Porte Saint-Martin à Laon

Monument classés

L’espace de la porte Saint-Martin ou porte de Soissons concentre trois monuments classés, la porte elle-même, la Tour penchée, les remparts. Ces constructions témoignent de l’importance militaire et économique de Laon.


Porte Saint-Martin à Laon Crédits : Claude Carême
L’espace de la porte de Soissons concentre trois monuments classés, la porte elle-même, la Tour penchée, les remparts. Cette richesse patrimoniale montre l’importance historique du lieu, militairement et économiquement.


Une imposante porte militaire médiévale

Si la moitié est de Laon est ceinte de remparts au cours du premier millénaire, la partie ouest l’est sous l’impulsion de Philippe Auguste. Le bailli de Vermandois, Soibert, est à l’initiative de la construction, en 1217, de l’ancienne porte Saint-Martin, appelée longtemps porte « Soibert », située à l’arrivée du chemin de Paris, sur la butte, au sud. Imposante, elle représente l’architecture militaire du moment, avec ses deux hautes tours semi-circulaires qui encadrent l’entrée surmontée d’un arc en tiers-point qui cache un mâchicoulis et une herse. Longtemps, la porte est précédée d’une barbacane formée par un couloir appuyé sur le bastion lui-même terminé par une solide tour flanquante, quoique penchée, la tour de Dame Ève. À ce niveau une avant-porte est dotée d’une chapelle dédiée à Saint-Hilaire, évêque de Poitiers et maître de Saint-Martin. Une deuxième porte Saint-Martin, ou porte neuve Saint-Martin, munie d’un pont-levis, construite en 1294, est située en arrière de la première, au début de la rue Saint-Martin. Ainsi cela constitue un système défensif bien fortifié avec trois portes, comme pour les autres portes Luceau et Royer.

Lors de la guerre de Cent Ans, la municipalité ajoute au dispositif deux tours à canon – c’est alors la « révolution du boulet » et donc l’invention du canon – la Tour aux têtes et la Tour carrée qui renforcent le rempart un peu à l’ouest. Des fossés secs de trois mètres de profondeur et cinq de large sont creusés le long dune grande partie de l’enceinte. Laon garde sa réputation de place imprenable. Pour plus de sécurité encore, en 1395, on dispose une statuette de la Vierge dans une niche au-dessus du portail de la porte Soibert.

 
Portes Saint-Martin : plan Peironnet de 1701 Crédits : Archives départementales de l'Aisne, fonds du génie

 La triste fin d’une belle porte

Non seulement la porte Saint-Martin a un rôle militaire mais elle est essentielle jusqu’au XIXe siècle comme lieu de passage du chemin de Paris pour les marchandises et donc lieu de perception d’une recette fiscale primordiale, l’octroi. Elle est aussi lieu d’accueil des personnalités, de plusieurs rois tel le dernier d’entre eux Charles X le 3 septembre 1827. Avec le développement économique au XVIIIe siècle, l’édification par les Ponts et Chaussées de la route royale 2, Paris-Maubeuge, et l’amélioration de la montée de la Vieille Montagne depuis le faubourg de Semilly, le trafic s’accroît. Les portes médiévales apparaissent trop étroites. Laon n’étant plus à ce moment place forte, la seconde porte Saint-Martin est détruite en 1782.

 

En 1831, la première porte est obturée et une nouvelle porte militaire, bien plus modeste, la remplace cent mètres à l’ouest (rue de la Libération). La municipalité néglige son entretien ; la loue sans précaution ; y installe même un dépôt de poudre dans les années 1850. L’édifice se dégrade, se disloque. Malgré les avertissements et les devis de restauration de l’architecte-voyer, malgré le classement « monument historique » en 1875, rien n’est fait. Les Monuments historiques établissent un projet de restauration ; la municipalité se jugeant toujours pauvre, le rejette, refuse de verser le tiers du coût, 13 500 francs. Pourtant elle trouve le financement pour démolir en 1890 la porte construite soixante ans plus tôt et raser le rempart jusqu’à l’ancienne porte afin de créer un espace vert. Celle-ci perd un contrefort. Quatre jours après le cri d’alarme de l’architecte, le 21 janvier 1897, la face nord, côté ville, s’écroule. L’autocritique est vive… vingt ans plus tard. On compare la négligence municipale au désastre patrimonial que constitue la destruction de la Grosse Tour du palais royal en 1831. Il faut attendre 1937 pour que des travaux de mise en sécurité permettent de rétablir le passage-piétons.
Plan des routes d’accès à la porte Saint-Martin Crédits : Archives départementales de l'Aisne, Chemin faisant, 1999

 Les nouveaux tracés des routes d’accès

L’accès à cette entrée de la ville est favorisé, tout d’abord, en 1780 lorsque l’établissement de la route royale Paris-Maubeuge améliore, par pavage, élargissement et adoucissement de la pente, la montée de la « Vieille Montagne », section entre Semilly et la porte Saint-Martin. D’autre part, en 1848, il faut relier Laon à la ligne de chemin de fer Paris-Lille passant par Chauny. Le maire Cocu profite des aides pour les indigents, crée un atelier social ou de charité pour établir la route de « la Nouvelle Montagne » entre Saint-Martin et le faubourg de La Neuville où arrive la route Chauny-Laon. Son succès fait qu’en 1881, La municipalité demande de remplacer, comme section de la route nationale 2, la rampe de la « Veille Montagne » par la rampe plus longue mais nettement moins abrupte utilisée actuellement entre Semilly et Saint-Martin (avenue Foch-rue Glatigny). Elle obtient satisfaction en 1929. Toutefois c’est une brève victoire : les Ponts et Chaussées pensent au contournement du plateau, entament les travaux de « l’autostrade » - rocade - en 1939 pour les finir en 1949.

Très longtemps importante comme lieu de défense et entrée principale dans la ville, la porte Saint-Martin, en ruines, a perdu ses fonctions passées mais se révèle à présent un haut lieu du tourisme culturel laonnois.
 

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Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Carême, Claude

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