Matisse, Henri

Peintre et sculpteur (1869-1954)

Matisse se révèle pleinement dans les couleurs : il a été l’élève de Gustave Moreau et l’industrie textile du Vermandois lui en a donné de superbes aperçus. Tout au long de sa vie, il peindra souvent des tissus dans ses tableaux.


Henri Matisse en 1933 - Henri Matisse

Fils de commerçants en grains et marchands de couleurs dans le nord de la France, Henri Matisse passe son enfance à Bohain en Vermandois, dans la graineterie de ses parents, puis entreprend des études de droit et exerce la fonction de clerc d’avoué dans un cabinet notarial à Saint-Quentin.

Un an plus tard, une crise d’appendicite change définitivement le cours de sa vie : Matisse découvre la peinture lors de sa convalescence. De retour au cabinet, il profite de ses heures perdues pour suivre des cours de dessin, peindre ou visiter les musées.

Lors d’un séjour à Paris en 1891 pour terminer ses études de droit, la tentation est trop forte : il s’inscrit, malgré l’opposition paternelle, à l’Académie Julian et suit les cours de Bouguereau et Ferrier. Sur leurs conseils, Matisse se présente, sans succès, au concours d’entrée à l’École des Beaux-Arts. Il suit alors comme élève libre les cours du soir de Gustave Moreau à l’Ecole des Arts décoratifs.

L’essentiel de son apprentissage consiste à copier les œuvres des maîtres, notamment Chardin. Trois ans après sa première tentative, Matisse entre à l’École des Beaux-Arts et aussitôt, il expose au Salon et reçoit commande de l’État. Alors que s’ouvre à lui une carrière d’artiste officiel, il éprouve le besoin de partir en Bretagne s’essayer, sur les traces de Monet, à la peinture en plein air.

La rencontre de Pissarro puis un voyage en Corse où ’’tout est couleur, tout est lumière’’ le confirment dans son choix de l’impressionnisme. Chassé de l’École des Beaux-Arts par le nouveau professeur Cormon, Matisse multiplie les ’’terrains d’étude’’ en fréquentant de nombreuses académies libres et galeries d’art. Il en recueille des influences diverses - Cézanne, Gauguin, Rodin et les théories néo-impressionnistes développées par Signac.

À ce moment crucial du développement de sa personnalité artistique, des difficultés financières plongent Matisse dans une période d’austérité. Il est obligé de travailler comme peintre en décor pour la section française des Beaux-Arts de l’Exposition Universelle de 1900, puis contraint de regagner le toit familial en Picardie.

En 1904, après sa rencontre avec Signac, théoricien de la méthode divisionniste inaugurée par Seurat, il peint Luxe, calme et volupté .


Luxe, calme et volupté, de Henri Matisse - Luxe, calme et volupté de Henri Matisse - Musée d'Orsay Crédits : Musée d'Orsay

Mais cette toile ne le satisfait pas : « Mes couleurs dominantes, sensées être soutenues et mises en valeur par les contrastes, étaient en fait dévorées par les contrastes, que je faisais aussi importants que les dominantes. Ceci m’amena à peindre par aplats : ce fut le fauvisme. »

La découverte du Sud de la France, ses couleurs et sa lumière, marque la fin du désenchantement. Cherchant désormais à ’’exalter toutes les couleurs ensemble, sans en sacrifier aucune’’, Matisse devient le chef de file des peintres qui, par leur goût des couleurs pures, et de la simplification décorative, provoquent un scandale au Salon d’automne de 1905 ; on les appelle les ’’fauves’’. Matisse y expose La Femme au chapeau . Gertrude Stein raconte : « Les visiteurs pouffaient en regardant la toile, et on essayait de la lacérer. »

Fort de cette aura, il ouvre un atelier où se pressent des élèves étrangers et fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde. Plusieurs rencontres avec Picasso et des liens d’amitié avec Juan Gris le conduisent pendant la Première Guerre mondiale à tenter l’expérience cubiste, mais il revient vite à son propre style.

Il ne cesse d’exposer et de vendre ses toiles. En 1909, notamment, le collectionneur russe Chtchoukine lui commande La Danse et La Musique . Son succès lui permet de voyager, notamment au Maroc entre 1912 et 1913, ce qui contribue à enrichir son œuvre. Matisse a 45, il n’est pas mobilisé pendant la guerre, il reste à Collioure, puis s’installe à Nice, où, jusqu’à la fin des années 20, il travaille presque exclusivement sur le thème du corps féminin.

À partir de 1917, l’artiste partage sa vie entre Paris l’été, Nice l’hiver et de nombreux voyages touristiques et professionnels- Tahiti, États-Unis, Italie -.

Dans les années 1920 et 1930, Matisse se consacre principalement à la sculpture et à la réalisation de plusieurs panneaux décoratifs, notamment pour la fondation du Dr Barnes, célèbre collectionneur américain.

En 1930, la recherche d’une autre lumière et d’un autre espace le conduit à entreprendre un long voyage pour Tahiti. Il en ramène photographies et croquis, mais surtout des souvenirs. Ce n’est que bien plus tard qu’il parvient à intégrer l’expérience tahitienne à sa pratique picturale, à travers les gouaches découpées. À partir de 1941 et après une lourde opération chirurgicale, ce nouveau procédé donne naissance à ses ultimes chefs-d’œuvre dont Jazz en 1947, La Tristesse du roi , 1952, ou les projets pour la Chapelle du Rosaire de Vence entre 1948 et 1951, son ’’atelier symphonique’’ où il réussit enfin à réunir toutes les couleurs.

Jusqu’à son dernier souffle, Matisse a poursuivi un œuvre considérable à la fois en nombre et en techniques employées - peinture, sculpture, lithographie, gravure, céramique, tapisserie, gouache - et toujours porteur de son émerveillement constant pour la vie.


Autographe de Matisse - Autographe de Henri Matisse

Chronologie succinte

1869 : né à Cateau-Cambrésis (Nord)

1889 : clerc de notaire à Saint-Quentin

1892 : atelier de Bouguereau, de Ferrier puis de Gustave Moreau

1896 : début de sa carrière d’artiste officiel

1897 : La desserte , conclusion de ses années d’études à l’École des Beaux-Arts

1904 : Luxe, calme et volupté et ralliement au néo-impressionnisme

1905 : chef de file des peintres ’’fauves’’ au Salon d’automne

1913 : voyage au Maroc

1917 : installation à Nice

1930-1933 : La Danse pour le Dr Barnes

1948-1951 : décoration de la chapelle de Vence (Provence)

1954 : mort à Nice

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia

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