Moreau-Gottschalk, Louis

Musicien et compositeur (1829 – 1869)

Gottschalk, grand pianiste américain, est le premier compositeur à employer des rythmes de la Nouvelle-Orléans que nous associons aujourd’hui au ragtime et au jazz. Le médecin-chef de l’asile d’aliénés de Clermont le persuade de venir en France. Cette collaboration marque les prémisses de la musicothérapie.


Louis Moreau-Gottschalk

Ce précurseur de la musicothérapie est né à la Nouvelle-Orléans et mort à Rio-de-Janeiro.

Grand pianiste américain, Gottschalk est le premier compositeur à employer des rythmes de la Nouvelle-Orléans que nous associons au ragtime et au jazz.

C’est un ami de Berlioz (1803-1869). Il vient lui rendre visite en France à un moment critique de notre histoire, pendant la révolution de 1848.

A la suite d’articles parus dans la presse, vantant ses mérites et sa virtuosité, le docteur Eugène Woillez (1811-1882), médecin-chef de l’Asile d’aliénés de Clermont, prend contact avec lui, et entretient une correspondance, en lui formulant clairement la motivation de sa demande que nous commentons par un extrait de l’Homme Aliéné, considéré comme individualité sociale par Eug. J. Woillez, Paris, 1849 :

« …Déjà depuis un certain nombre d’années, et c’est là une tendance vraiment louable, on se préoccupe sérieusement de rendre la séquestration, cette terrible nécessité de la loi et de la charité tout à la fois, beaucoup moins pénible, je dirais presque, riante. M.David Richard, médecin de l’asile de Stéphansfeld, près de Strasbourg, fait faire de longues promenades à près de cent aliénés à la fois. Un semblable moyen de distraction (moins en grand, je crois) et certains exercices de l’intelligence, comme les lectures privées ou en commun, sont employés à peu près partout. L’influence favorable de la musique, après les heureuses tentatives faites à Paris, Rouen, Strasbourg, Nantes, Chalons etc., ne paraît plus aujourd’hui faire question. Je voudrais pouvoir en dire autant de la déclamation, de la danse, et surtout de l’exercice du drame.
Je cite rapidement ces faits généraux pour montrer que l’on s’attache à rechercher tous les moyens qui peuvent à la fois guérir les aliénés et leur dissimuler, autant que faire se peut, ce qu’il y a de douloureux et de poignant dans leur affligeante condition… »

Il venait de créer « l’Association médicale de l’Oise », composée de médecins, officiers de Santé, pharmaciens, vétérinaires… pour travailler en commun à une législation de la médecine pour tous, et régler les importantes questions d’hygiène publique.

Les deux hommes se sont compris.

Woillez a convaincu Gottschalk qui arrive assez vite à Clermont. Nous avons retrouvé dans ses Notes d’un Pianiste, éditées à New-York par Alfred A Knopf, en 1964, le passage de son séjour à Clermont :
« ...En 1848, après les horribles combats de l’insurrection qui ont fait de Paris un immense champ de bataille [qui a abouti à la proclamation de la deuxième République à la suite de quoi, Louis-Napoléon-Bonaparte en est élu le Président]. Pour dissimuler ma tristesse et mon dégoût, je me précipitais chez l’un de mes amis qui dirigeait l’important asile d’aliénés, à Clermont-sur-Oise. Il possédait un petit orgue et en jouait brillamment. Je composais alors une messe et nous avions invité des amis et quelques patients, parmi les plus calmes, pour l’écouter. J’avais l’impression qu’une certaine relation se créait et j’exhortais mon ami à répéter l’expérience et à étendre le nombre d’invitations. Le résultat fut si favorable que nous étions rapidement capables de former, dans la chapelle, une chorale de patients des deux sexes qui répétaient, le samedi, les hymnes et les chants, qu’ils interprétaient le dimanche. Un malade délirant, un prêtre, qui devenait chaque jour de plus en plus intraitable et à qui on appliquait souvent la camisole de force, avait remarqué l’absence périodique de quelques-uns de ses camarades et montrait une certaine curiosité pour savoir où ils étaient.
Un jour, nous l’avons admis à la chapelle. Il écoutait la musique sacrée et paraissait intéressé. Le samedi suivant, en voyant ses camarades se préparer pour la répétition, il demandait de les accompagner. Le médecin [Eugène Woillez] lui fit savoir qu’il lui permettait d’aller avec eux, à condition qu’il accepte, lui-même, d’être rasé et habillé d’une façon décente. C’était le point épineux pour lui qui n’était jamais disposé à se laver, et devenait furieux quand il était obligé de s’habiller. Mais à notre grand étonnement, il consentit à se tenir tranquille.
Non seulement il écoutait calmement la musique. Mais nous découvrions en plus que fréquemment il essayait de joindre sa voix à celle des chœurs. Quand je quittais Clermont, mon pauvre vieux prêtre était devenu l’un des plus assidus aux répétitions. Il avait toujours des crises furieuses, mais moins fréquentes et lorsque arrivait le dimanche, on pouvait le voir s’habiller lui-même coquettement et il attendait impatiemment l’heure de se rendre à la chapelle..."

Rares sont les musiciens qui utilisent le rythme comme parti intégrante de la structure de l’œuvre. C’est une évolution qui marquera le 19e siècle et qui aboutira au Jazz. L’œuvre pour piano de Gottschalk pourrait s’intituler « Reflets ». Reflets de l’univers créole, avec le Bananier, La Savane et Le Mancenillier, une composition de 1849 (Gottschalk a 20 ans). Reflets de l’univers parisien, avec la Mazurka, une pièce inédite faite sur commande vers 1850 qui montre la maîtrise de l’artiste. Apothéose qui date de 1857 est une œuvre de nostalgie. Gottschalk la finit à Porto-Rico, alors qu’il souffre du spleen que lui procure de temps à autre l’éloignement d’un monde civilisé. Une œuvre en forme de clin d’œil, clin d’œil à Schumann, clin d’œil à Chopin, clin d’œil à un passé musical qui lui échappe.

Pendant son séjour espagnol (1851-1852), il compose La Manchega, publiée sept ans plus tard, œuvre difficile, pleine de rythme qui montre l’agilité du virtuose. La Gitanilla, aux allusions tsiganes évoque l’époque où Gottschalk avait recueilli un petit gitan, Ramon, mendiant dans les rues.

Les Antilles et Cuba ont été une grande source d’inspiration pour le compositeur. El Cocoyé, un souvenir de la Havane, là où les esclaves travaillent ; et Souvenir de la Havane, une version civilisée de nostalgie et de violence. L’héritage parisien : Après le vagabondage en d’autres lieux, Le Grand Scherzo est une des dernières pièces publiées du vivant de Gottschalk ainsi que Le Scherzo composé à Montevideo. C’est un véritable feu d’artifice, un hommage du Chopin du Nouveau Monde au Chopin de l’Ancien.

Clermont peut se féliciter d’avoir reçu dans ses murs un grand artiste qui s’est mis au service de nouvelles thérapies d’avant-garde, toujours développées aujourd’hui.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Teillet Claude

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