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Naissance du musée de Picardie, le « Petit Louvre » amiénois

Une initiative privée soutenue par un financement populaire

Le musée de Picardie, anciennement musée Napoléon, construit entre 1855 et 1867, est considéré comme le modèle français du musée du XIXe siècle. Surnommé le « Versailles picard » ou le « Petit Louvre de la Province », il est le premier monument de l’Hexagone conçu spécifiquement pour accueillir des œuvres d’art.

Le militantisme de la Société des Antiquaires de Picardie

Le 25 avril 1836, un collège de savants et de notables picards se rassemble au sein de la Société d’archéologie du département de la Somme. Son but est de rechercher méthodiquement tous les monuments de l’art et de l’histoire existants, en Picardie, antérieurs à 1789, dans l’optique de les étudier.

La vraie particularité de cette nouvelle société savante, devenue Société des Antiquaires de Picardie quelque temps après, est son intention initiale de doter la ville d’Amiens d’un « Musée d’antiquités nationales » réunissant différentes collections d’art. Si un « musée intime » est primitivement hébergé dans la salle d’hiver de la bibliothèque amiénoise, la Société se met rapidement à la recherche d’un lieu plus propice à la tenue d’expositions.

La volonté profonde des membres de cette nouvelle société est de construire un véritable palais dédié aux arts et à la gloire de la Picardie. Pour mener à bien ce projet, ils peuvent compter sur l’engagement sans faille d’un de leurs éminents membres : le comte Félix de Beaumont. Ce châtelain, originaire de Chaulnes, bonapartiste convaincu et proche du prince-président nouvellement élu Louis-Napoléon Bonaparte, attire la bienveillance du futur empereur sur le dessein de la Société des Antiquaires de Picardie.

La genèse du Musée Napoléon


Beaumont et Rigollot fils, président de la Société des Antiquaires de Picardie, profitent de l’autorité de Louis-Napoléon Bonaparte pour accélérer le projet de construction du musée :



  •  le 18 juillet 1851, la Société des Antiquaires de Picardie est reconnue d’utilité publique : protégée par l’Etat, la société savante peut désormais recevoir des dons et des legs ;

  •  le 13 mars 1852, l’empereur donne la permission exceptionnelle à la Société des Antiquaires de Picardie d’émettre des loteries, indispensables pour financer la construction du musée ;


- Billet de loterie du Musée Napoléon – 1863 Crédits : Société des Antiquaires de Picardie


- le 20 avril 1854, l’empereur Napoléon III lègue à la Société des Antiquaires de Picardie le terrain de l’ancien Arsenal, dans la rue de la République : le musée a trouvé son adresse, au cœur de la ville d’Amiens.

A la fin de l’année 1853, un grand concours d’architecture est lancé pour réaliser le Musée Napoléon, ainsi nommé en l’honneur de Napoléon Ier – qui remit à la Ville une série de tableaux lors la Paix d’Amiens en 1802 – et du nouvel Empereur des Français Napoléon III. Les termes de ce concours donnent une idée du bâtiment à venir : les plans devront comprendre « une façade principale dans un beau caractère monumental », quatre sections – peinture, sculpture, antiquités, sciences naturelles – d’exposition, diverses galeries éclairées et un « grand escalier, d’un beau style ».

Henri Parent, architecte parisien spécialiste de la restauration et la transformation d’hôtels particuliers, est choisi parmi les trente-neuf concurrents (malgré sa deuxième place au concours).


- La commission du Musée Napoléon présente à leurs Majestés impériales, au palais de Saint-Cloud, les plans du Musée fondé à Amiens par l'Empereur. Huile sur toile de Joseph-Désiré Court. Exposé au salon de 1859 et conservé au Musée de Picardie Crédits : DR

Le 25 juin 1854, la commission du musée se rend à Saint-Cloud pour présenter ses plans à Napoléon III et à l’impératrice Eugénie. 

Le 2 septembre 1855, la première pierre du musée est posée par Beaumont, devenu Président du Conseil Général de la Somme, puis bénie par l’évêque, Monseigneur de Salinis. A leurs côtés, une tente surmontée de l’aigle impérial abrite le buste de l’empereur : bien qu’absent, Napoléon III veille sur « son » musée.



Un nouveau « palais-musée »

Deux premières levées de fonds, organisées sous forme de loteries populaires, sont nécessaires pour financer la construction du bâtiment. L’incroyable générosité des notables picards permet à Charles Dufour, tenace président de la commission et cheville ouvrière du projet, de mener à bien le chantier pharaonique du Musée Napoléon pendant vingt ans.


- Médaille émise en 1861, évoquant la loterie organisée pour la construction du Musée Napoléon Crédits : Avec l’aimable participation de Jacques Fournier - http://www.fcvnet.net

Dufour éprouve néanmoins de grandes difficultés à réaliser son œuvre : il doit à la fois gérer les conflits opposant les entrepreneurs, composer avec les manques de fonds et assurer le changement d’architecte. En effet, alors que deux autres loteries sont organisées en 1859 et 1863, Henri Parent jette l’éponge et laisse sa place au Grand Prix de Rome Arthur-Stanislas Diet. Si Parent a imaginé les fondations du bâtiment avec son pavillon central coiffé d’un dôme et ses deux pavillons d’angle en saillie, Diet se charge de décorer la façade du musée et réalise les intérieurs.

Malgré ces nombreuses embûches, Dufour, Parent et Diet conçoivent un bâtiment cohérent : ensemble, ils inventent un édifice spécifique original dont l’architecture, nourrie d’une foule d’influences, est une parfaite symbiose du style éclectique à la française. A la façade palatiale agrémentée de ses superbes sculptures s’ajoutent des intérieurs remarquablement soignés et le chef-d’œuvre de Diet, l’escalier d’honneur à double révolution magnifié par les grandes toiles marouflées de Puvis de Chavannes. Le peintre, charmé par l’enthousiasme du génial Diet, a trouvé à Amiens un musée digne de recevoir ses œuvres.


- État du Musée Napoléon en 1859 Crédits : Institut national de l’histoire de l’art - Fonds Hyacinthe-César Delmaet (1828-1862) et Louis-Emile Durandelle (1839-1917)

Le Musée Napoléon, nouvel orgueil des Amiénois, est achevé en 1863. Quatre ans plus tard, le 29 août 1867, Napoléon III et son épouse sont solennellement reçus dans les salons du nouveau bâtiment.


- Le Musée Napoléon légué à la Ville d’Amiens Crédits : DR

Après de longs et tumultueux débats, le musée est finalement légué à la Ville d’Amiens le 16 juillet 1869 par la Société des Antiquaires de Picardie, qui garde l’usufruit de deux salles au rez-de-chaussée. Le Musée Napoléon, repris par la Ville en 1873, deviendra par la suite le Musée de Picardie.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Berlemont Henri

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