Martin, Vincent

Acteur et directeur de troupe

Acteur et directeur de la troupe l’ Acte théâtral , Vincent Martin aime et défend le théâtre de rue. Il joue au théâtre et au cinéma avec les plus grands.


Vincent Martin Crédits : L'Acte théâtral
 

Né à Valenciennes le 6 mars 1952, établi depuis 1964 dans l’Oise au Meux, désormais à Armancourt, Vincent Martin est sédentaire parce qu’il a un domicile fixe. Pour le reste il est fils du vent toujours à courir l’aventure au coin d’une rue où il installe ses tréteaux ou sur un écran de cinéma qu’il crève de sa bonhommie. Il n’a pas fait carrière d’écolier puisque l’école ne lui a pas réussi, il fait profession d’acteur et de directeur de troupe, activité qui lui sied.

De l’école au théâtre

Après une sixième bâclée à l’institution Guynemer, sa mère l’exfiltre vers l’école des Samuels à Vieux-Moulin, une sorte de « Summerhill et ses libres enfants » à la française nichée dans la forêt de Compiègne. Vincent Martin y coule des jours heureux. Trois ans s’écoulent, on l’envoie en Belgique, à l’école supérieure des arts Saint-Luc à Liège. Il y tient un an. « Je passais mon temps à essayer de comprendre les femmes », dit-il.

Ses pas le ramènent à Vieux-Moulin. Gérard Cramard, le directeur de l’école des Samuels le recueille. Voilà Vincent Martin pion à surveiller l’internat et à écrire de la poésie cependant que les enfants dorment. Il se lie d’amitié avec Julien Maruri, un prêtre défroqué espagnol qui a fui le franquisme et qui enseigne l’espagnol en même temps qu’il anime un atelier de peinture. « Mon père artistique, une rencontre déterminante », confesse-t-il.

Avec l’accord de Gérard Cramard, « une retrouvaille déterminante » pour la suite, Vincent Martin ouvre un atelier théâtre. A la demande des gamins, il s’attaque à En attendant Godot. Sa conversion au théâtre étant toute récente, l’autodidacte se joue de son ignorance et propose une version revue et corrigée de la pièce de Samuel Beckett. « Une version Martin avec pratiquement pas de texte, mais pourvue en idées scénographiques et en jeu d’acteur », s’amuse-t-il. Il a 17 ans et trouvé sa voie.

Son service militaire en 1971 à Reims ne l’en éloignera pas. Ses supérieurs ne sachant où le caser mais informés de son inclination acceptent qu’il anime un atelier théâtre dans la caserne. De retour à la vie civile, Vincent Martin se consacre au théâtre en fin de semaine. Pour faire bouillir la marmite, il se convertit à la menuiserie-ébénisterie le reste du temps.

 

L’Acte Théâtral

En 1976 son chemin croise celui de Myriam Rayer. « Une rencontre déterminante et irrémédiablement constructive. » Il l’épouse et, inséparable depuis, le couple se rit de l’usure du temps. En 1983, avec la complicité de Myriam désormais Martin, est créée la compagnie l’Acte Théâtral. Faute de lieu de travail couvert et d’un théâtre pour diffuser ses créations, la troupe s’est toujours trouvée à la rue qui le lui a bien rendu à partir des années 1990.

A peine connaît-il Myriam que Vincent met la dernière main à Cheval de brume. « Un texte sur la résistance à l’oppression » qu’il porte à Roger Blin (homme de théâtre et acteur qui fit notamment connaître Jean Genet) : « Je l’ai trouvé dans le bottin et lui ai téléphoné. Il m’a reçu le 6 mars 1977 et a lu le texte devant moi. Ce fut un coup de foudre réciproque. » Cheval de brume est créé aux Samuels à Vieux-Moulin, repris pour une soirée au Lucernaire à Paris et joué au Moulin d’Andé dans l’Eure. Et en 1978 à Noyon à l’invitation d’Yves Guyon, directeur de la MJC.

Dans le maigre public du Lucernaire se trouve la comédienne Lucienne Hamon accompagnée d’un ami, Andréas Voutsinas, acteur, metteur en scène, professeur d’art dramatique et membre de l’Actors Studio. Vincent Martin irrité par des ronflements qu’il soupçonne être ceux du théâtreux grec n’en fait pas moins l’acteur. A la fin de la pièce, Voutsinas le Grec applaudit à tout rompre et Martin le Picard s’aperçoit de son erreur. Les ronflements étaient ceux de son chien qu’il avait sur les genoux.

Le professeur d’art dramatique l’invite dans son atelier à Paris où, de 1978 à 1982, il suit son enseignement. L’occasion pour lui de se frotter à du beau monde : Peter brook, Michel Piccoli, Niels Arestrup…

Le cinéma

« Un jour [Andréas Voutsinas] me dit : tu va recevoir un coup de fil, dis oui. » Le Noyonnais Alain Maline, assistant sur le tournage, lui propose le rôle d’Igor, serviteur de Dracula interprété par Andrés Voutsinas, dans Les Charlots contre Dracula avec le réalisateur Jean-Pierre Desagnat. Sa carrière au cinéma est lancée en cette année 1980 et pas une année ne passera sans qu’il ne soit à l’écran. Il retrouvera dix ans plus tard Maline, réalisateur, qui lui donne un rôle dans Jean Galmot aventurier (film inspiré d’un livre de Blaise Cendrars Rhum).

Un amour de Swann de Volker Schlöndorff en 1984 avec Jeremy Iron (l’acteur anglais, à la fête de fin de film, le prendra dans ses bras et l’embrassera sur la bouche pour le remercier) La femme publique d’Andrezj Zulawski en 1984 avec Francis Huster et Valérie Kapriski demeurent à ce jour ses plus belles rencontres au cinéma. A la télévision, c’est sa rencontre avec Michel Serrault en 2003 dans L’affaire Dominici réalisé par Pierre Boutron où il incarne Clovis, l’un des fils du patriarche, qui l’a marqué de façon indélébile.

A son actif encore, il a joué à trois reprises avec Gérard Depardieu dans Police de Maurice Pialat en 1985, Drôle d’endroit pour une rencontre de François Dupeyron en 1988, Signé Dumas de Saffy Nebout en 2009, Habitué des seconds rôles, Vincent Martin tient en 2012 le premier rôle dans Le petit roi film d’Antoine Voiturier.

Théâtre de rue

En parallèle, L’Acte théâtral prospère sur le bitume des villes et dans les pâtures des campagnes puisqu’il s’est assigné pour mission de défendre le théâtre dans la rue. « Tu es face à un spectateur qui n’est pas acquis, qui se gagne. Si ça ne lui plaît pas, il passe son chemin. Il n’est pas captif comme dans une salle », explique Vincent Martin.

L’Arbramouche (1992) et Les Dutunnel (1998), créés pour les festivals des arts de la rue (Eclat à Aurillac, Châlon dans la rue à Châlon-sur-Saône, les Tombées de la nuit à Rennes, Vivacité à Sotteville-les-Rouen) ont assuré la réputation de la compagnie et lui ont valu une notoriété dorénavant européenne. D’autres spectacles ont suivi : Tourbillon en 2001, Tourbillon et Têtes de lectures en 2007. Autant de succès. D’autres aussi lorsqu’il répond à la demande de collectivités pour créer l’événement : ThéâtralaRue, festival itinérant dans l’Oise, Chambly dans la Rue de 1997 à 2007, et tout récemment trois jours de festivités à Nogent-sur-Oise pour magnifier le quartier de la Commanderie devenu celui des Rochers.

En 2011, Vincent Martin peaufine Mise en pièce, mélo-comédie dramatique écrite et jouée par lui, qu’il a expérimentée au théâtre du Marais à Paris.

Il travaille ardemment dans son port d’attache, sa fabrique d’arts de la rue, Le Bord de l’eau, chemin du hallage à Margny-les-Compiègne, entre rails de chemin de fer et de rivière Oise. Où il pose ses valises depuis quelques années lorsqu’il n’est pas en tournée.

Vincent
Martin par « 
Jacques
Frantz », publié le 25 novembre 2011
Vincent Martin par « Jacques Frantz », publié le 25 novembre 2011

 

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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