Navigation fluviale en Picardie

Vois sur ces canaux dormir ces vaisseaux...

Le gabarit des rivières et canaux de Picardie n’est plus suffisant pour les péniches commerciales actuelles. C’est la navigation de plaisance et le tourisme qui maintiennent aujourd’hui la vie sur et le long des axes navigables de la Somme.


Saint-Valéry, le canal - Le canal maritime à Saint-Valéry Crédits : CRDP d'Amiens

Tourisme fluvial

La baie de Somme, entre Saint Valéry et le Crotoy, est devenue depuis deux décennies un des hauts lieux touristiques de la région picarde. Mais les eaux lentes de la Somme sont la cause d’un envasement qui rend difficile la navigation sur le cours du fleuve. D’autant plus que celui-ci est coupé, dans sa partie terminale, par 25 écluses sur les 156 km de son canal. 

Depuis le début des années 2000, l’amont du canal de la Somme est devenu impropre à la navigation commerciale, au transport des matières pondéreuses ou des productions agricoles. L’envasement a fait tomber le tirant d’eau sous les 2,20 m nécessaires aux péniches. Faute d’entretien, le canal de la Somme, en amont, est fermé à la navigation depuis 2004, entre les écluses d’Offoy et de Saint Simon.

Aujourd’hui, seuls les plaisanciers parcourent le cours de la Somme et sa pittoresque vallée.

Pour encourager la navigation de plaisance, on a rénové les écluses, aménagé des haltes pour l’accostage et le ravitaillement des bateaux. Une péniche restaurant propose des repas croisières à partir d’Amiens. Plusieurs entreprises louent des bateaux de diverses tailles. 

Des bittes d’amarrage jalonnent le canal, invitant les bateaux de plaisance à faire halte, permettant l’attache de barques destinées à la pêche ou à une promenade sur le fleuve.

À Petit Port, la maison des pontonniers reconvertie


Petit-Port sur le canal maritime, la maison des pontonniers reconvertie - Petit-Port sur le canal maritime, la maison des pontonniers reconvertie Crédits : CRDP d'Amiens

A Petit-Port, un hameau situé au sud de la commune de Port-le-Grand, sur la rive droite du canal maritime, la maison des pontonniers actionnant le pont tournant est toujours visible, faisant face au pont tournant. 

Restaurée suivant l’état originel, elle est devenue un gîte qui accueille ceux qui veulent effectuer un séjour non loin de la baie de Somme. Sur un soubassement de briques, la façade est en bois.
 

Tourisme fluvial sur canal latéral de l’Oise


L’Oise à Pont-l’Évêque - Pont-l'Évêque (Oise) Crédits : CRDP d'Amiens
Pont l’Evêque, dans l’Oise se trouve à 2,5 km de Noyon. Au Moyen Âge, ce village était le fief de l’évêque de Noyon.

Au XIIe siècle, ce dernier avait fait construire un pont sur l’Oise pour y établit un péage épiscopal, en vigueur jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. D’où le nom actuel de la commune, Pont l’Evêque, nommée Pons episcopi en 1170.

Un port est attesté dans la ville dès 1312. Le nom des rues, rue des Écluses, rue des Trois Ponts, rue des Bateliers, rue du Confluent, rue du Port, témoignent de l’importance de l’activité portuaire.

L´évêque, en maître des lieux, y nommait les portefaix, chargeant et déchargeant les embarcations amarrées aux quais.

De Pont l’Evêque, les blés du Santerre et du Noyonnais partaient vers Paris .


L’Oise à Pont-Lévêque - C Crédits : CRDP d'Amiens

Au XIXe siècle, l’arrivée du chemin de fer et la mise en service de la gare en 1848 modifie l’économie locale.
Malgré cette concurrence nouvelle, les activités portuaires conservent leur dynamisme.

Le canal latéral à l’Oise, qui rejoint la Seine depuis Pont-l’Evêque, après une centaine de km de voies navigables à grand gabarit, demeure très fréquenté par les péniches.

Le port de plaisance, réhabilité en 1993, est victime de son succès et embouteillé.

Pont-l´Evêque garde son aspect de village de mariniers avec ses maisons alignées le long des quais du port. La commune s’organise encore autour du canal, des activités nautiques, comme en témoigne le succès de ses joutes.

Les chemins de halage


Petit Port, le canal - Petit Port, canal Crédits : CRDP d'Amiens

Les anciennes péniches ne possédaient aucune force motrice autonome. On devait les héler (tirer) par des chevaux robustes qui avançaient sur un chemin longeant la voie navigable : le chemin de halage.

Devenu sans utilité pour la navigation depuis que les péniches possèdent leur propre moteur, ces chemins sont longtemps restés à l’abandon, parcourus par quelques marcheurs ou cyclistes adeptes du VTT.

Une section en aval d’Amiens a été aménagée en espace de loisir. On s’y promène en famille. Des escouades de coureurs à pied l’empruntent. Les cyclotouristes y pédalent en sécurité.

Le chemin de halage le long du canal maritime, entre Abbeville et Saint-Valéry est aujourd’hui goudronné. Bordé de peupliers, il offre aux cyclistes et autres promeneurs une longue piste ombragée. 

Le canal de Saint-Quentin et le musée du touage 


Canal de Saint-Quentin : le touage de Riqueval - Canal de Saint-Quentin : le touage de Riqueval Crédits : CRDP d'Amiens

Le canal de Saint-Quentin est inauguré en 1810. De Saint-Quentin à Gauchy, de Saint-Quentin à Cambrai, Celui-ci relie l’Oise, la Somme et l’Escaut, avant l’ouverture du canal du Nord.

Il possède une particularité remarquable. Pour joindre Riqueval et Le Catelet, Napoléon 1er impose le creusement d’un souterrain de plus de 5 Km de longueur (5670 mètres). Celui-ci passe sous les villages de http://fr.wikipedia.org/wiki/Bellic...Bellicourt et Bony, et rend indispensable le touage ou remorquage des péniches à la chaîne au lieu du halage.
Le système du bateau treuil, ou toueur, est donc adopté. Dans un premier temps, celui-ci est mû par des chevaux disposés en manège sur son pont, puis une machine à vapeur est installée à son bord, puis un moteur électrique à partir de 1910. Ce toueur – de 25 m de longueur et 5 m de largeur - est capable de remorquer 32 péniches, chargées de charbon.
A la vitesse moyenne de 2,5 km/h, le toueur se hale sur une chaîne - de 8 km de long et d’un poids de 96 tonnes - qui s’enroule sur un cabestan situé sur le pont. Celle-ci repose au fond du canal et est fixée à chaque extrémité du souterrain. Chaque traversée du tunnel dure plus de deux heures, un moment de convivialité pour les mariniers qui fréquentent les lieux.
A l’heure de son bicentenaire, le toueur de Riqueval, devenu un musée vivant, hale encore deux rames de péniches, et autres bateaux de plaisance, par jour.


Canal de Saint-Quentin : le touage de Riqueval - Canal de Saint-Quentin : le touage de Riqueval Crédits : CRDP d'Amiens

Depuis l’ouverture du canal du Nord et la baisse du trafic sur le canal de Saint-Quentin (1600 péniches en 2002), Voies navigables de France évoque projet de la pose d’un système de ventilation mécanique dans le tunnel, permettant aux bateaux d’en effectuer la traversée à l’aide de leur moteur.

L’entretien et l’utilité des canaux

La vallée de la Somme a connu en 2001 une crue centenaire d’une ampleur exceptionnelle. Les pluies abondantes de l’hiver, la remontée de la nappe phréatique causent, cette année-là, une catastrophe naturelle inédite.

Les autorités décident d’un programme de remise en état de la Somme, financé par le Conseil général, le Conseil régional, l’État, l’Union européenne et l’Agence de l’eau. Un budget considérable, 70 millions d’euros, doit permettre la réhabilitation des écluses, l’entretien des berges et le dragage régulier du fleuve.


Entretien des bords de la Somme - Entretien des bords de la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

Les problèmes spécifiques du canal maritime

Ultime portion du canal de la Somme. Tout au long des 150 premiers kilomètres, l’ouvrage, creusé entre 1770 et 1827, double le lit naturel du fleuve, entre Abbeville et Saint-Valéry, ce chenal de près d’une quinzaine de kilomètres reçoit en aval les eaux de la Somme.

Le canal est d’une profondeur variable, son niveau d’eau étant lié au rythme des marées. À marée haute, en aval, les portes de l’écluse de Saint-Valéry ferment, contenant les eaux du fleuve dans le bief. Le tirant d’eau du canal maritime augmente d’autant, six heures durant, en attendant l’étal de basse mer.

Des vannes règlent la liaison entre le canal maritime et le contre-fossé, dans lequel se déversent les derniers affluents de la Somme. 
Sur la moitié de son parcours, ce canal maritime est longé par la voie ferrée Abbeville - Le Tréport.

Rive droite, en contrebas du canal, les bas-champs sont des terres agricoles, le plus souvent des prairies destinés à l’élevage bovin ou ovin, conquises sur la vallée sinueuse du fleuve.
Sur la rive gauche du canal et au-delà, dominent les « renclôtures », des parcelles entourées de digues plantées de saules, élevées autrefois par les paysans de Boismont, Port-le-Grand … pour se prémunir des grandes marées et des débordements de la Somme.

À l’origine, le canal était destiné avant tout à assurer aux armateurs picards l’accès de leurs navires jusqu’à Abbeville. Aujourd’hui, pour les exploitants agricoles, le canal est une œuvre salutaire qui garantit l’exploitation des terres.

La baie de Somme, entre Saint Valéry et le Crotoy, est devenue depuis deux décennies un des hauts lieux touristiques de la région picarde. Mais les eaux lentes de la Somme sont la cause d’un envasement qui rend difficile la navigation sur le cours du fleuve. D’autant plus que celui-ci est coupé, dans sa partie terminale, par 25 écluses sur les 156 km de son canal.

Depuis le début des années 2000, l’amont du canal de la Somme est devenu impropre à la navigation commerciale, au transport des matières pondéreuses ou des productions agricoles. L’envasement a fait tomber le tirant d’eau sous les 2,20 m nécessaires aux péniches. Faute d’entretien, le canal de la Somme, en amont, est fermé à la navigation depuis 2004, entre les écluses d’Offoy et de Saint Simon.

Aujourd’hui, seuls les plaisanciers descendent le cours de la Somme et sa pittoresque vallée.

Pour encourager la navigation de plaisance, les écluses ont été rénovées, des haltes pour l’accostage et le ravitaillement des bateaux ont été aménagées. Une péniche restaurant propose des repas croisières à partir d’Amiens. Plusieurs entreprises louent des bateaux de diverses tailles. 

Des bittes d’amarrage jalonnent le canal, invitant les bateaux de plaisance à faire halte, permettant l’attache de barques destinées à la pêche ou à une promenade sur le fleuve. 


Le pont tournant de Petit-Port sur le canal maritime - Le pont tournant de Petit-Port sur le canal maritime Crédits : CRDP d'Amiens

Entre Abbeville et Saint-Valéry, plusieurs liaisons traversaient la vallée de la Somme, des hauts fonds aménagés qui faisaient office de gués pour les populations locales.

Le pont de de Petit-Port est répertorié depuis le XIIIe siècle.

Avec le percement du canal, un service de bac est mis en place, assurant le passage jusqu’au hameau de Gouy de la commune de Saigneville, sur la rive droite.

Puis, un pont mobile en charpente de bois est construit en même temps que s’installe la Troisième République.

En 1946, à la suite des destructions de la seconde Guerre mondiale, un ouvrage d’art métallique est construit.

Les cinq ponts tournants du canal maritime sont conçus sur ce même modèle. Une culée de béton opère le rétrécissement de la chaussée, créant un passage à sens unique d’une largeur de trois mètres. La jetée sur le canal est assurée par une poutre métallique de vingt-huit mètres de longueur et quatre mètre soixante-six de largeur. L’ouvrage est monté sur un pivot central, lequel repose sur un socle de dix pieux en béton armé. La rotation du pont impose la présence de deux manutentionnaires, le mécanisme étant actionné manuellement.

Plus en aval, le faible débit de la Somme est à l’origine de l’ensablement de la baie. Ce processus bien connu, est accéléré par la canalisation du fleuve, achevée en 1843.


Entretien des bords de la Somme - Entretien des bords de la Somme Crédits : CRDP d'Amiens

Le canal de Saint-Quentin permet aux péniches ayant remonté l’Oise jusqu’à Tergnier de rejoindre la haute Somme puis, en empruntant le tunnel de Riqueval, d’atteindre l’Escaut. Accessible seulement aux plus petites péniches (gabarit de 300 t) son archaïsme le rend peu utile.

Historique du fret commercial fluvial


Canal du Nord près de Noyon - Canal du Nord près de Noyon Crédits : CRDP d'Amiens

L’essor économique du Nord de la France depuis la fin du XIXe siècle et l’intensification de ses échanges avec Paris incitèrent à créer une voie d’eau plus efficace que le vieux canal de Saint-Quentin, au tracé trop long et au gabarit insuffisant.

En 1878, les ingénieurs proposent de creuser un nouveau canal, au gabarit de 750 t, 20 km plus à l’ouest. Une loi de 1903 décide la réalisation du canal du Nord. La Grande Guerre interrompt les travaux. La paix revenue, la poursuite du projet est sacrifiée à la reconstruction des zones dévastées. Survient la Seconde Guerre mondiale... Le canal n’est achevé qu’en 1965 !

Il comporte deux tunnels et dix-neuf écluses. Il relie au plus court le réseau navigable du Nord (depuis Douai) à l’Oise qu’il rencontre à Noyon puis à la Seine et à Paris.

Longtemps y ont circulé du charbon (du Nord vers Paris) et des céréales (de l’Île-de-France et de la Picardie vers les ports de la mer du Nord). C’est ce dernier trafic qui domine aujourd’hui, comme l’attestent les silos et leur installation de chargement des péniches. En 2000, 60.000 tonnes de céréales sont transportées sur le fleuve, à peine 200 péniches.

Obsolète dès son inauguration en raison de son gabarit très insuffisant par rapport au réseau européen, il connaît pourtant un trafic notable (2,5 millions de tonnes par an) et reste un axe essentiel de liaison fluviale entre Paris et le Nord de la France.

Chargement de péniches à Amiens


Chargement de péniche à Amiens - Chargement de péniche à Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

En pleine ville d’Amiens, le long de la Somme navigable, subsistent quelques entrepôts dont ce silo à céréales. Il appartient à une puissante coopérative, l’ancien « Réveil agricole », intégré dans l’actuel « Agro-Picardie ».

Les céréales produites dans les environs sont stockées ici en attendant d’être acheminées vers leurs lieux de transformation, extérieurs à la région : Nord, Île-de-France, ou exportées via Rouen ou Anvers.

Le transport par voie d’eau reste concurrentiel pour ce type de produit qui constitue, avec les matériaux de construction, le seul fret de la batellerie de la Somme, aujourd’hui moribonde. 

Le projet du canal Seine-Nord-Europe


Fouilles préliminaires au chantier du canal Seine-Nord-Europe - Fouilles préliminaires à la construction du canal Seine-Nord-Europe Crédits : CRDP d'Amiens

L’importance du transit des marchandises qu’assure la Picardie entre Paris et le Nord de la France, la Belgique, les Pays-Bas rend très compétitif le commerce fluvial. Celui-ci étant devenu quasiment impraticable sur les canaux actuels, le projet de canal Seine-Nord-Europe est entré dans une phase active. Le canal devrait être opérationnel avant 2020.

Le projet de canal Seine-Nord-Europe est l’une des grandes réalisations promises à la Picardie dans la décennie 2010. Ce canal à grand gabarit, d’une longueur prévue de 106 km, entre l’Oise – Compiègne - et le canal Dunkerque-Escaut – Cambrai – et d’un coût estimé de 4,2 milliards d’euros, doit contribuer au développement économique de la région, des zones de Noyon ou de Péronne notamment.
Celui-ci doit désenclaver le bassin de la Seine, le reliant au réseau fluvial à grand gabarit du nord et de l’est de l’Europe. Délester l’autoroute A1, un des corridors de transit les plus empruntés d’Europe, de ses flots de poids lourds et limiter les émissions de CO2, est un autre objectif affirmé. Quelques milliers d’emplois nouveaux, liés à sa réalisation et à sa mise en service avant 2020 sont promis. La création de plates-formes de stockage assureront une meilleure foncionnalité.

Les préliminaires au chantier


Fouilles préliminaires au chantier du canal Seine-Nord-Europe - Fouilles préliminaires au chantier du canal Seine-Nord-Europe Crédits : CRDP d'Amiens

En 2010, le site de Noyon, dans l’Oise, a fait l’objet d’un diagnostic archéologique prescrit par la D.R.A.C. de Picardie. Depuis la loi cadre de 2001, c’est une étape préliminaire à une éventuelle fouille, le diagnostic étant destiné à repérer, identifier et dater les sites archéologiques. Et ainsi, à la sortie de la ville, au nord-ouest, sur les bords de la D 934 en direction de Roye, l’automobiliste pouvait observer de curieuses saignées : un mètre environ de profondeur, quelques mètres de largeur et plusieurs dizaines de longueur, s’alignant perpendiculairement à la chaussée.
Ces traces dans le paysage ne sont désormais visibles que grâce à la végétation particulière qui s’est développée sur ces anciennes tranchées réalisées à la pelleteuse. Entre-temps, les archéologues ont pu mettre à jour des traces d’occupations humaines depuis la période néolithique (6000 ans avant notre ère), en passant par la période gallo-romaine, jusqu’à la première Guerre mondiale.

Dans la nuit du 8 au 9 février 2010, un groupe de pilleurs, équipés de détecteurs de métaux, s’est attaqué au chantier. Les vestiges de constructions antiques, en cours de fouille, ont été en grande partie détruits, de nombreux objets présents sur le site dérobés.

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Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Désiré Emmanuel (CRDP d’Amiens)

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