Migrenne, Alfred

Écrivain, journaliste et historien (1847-1937)

Poète et historien local, il décrit son expérience de prisonnier en 1870 dans un roman, La Route de France . Farouche républicain et socialiste, il devient journaliste à La Volonté Nationale, puis rédacteur du Journal du Familistère de Guise ; il est nommé archiviste du Familistère.


Il était une fois la Thiérache, par Alfred Migrenne

Poète et historien local né à Bruyères en 1847, Alfred Migrenne effectue son service militaire pendant la guerre de 1870, durant laquelle il est fait prisonnier. Il tire de cette expérience un roman plusieurs fois remanié : La Route de France. Alfred Migrenne se marie à Athies en 1874 ; il est alors « cantonnier-chef ». Farouche républicain, il écrit de nouvelles paroles à la Marseillaise, devient ensuite journaliste à La Volonté Nationale , puis rédacteur du Journal du Familistère de Jean-Baptiste Godin, à Guise, fin 1878. En 1884, il est nommé bibliothécaire puis archiviste du Familistère. Il fut l’historien de Guise et de ses environs. Collaborant à des journaux de l’Aisne et de différentes régions, Alfred Migrenne est l’auteur d’une cinquantaine de publications, aux quatre coins de la France. Il meurt en 1937, « dans la foi spiritualiste et socialiste », selon son faire-part de décès.

L’enfance

Alfred Migrenne évoque son enfance en ces termes :

« La maison où je vins au monde était la dernière de la rangée qui est adossée à l’ancien rempart, aux abords du Jeu de Paume. Elle était des plus humbles et, si je me souviens bien, elle ne comportait qu’une pièce ; mais elle était proprette. …. Maintenant elle est toute délabrée ; le propriétaire l’a abandonnée aux oiseaux, qui y font leurs nids. ….(Mes parents) s’étaient mariés au mois de décembre 1840 et, leurs dots réunies, ils possédaient 300 francs …. Sans compter trois lopins de terre, grands comme un mouchoir de poche. Mais depuis, deux enfants …. leur étaient venus, l’ouvrage avait manqué et ils s’étaient endettés. J’arrivais dans un mauvais moment. Pourtant je fus dorlotté (sic) comme les deux autres et comme eux encore je grandis tant bien que mal. …. (Ma mère) travaillait quinze heures par jour tant à la maison qu’au dehors. …. En 1856 le pain renchérit formidablement. Un jour qu’elle venait d’en sortir une cuisson du four elle me dit en m’en donnant un morceau, lequel faisait peine à voir, tant il était noir : —Tiens, prends et ne le montre à personne. Mon père, lui, était moins soucieux de l’existence. …. Tout d’abord il avait exercé le métier de tisserand, mais la navette ne lui procurant qu’un maigre salaire, il s’était fait manouvrier. Il gagnait trente à trente-cinq sous par jour. Il savait lire, écrire et compter un peu, et quelquefois, à la veillée, pendant l’hiver, il nous amusait avec des problèmes énigmatiques et des tours d’adresse …. Il nous contait aussi certaines histoires dont il se vantait d’être le héros. …. Au fond l’instruction lui importait peu, au papa Migrenne, et quand je lui disais que je voudrais bien être savant, il me répondait que je n’avais pas besoin de ça pour tenir un flaïau. …. (un fléau.) N’empêche que malgré mon désir d’être un savant, j’étais un des fermes piliers de l’école buissonnière …. ; je m’y sentais attiré par je ne sais quel aimant. J’ai encore dans les oreilles le tic-tac des moulins …. C’est au cours d’une de ces escapades (en compagnie d’un jeune cousin du dit) qu’il me fut donné de voir Arsène Houssaye pour la première fois. … — Qu’est-ce qu’il fait à Paris, ton cousin ? —Je sais pas au juste.. On dit qu’il fait des livres. (repris dans La Mandoline, 1898, p.154) …. Et lorsqu’à douze ans, je sentis en moi vibrer la fibre poétique, ma première pensée fut de connaître littérairement l’auteur de la  »Couronne de bleuets«  … ».

Francis Legat livre ses souvenirs d’Alfred Migrenne

" Nous habitions à l’époque, ma mère et moi, la gare de Puisieux, sur cette ligne de chemin de fer qui, jusqu’en 1938, reliait Laon-Guise- au Cateau et permettait à la population, alors dépourvue encore de voiture, de venir faire ses courses à Guise. Guise était alors une ville en pleine activité, avec l’usine Godin qui employait prés de 3000 personnes, et aussi avec les tissages Caux. Très souvent à l’occasion de voyages à Guise, nous rendions visite à Alfred, avec qui nous étions parents par sa femme, née Noiron, décédée à Guise en 1929.

Ce sont les souvenirs de l’enfant de 10 ans que j’évoque aujourdhui, souvenirs d’une époque lointaine qui m’a beaucoup marqué : 1937, le décès de notre cousin à quelques semaines de l’inauguration de la dernière exposition internationale à Paris. Je me souviens du pavillon avec l’aigle allemand, qui faisait face au pavillon russe avec le kolkhozien et la kolhosienne, prémices de la 2e guerre mondiale...

Lorsque nous arrivions par le train venant de Puisieux, nous descendions à la station Faubourg de Guise, qui précédait le tunnel sous le fort et la station Gare de Guise.
A droite, se trouvait le café Morcrette qui servait de lieu d’attente aux voyageurs et, plus loin, on pouvait, avant d’entrer au cœur de la ville découvrir, la plaque indiquant square Lénine. Car Guise était une ville de gauche qui, grâce à Godin, vivait la première expérience sociale du siècle : chaque travailleur était intéressé au bénéfice de la production, avec une couverture sociale que ne possédait pas, hélas, la plus grande partie de la population agricole des environs, qui binait et arrachait les betteraves.

Je revois encore cette grande bâtisse du Familistère avec la statue de Godin, l’escalier austère qui menait au logement 272, où nous accueillait avec toujours autant de gentillesse Alfred Migrenne, homme très doux, très sensible.
Dans un coin de la salle de séjour, une cuisinière Godin noire semblait chauffer tout l’appartement, ,la même que possédait alors les maisons du nord avec une cafetière toujours chaude pour offrir aux visiteurs « eine tiote goutte ed café » selon la coutume.
Une grande pièce était utilisée comme bibliothèque, d’où il sortait souvent un ouvrage qu’il me remettait après la visite, des livres lus et relus qui ont eu sûrement une influence sur mon intérêt pour l’histoire.

C’est là qu’il vivait seul , travailleur infatigable dans ses recherches historiques sur Guise, ou le département, passant de la poésie au roman, explorant les archives, ou écrivant des articles pour l’Avenir de Guise ou les Tablettes de l’Aisne .

Lui qui fut bibliothécaire et archiviste de Godin, il éprouvait pour l’inductriel utopiste une réelle admiration, comme en témoigne son ouvrage, « André Godin -sa vie –son œuvre", préfacé par Engène Fournière . ainsi que pour son compatriote de Bruyères l’écrivain Arsène Housssaye .
Il venait parfois à Puisieux nous rendre visite, et je puis dire que c’est lui, né en 1847, 26 ans seulement après la mort de Napoléon, qui m’a appris à jouer aux dames..
Il me confectionna un jour un pupitre pour poser mes livres !

A la fin de sa vie il prenait ses repas le midi dans une famille de la rue A.Godin, dont la dame était originaire d’Athies, un peu le berceau des Migrenne.
En 1936 il fut très éprouvé par la mort de son fils Gabriel, et sa santé s’altéra. En venant lui rendre sa visite quotidienne, son fils Marcel devait un jour le trouver sans vie prés de la porte : il avait sûrement tenté d’appeler du secours.

Homme généreux et profondément laïc, il appartient, grâce à son œuvre, à l’histoire
de Guise et du département de l’Aisne.

« La vie terrestre se renouvelle en vertu des lois de la nature » Virgile
C’est ce qu’il avait tenu à faire figurer sur son avis de décès, en avril 1937."

A lire !

■ Les Moissons dorées (1890), important recueil de poésies
■ Des poèmes : « Le berger de la Vallée Saint-Pierre », « La Voix et les gestes » (1933), « Le Tilleul de Saint-Tronsin », « La Folle de Bruyères », « Piquavoine et son Âne », « La Tour Prends garde : contes », « La Nouvelle Fronde » (1910), poème burlesque, « Il était une fois dans la Thiérache : légendes » (1919), manuscrit édité par L’Arbre en 1987.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Migrenne, Jean ; Francis Jégat

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.