Pensa, Laurent

Témoin intime de la Grande Guerre

Laurent Pensa, musicien-brancardier en 14-18, « carnetier » de la Grande Guerre


Images de guerre Crédits : archives personnelles

Laurent Pensa ne pensa pas la guerre. Il la vécut, cette Grande Guerre qui l’embarqua bien malgré lui dans sa machine infernale, ses atrocités… et sa formidable camaraderie. L’histoire commence en 1913, alors que le jeune homme est en service militaire comme musicien aux armées, son violon sous le coude. Le conflit explose l’année suivante. Laurent Pensa tombe aux mains de la guerre, lui qui n’avait, comme tant de jeunes, aucune vocation militaire… Parisien, il est incorporé dans le 31e régiment d’infanterie, en tant que musicien-brancardier – autrement dit, bête de somme. Quatre ans durant, il connaîtra les plus grands fronts, balloté de la Somme à la Meuse… Quatre ans durant, il portera sur lui un appareil photo et des petits carnets : ses carnets photo et ses carnets de route, précieux témoins pour nous aujourd’hui.

Dans les petits carnets de la guerre
Images de guerre Crédits : Archives personnelles

Photographe amateur, Laurent Pensa obtient auprès de son capitaine d’utiliser son appareil. Il tient parallèlement deux carnets : dans le premier, il insère ses clichés et les légende ; dans le second, il note au jour le jour la vie de conscrit et les événements du front. 15 août 1914 : « Nous préparons le café, n’ayant aucun chiffon propre pour le filtrer, nous le coulons dans mon bonnet de coton que je porte depuis 8 jours et que personne ne juge utile de laver. Nous rions un peu. Le café est excellent. » 21 septembre 1914 : « Nous voyons défiler le malheureux 31e. Ces pauvres hommes me font pitié ; nous sommes des rois à côté d’eux. » 23 septembre 1914 : « Nous remontons au poste occupé par la musique et restons la journée où des obus sifflent et éclatent continuellement. Nous entendons crier les soldats faisant la charge, cri sauvage s’il en est, me donnant un frisson. » 3 mars 1916 : « Toujours en alerte. La photographie reste notre principale distraction. »

Une force de camaraderie

La guerre passa, Laurent Pensa survécut à tous les fronts et fut démobilisé. Les liens de camaraderie tissés dans l’enfer du conflit perdurèrent jusqu’à ce que la mort sépare ces hommes – un cahier circula entre eux, preuve tangible de leur attachement. Précieusement conservés par la famille, les huit carnets du soldat Pensa, soit 400 photos, ont été prêtés par sa fille au Centre régional de documentation pédagogique de Picardie (CRDP), qui les a utilisés comme base pour la réalisation de cinq vidéos à la rencontre des jeunes conscrits de 14-18. « Nous sommes allés, explique Jacques Champigny, du CDRP, qui a mené ce projet et lui a prêté sa voix, sur certains lieux que Laurent Pensa avait traversés, la grotte de Paissy (02), par exemple, où il prit en photo “la sérénade au dormeur”. Nous avons aussi rencontré des spécialistes, sur la représentation de la guerre, la musique au front, les missions de brancardier, afin de mieux cerner le quotidien de ces jeunes qui, nous l’oublions trop souvent, avaient vingt ans lorsqu’ils furent incorporés. On sent la force de la jeunesse dans les carnets de Laurent Pensa, cette faculté de vivre les plus grandes horreurs sans s’appesantir sur son sort, en allant toujours de l’avant. » Au milieu de l’Histoire, une leçon de vie, exceptionnelle.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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