Production céréalière

La Picardie, seconde région céréalière de France

La Picardie et la seconde région productrice de céréales en France (9% de la surface nationale). 60% de la production est réalisée par des exploitations de moyenne et grande taille. La filière emploie 19000 personnes et 40% de la production est exportée.

Une culture devenue très technique


Moislains et ses silos - Moislains et ses silos Crédits : CRDP d'Amiens

La Picardie est la seconde région française pour la production de céréales.

La réduction des surfaces de colza, de jachère et de betterave à sucre, suite au règlement sucre, entraînent, depuis 2008 une augmentation de la sole céréalière.

En 2011, la Picardie a produit 5,7 millions de tonnes de céréales (blé tendre, orge, maïs…).

Le « grand chambardement des campagnes », une expression de l’historien Fernand Braudel, se poursuit et s’accélère au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La mécanisation, la rareté de la main-d’oeuvre, la multiplication des intrants (pesticides, herbicides, engrais …), le remembrement …, bref, la course générale à la production, imprime sa marque aux paysages ruraux et caractérise l’agriculture céréalière intensive de la Picardie.

Avec ses hangars de tôles ondulées, la ferme de l’exploitant agricole prend des aspects d’usine industrielle.


Champ de céréales, la verse - Champ de céréales, la verse Crédits : CRDP d'Amiens

Nous sommes au printemps et un champ de céréales a vu sa couleur virer au jaune. Les grains ont grossi de taille et se sont remplis, la tige a poussé. Sa résistance s’amoindrit et le poids des épis augmente.

La verse menace, d’autant plus que le vent souffle, les épis se sont couchés sur le sol, d’où ces taches foncées sur l’image. La maturation et le séchage des grains avant la fauche vont devenir problématiques.

Ce phénomène de la verse s’est développé du fait de l’arasement des talus dans les paysages d’openfield. Le vent ne rencontre plus de haies qui limitaient les effets néfastes sur les céréales.


Champ de céréales - Champ de céréales Crédits : CRDP d'Amiens

Sur la photo ci-dessus, deux parcelles de champs céréaliers, un talus les séparant, planté dune haie d’arbres, au milieu duquel s’écoule un mince ruisseau.

Classique, monotone, anodin. Les exploitants jugent ces obstacles rétrogrades et contre-productifs. C’est pourquoi des années 1950 jusqu’aux années 1990, la tendance, dans l’agriculture, était à l’arasement et au défrichage des talus afin d’agrandir les parcelles, faciliter le travail de la terre et augmenter les surfaces de culture et l’ensoleillement.
Comme en témoigne l’écartement des chemins de passage du tracteur, lorsque l’exploitant traite son champ planté avec des pesticides, le talus est l’ennemi à abattre.

L’heure est à la mécanisation et à la rationalisation du travail, à la production croissante dans le cadre de la P.A.C., au laissez-faire de l’État en matière paysagère, au remembrement, grand chambardement du parcellaire.
Les exploitants en sont revenus ! Le rôle agronomique, écologique et paysager des talus a été mis en évidence par leur destruction.

Ils conditionnent la circulation de l’eau, minimisent le risque d’inondations et d’érosion des sols et évitent la détérioration de la qualité des eaux superficielles.

Rien n’a remplacé le rôle des talus depuis ces vastes opérations d’arasement, bien visibles dans le paysage bocager de l’Ouest atlantique, mais aussi sur les vastes plateaux céréaliers du Laonnois, du Tardenois, du Soissonnais de l’Aisne.

La prise de conscience du rôle des talus a provoqué la mise en place de quelques décisions.

Araser un talus sur le domaine public routier est puni par la loi.

La loi sur l’eau (votée en 1992 et complétée en 2006) encadre les travaux d’arasement, soumis à autorisation préalable.

Des primes à l’entretien et à la plantation des haies sont accordées.

La mécanisation


Champ de céréales, mécanisation - Champ de céréales, mécanisation Crédits : CRDP d'Amiens

Sur le plateau tabulaire du Santerre la craie a été recouverte au Quaternaire par d’épais limons loessiques qui ont donné un sol brun fertile.

Le tracteur à l’arrière-plan droit déchaume et ouvre la terre, lui donnant l’aspect brut visible à l’extrême droite.

Le second tracteur à l’arrière-plan gauche herse : il affine la terre en brisant les mottes afin de faciliter le travail du troisième tracteur qui, au premier plan, sème sur six rangs à la fois les graines contenues dans les réservoirs rouges. Vaste taille des parcelles, mécanisation, investissements coûteux caractérisent cette agriculture intensive qui obtient ainsi de hauts rendements. 


Cultures de céréales - Cultures de céréales Crédits : CRDP d'Amiens

Entre Amiens et Péronne, dans le plateau picard au soubassement crayeux révélé par les taches blanchâtres, s’incise la molle ondulation d’une vallée sèche qui descend vers la Somme (à gauche hors cliché). En ce printemps, les agriculteurs prodiguent un traitement chimique au blé semé en fin d’automne.

Les parcelles en labours porteront bientôt les cultures semées au printemps (orge, betteraves, petits pois...).

Les agriculteurs ne craignent pas de semer dans le sens de la pente (arrière-plan gauche) prenant le risque de favoriser des ravinements qui érodent la terre.

La recherche agronomique

L’agronome intervient au service de l’exploitant agricole. Les variétés de céréales se sont multipliés grâce à la recherche scientifique (près de 30000 pour le blé).

La sélection des variétés permettent de fournir à l’agriculteur certaines qualités de plantes en fonction de ses besoins.

La résistance à l’égrenage sur pied facilite la récolte, la faible longueur de la tige augmente la résistance à la verse et le rapport favorable entre la paille et le grain (la polyculture-élevage étant en recul, la paille ne trouve plus ses débouchés). L’industrie phytosanitaire a créé des produits raccourcisseurs de tige.

La récolte


Récolte des céréales à Vron (Somme) - Récolte des céréales à Vron (Somme) Crédits : CRDP d'Amiens

Début juillet, la moisson du blé bat son plein. La nuit même n’arrête pas certains agriculteurs qui récoltent à la lueur des projecteurs. Les épis, coupés par les pales placées à l’avant de la moissonneuse-batteuse autotractée, sont engloutis dans la machine où ils sont battus pour en extraire le grain. La paille est rejetée derrière l’engin. Le grain est soit, comme ici, déversé aussitôt dans une remorque qui chemine à côté de la moissonneuse, soit stocké dans un réservoir interne vidé périodiquement. Il est porté aux silos de la coopérative, ou, dans les propres silos de l’agriculteur.

Cette dernière pratique, plus rémunératrice pour le paysan, exige de la place et de lourds investissements car elle nécessite une installation de séchage des grains. Le blé, stocké pour une période qui dépend des cours et des besoins en argent de l’agriculteur, est expédié dans la région parisienne ou le Nord de la France afin d’être transformé en farine ou bien exporté par Rouen ou Anvers.

La paille, comprimée en rouleaux de près de 2 m de diamètre, sera stockée pour servir de litière aux bovins. Dans les fermes sans animaux, elle est broyée et abandonnée au sol.

Le stockage


Silo agricole à Chipilly - Silo agricole à Chipilly Crédits : CRDP d'Amiens

Au milieu des champs s’élèvent également des dizaines de « cathédrales » d’un type nouveau, les silos agricoles.

La mutation du monde de la terre a vu également évoluer les structures d’encadrement de son système productif, notamment céréalier, avec la création de l’O.N.I.C.(Office national interprofessionnel des céréales), des coopératives agricoles (jusqu’à la concentration actuelle autour d’AgroPicardie) et des entreprises de négoce.

Afin de permettre aux agriculteurs de vendre au bon moment, au meilleur cours, les sites de stockage se sont multipliés entre les années 1970 et 1990, se rapprochant des lieux de fauche. Les silos sont donc élevés dans les campagnes.

Certains sont construits à proximité d’un canal, comme à Hangest-sur-Somme (Somme), d’une gare ferroviaire comme à Château-Thierry (Aisne) ce qui facilite l’expédition des stocks, l’hiver venu. D’autres ont été enterrés, comme à La Chaussée Tirancourt (Somme) pour en limiter l’impact sur le paysage.

Tous ont vu leur surface s’agrandir pour s’adapter à la multiplication des variétés céréalières toujours plus spécialisées (blé panifiable ou pas, orges et escourgeons à destination des malteries ou fourragères, colza et mais ….). Il faut aussi sécher et trier les livraisons.

Les cellules en béton, et maintenant en métal se sont construites les unes à coté des autres de 15 à 20 mètres de hauteur, voire davantage, d’une capacité de stockage de 20.000 tonnes, voire davantage. 1, 2, 4 et plus par site de stockage.

Le ballet des camions, des tracteurs à l’heure de la moisson, le bruit de la chaîne d’entraînement des grains du lieu de déversement, la fosse, vers le silo en lui-même. La poussière aussi qui s’en échappe. Une ambiance nouvelle pour le voisinage 


Moislains et ses silos - Moislains et ses silos Crédits : CRDP d'Amiens

Moislains, 1200 habitants, à proximité de Péronne, à l’est d’Amiens, dans le département de la Somme. Son église, ses écluses sur le canal du Nord et ses silos agricoles.

L’histoire des silos, bâtiments de collecte des céréales est antérieure à leur généralisation dans les années 1970. Elle remonte aux années 1930, celles de la crise économique. Le 20 décembre 1933, pour faire face aux fluctuations des prix de vente de leurs productions, une douzaine d’agriculteurs du Vermandois décide de la création de la Société Coopérative Agricole du Vermandois. C’est en 1936 que le premier silo est construit dans la commune de Moislains, suivi par la venue de trois autres installations de stockage en 1961, 1963 et 1970. Signe d’un développement de la production, d’un progrès des rendements agricoles dans la région picarde.
En 1972, la coopérative de Moislains fait son entrée à l’U.R.A.P., l’Union Régionale Artois Picardie.

Le secteur du négoce du grain commence alors à se restructurer. Dans les années 1980 et 1990, les silos de la Somme se modernisent et la coopérative du Vermandois intègre U.N.E.A.L., un groupe coopératif spécialisé dans les métiers de l’agriculture et centré sur le Nord-Pas de Calais et la Picardie. Avec 1400000 tonnes de céréales collectées, celui-ci est leader dans le Nord de la France.

75 % de la production est expédiée par voie fluviale, grâce à 15 sites différents, dont celui de Moislains. 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Désiré Emmanuel (CRDP d’Amiens)

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.