prix de dangers inouïs, deux hommes sont allés chercher un peu d’eau… Nous sommes isolés depuis plus de 90 heures… Je viens de grignoter mon dernier biscuit avec Picat, qui se trouve dans un trou d’obus à côté du mien ».

La nourriture influait évidemment sur le moral des troupes. La qualité de l’alimentation avait un impact sur l’état physique du soldat ; les cas de dysenteries et de maladies intestinales étaient fréquents. La faim, la soif et le besoin de sommeil dominaient la vie quotidienne des hommes des tranchées.

La nourriture dans les tranchées est, on l’a vu, peu équilibrée , souvent insuffisante et presque toujours consommée froide , car il fallait des sommes d’efforts et de prodiges pour transporter sous la mitraille la nourriture jusqu’en première ligne.

Quelquefois, l’ordinaire était amélioré : « Les soldats sont émerveillés de pouvoir manger une salade en première ligne » ( Juillet 1917, Chemin des Dames).

Et il y avait les colis des familles... Chaque jour, les poilus recevaient des colis de leur famille, remplis de nourriture et de vêtements, mais surtout de jambons et de saucissons d’origine locale, de pâtée, de rillettes et de confits grassement fabriqués à la ferme, mais aussi de gâteaux. Tous ces cadeaux, les poilus les partageaient avec leurs camarades de tranchées.

« C’est pas d’la soupe , c’est du rata , c’est pas d’la m… mais ça viendra ... » chantaient les poilus !

Le rata désignait le plat principal, et pour tout dire unique, servi dans les tranchées . Il s’agissait d’en ragoût grossier à base de viande et de légumes (pommes de terre, haricots).

On peut s’étonner de ce que du boeuf soit servi aux simples soldats . Il s’avère en fait que le rata était au soldat qui allait monter à l’assaut , ce que la cigarette est au condamné à mort , une dernière faveur.

La préparation du rata : « Pour faire un bon rata destiné à 400 personnes , prévoir 45 kg de viande de boeuf , 25 kg de haricots blanc. Prévoir aussi de se lever à 5 heures du matin afin de faire mitonner le tout dans une roulante. »

« Il remplit sa gamelle, grasse encore du rata précédent, des haricots restés collés au fond » (Raymond Dorgelès, les Croix de bois, 1919).

http://france3-regions.francetvinfo.fr/picardie/2014/12/02/centenaire-14-18-le-rata-du-poilu-604336.html

A l’arrière

La pénurie alimentaire se développe rapidement après de début de la guerre. Dès 1915, on prévoit de rationner le pain. En 1916 la pénurie est telle que le marché noir se développe, les citoyens étant réduit à manger du pain noir. La récolte est mauvaise et la pêche est interdite.

En 1917, des tickets de rationnements sont mis en place.

Au mois d’août 1917, la farine et le pain sont rationnés et il est interdit de faire de la pâtisserie. Les cartes de rationnement pour le pain sont alors mis en place et leur usage perdurera jusqu’en 1919. Les travailleurs avaient droit à 700 grammes de pain par jour, les enfants jusqu’à 6 ans à 300 grammes et les adultes 600 grammes. N’oublions pas que le pain était consommé bien plus qu’aujourd’hui et était à la base de l’alimentation populaire. A partir d’avril 1919, les restrictions quantitatives sur le pain sont levées. La qualité habituelle ne reviendra que progressivement.

En ce qui concerne la viande, il n’est possible d’en avoir que deux fois par semaine en 1917 et trois fois en 1918.. Un arrêté du 11 mai 1918 instaure un rationnement par tickets semestriels qui restera en application jusqu’au début de 1919.

Le sucre est rationné à 750 grammes par mois de 1917 à 1921. Des rations de saccharine sont également disponible contre des tickets.

Le rationnement du lait dépendait des régions. Avec les tickets semestriels, il était également possible, quand il y en avait, d’acheter des pâtes, du riz, des pommes de terre, du chocolat ou de la confiture. En fait, le seul article non rationné était le tabac !

De fait, les cultivateurs, habitants de la campagne et les rares citadins disposant d’un jardin et pouvant faire un élevage (poulets, lapins etc...) et ceux qui avaient les moyens d’acheter au marché noir, s’en sortaient, en général, mieux que le reste de la population, et pouvaient améliorer l’ordinaire de « leurs » soldats.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Vos commentaires

  • Le 23 octobre 2014 à 01:39, par Alain En réponse à : Recettes de poilus

    Bonjour,

    Je lis que la pêche était interdite. Pour quelle raison ?
    Cordialement.

    Répondre à ce message

    • Le 23 octobre 2014 à 11:13, par LAVAL Nadine En réponse à : Recettes de poilus

      La pêche était interdite dans les zones occupées, et dans les zones de combat, parce que, manquant de matériel (canne, fil et hameçon), les soldats, et les habitants, avaient pris l’habitude de pêcher à l’explosif, ce qui « gâchait » les munitions, et était parfois dangereux, surtout pour ceux qui n’avaient pas l’habitude de manier des explosifs. Un accident mortel est décrit dans l’Aisne : des territoriaux (habitants utilisés par l’armée pour creuser les tranchées, garder des ponts,etc.) avaient laissé passer des soldats qui voulaient se rendre à Soissons, et s’étaient fait payer en explosifs, et une grenade avait explosé dans les main de l’un d’entre eux ... La pêche était cependant tolérée, à la fois par les officiers, et par les autorités civiles, qui ’fermaient les yeux’ ... La chasse était également interdite.
      Bien cordialement

      Répondre à ce message

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.