Michelis (Madeleine)

Enseignante, résistante.

Madeleine Michelis, née en 1913, enseigne les lettres à Amiens à partir de 1942. Résistante, elle est arrêtée par la Gestapo en février 1944, est transférée à Paris et meurt peu de temps après son arrestation.

« Jeune Française admirable, qui s’est entièrement dévouée à la cause de la Résistance, professeur agrégée au lycée d’Amiens, a tout sacrifié au service de la Libération. S’est particulièrement occupée du passage des prisonniers évadés et d’aide aux parachutistes et aviateurs alliés. Arrêtée le 12 février 1944, transférée à Paris, a refusé de parler malgré les pires traitements. A été étranglée le 15 février 1944, trouvant une mort glorieuse au milieu des tortures supportées avec un courage magnifique et sans trahir son secret. Modèle d’abnégation, de foi patriotique. »
C’est ainsi que le parcours de Madeleine Michelis fut honoré par le général De Gaulle, à l’occasion de sa promotion, à titre posthume, au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Née en région parisienne (à Neuilly) dans une famille d’artisans, Madeleine Michelis, après de brillantes études de lettres (Hypokhâgne, Khâgne, Ecole normale supérieure de Sèvres), devient enseignante au Havre, à Etretat (annexe du lycée du Havre, pour les réfugiés parisiens et les Havrais fuyant les bombardements), puis à Paris. Elle est nommée au lycée de jeunes filles d’Amiens à la rentrée 1942.

Madeleine Michelis, la résistante

A Paris, elle prend contact, dès le tout début début de l’occupation, avec des milieux résistants, et fait sans doute partie d’un réseau d’universitaires. Mais c’est à Amiens qu’elle entre de plain-pied dans la résistance, en 1943. Elle appartient au réseau Libération Nord, et au réseau Shelburn, rattaché directement au SOE (Special Operations Executive) des services secrets britanniques.
Sa principale mission est de repérer, dans la campagne picarde, des aviateurs ou des prisonniers évadés alliés, et de les conduire jusqu’à Amiens. Les Etats-Unis lui ont décerné la médaille de la liberté, pour services rendus, de novembre 43 à février 44, services pour lesquels son excellente connaissance de la langue anglaise faisait merveille.
Elle héberge, toujours à Amiens, une jeune juive, dont le père avait été déporté, et lui fait passer la ligne de démarcation.

Arrêtée par la Gestapo le 12 février 1944 à son domicile amiénois, elle est écrouée à la prison d’Amiens, route d’Albert, puis transférée à Paris, au Lycée Montaigne. Les Allemands ayant trouvé chez elle des documents compromettants, elle subit un premier interrogatoire le soir. Rentrée dans sa cellule, elle témoigne du supplice de la baignoire, « J’ai eu un bain glacé et j’ai du mal à me réchauffer. »

Le mercredi 16 février, elle est amenée à l’Hôtel des États-Unis, boulevard du Montparnasse pour un interrogatoire. Elle seule descend du fourgon. Aucun témoin ne l’a jamais revue vivante.

Madeleine Michelis, le témoin

Madeleine Michelis a laissé un grand nombre de lettres, ou de récits, autant de témoins précieux de la période.

« Quel coup ! On vient d’entendre Pétain. On espérait la résistance à outrance, au moins. Qu’est-ce qui va sortir de tout cela, nul ne le sait... Tu peux imaginer combien je regrette en ce moment de n’être pas partie aux Etats-Unis. De loin, il y a un certain nombre de choses qu’on accepte plus volontiers. »
Madeleine Michelis, 12 juin 1940.

« Les Anglais bombardaient depuis le début août mais au ralenti ; ça s’est intensifié depuis 15 jours, et la ville très touchée est à peu près inhabitable : plus d’eau ni gaz, les égoûts crevés, l’odeur du cadavre vers la gare. Par ailleurs les abris sont réservés aux soldats allemands ; pendant 5 nuits les Havrais qui, comme tu sais, n’ont pas de cave, ont dû rester debout dans le couloir d’entrée de leurs maisons. H... en est revenue morte de fatigue et anglophobe. Si pénibles que soient ces histoires, les victimes civiles nombreuses et plus d’un 1/10e de la ville démolie, puisque ça a servi à quelque chose, je ne regrette ni ne me lamente sur rien. »
Madeleine Michelis, octobre 1940.

Ce sont les juifs, une fois de plus, qui écopent. D’abord, depuis le 7 juin, ils étaient contraints à partir de 7 ans de porter l’étoile de David, cousue à gauche sur la poitrine . Impression de gêne quand on croisait ces pauvres gens dans Paris, de douleur quand on regardait les petits gosses. Puis une ordonnance féroce il y a trois jours qui leur interdit l’entrée de tous les lieux publics (monuments historiques, bibliothèques, musées, cabines téléphoniques, piscines, marchés et foires, restaurants, cafés, etc.) , il y a 12 prescriptions, puis interdiction aux jeunes de fréquenter les établissements scolaires publics ; enfin rafles depuis le 15 dans la nuit des juifs, juives et gosses, juifs polonais et russes ; scènes atroces : méres séparées de leurs gosses, gosses regroupés (contagieux ou non) au Vel dHiv, sans qu’on puisse leur porter à bouffer.
Madeleine Michelis, juillet 1942

« Je suis encore toute éberluée de la cascade d’événements graves qui se sont passés depuis dimanche. Beaucoup d’Allemands ont quitté en hâte la ville dans l’après-midi de dimanche et pas mal de gens ici s’attendaient à un débarquement vers Dieppe Boulogne etc. Les Amiénois très surexcités ont été un peu déçus mais la nouvelle de l’arrêt des hostilités en Afrique du Nord a dissipé leur chagrin présent « Ce sera pour plus tard ». A dire vrai, ils sont tous contents d’une occupation allemande dans le Midi car ils ont gardé rancune aux gens de par là-bas de leur accueil au moment de l’exode et du surnom de « Boches du Nord » dont les Méridionaux les ont un peu partout gratifiés. Tout est au mieux et si les hostilités cessent rapidement au Maroc, nous aurons enregistré une brillante semaine. J’ai écouté en entier et en anglais l’appel de Roosevelt. Très beau et très simple. J’y fus de ma larme... Nous sommes allées hier midi à la cathédrale, deux chics collègues et moi, mettre des fleurs contre certains piliers sacrés, et tout Amiens, femmes en cheveux et hommes gantés,avaient eu la même pensée que nous. »
Madeleine Michelis, novembre 1942

Chevalier de la Légion d’Honneur, médaillée de la Résistance, Croix de guerre 39-45, médaillée de la Liberté (par le président des Etats-Unis), médaillée des Justes parmi les Nations, Madeleine Michelis a donné son nom au Lycée d’Amiens où elle enseigna.

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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