Martin, Séraphin Fernand

Inventeur du jouet bon marché (1849 - 1919)

Génie de la mécanique, autodidacte, il lance des séries de petits automates de conception ingénieuse réalisés en matériaux banals. Comme il a le sens de l’organisation de la production, il inonde le marché de ses petits jouets. Il participe à la création de la foire de Paris et du concours Lépine.


Automate de Séraphin Martin Crédits : Collection Arts et Métiers
 
Inventeur du jouet bon marché .

Génie de la mécanique et de l’organisation de la production, il a inondé le marché de ses petits automates entre 1880 et 1930. Pionnier du marketing, il a participé à la création de la foire de Paris et du concours Lépine.

A 9 ans, il teste –à travers la classe- des arbalètes qu’il a faites avec des bribes de rien : ressort, épingle, fil, tulle, allumette et il les vend à ses camarades, 1sou. Le lendemain, il invente autre chose …

Séraphin Fernand Martin est né à Amiens de parents merciers avant de s’établir à Paris pour y fabriquer des jouets. Autodidacte ingénieux, il lance une série de bonshommes qui s’animent grâce à des mécanismes dignes d’un orfèvre. Des petites prouesses techniques. Ses personnages de 20cm en tôle ont des membres en fil de fer, bougent grâce à des engrenages à pignons en cuivre, des régulateurs, leviers et roues dentées en fer « comme les grandes machines. »

« Je fais ce que je vois », résume-t-il. Il est inspiré : il crée des gens pittoresques, expressifs, qui ont l’air saisis sur le vif, le geste aussi précis qu’une photo. Ils sont en plein effort … Mais Séraphin ajoute une pointe d’humour dans leur attitude. D’abord les animaux : l’araignée et la mouche, la grenouille nageuse… « En 1878, je vendis le brevet d’un poisson actionné par un caoutchouc tordu et ce fut le commencement de ma fortune, » aime-t-il rappeler.

La réussite

Sa renommée est liée aux automates parlant des guerres coloniales (l’Anamite, le Boer…) et des métiers : le forgeron infatigable, les boxeurs, les pompiers à l’échelle, l’attelage flamand, le charcutier, la forge, les courageux scieurs de long, le gai violoniste. Sa plus grosse vente, le petit livreur lui a rapporté un million de Franc or ! Une fortune qu’il investit aussitôt dans une usine moderne, 88, rue de Ménilmontant, où il emploie jusqu’à 200 personnes. Séraphin se soucie de leur formation, les écoute, il répète qu’il est ouvrier comme eux … Il dessine lui-même les plans de l’usine : une bâtisse d’avant-garde, vaste, aérée, sous d’immenses verrières, imaginée pour la production de masse car il devient bientôt l’un des leaders mondiaux du jouet et exporte plus de la moitié de ses produits (400 000 exemplaires en 1900).

Sa conception ingénieuse de bonshommes en matières premières banales révolutionne le marché : « jadis un automate était rare et cher, réservé aux fils de princes. S.F. Martin le démocratise, » assure Frédéric Marchand, son biographe.

Ainsi, en 1914, un pantin se vend entre 1F45 et 1F95 = 4h de salaire d’une ouvrière = 3h de salaire d’un ouvrier.

L’atelier fabrique tout de A à Z. Avec minutie ! L’agent de ville exige 127 opérations successives, le pianiste 200 pour assembler ses 62 éléments ! La maison comporte un laboratoire d’essais où il compte trois mois de mise au point avant de lancer la fabrication d’un modèle. Martin conçoit et réalise également les machines et les outils, les moteurs et les moules spécifiques pour industrialiser la production et réduire les coûts. Les personnages sont habillés et peints sur place. Notre homme d’affaires se révèle aussi un pionnier du marketing, dépose brevet sur brevet, ouvre un comptoir de vente aux grands magasins pour lisser les marchés sur l’année, emploie des camelots qui rameute le chaland sur les boulevards, achète des pubs dans les quotidiens, forme un réseau de vendeurs et parcourt l’Europe au rythme des foires. Il adapte les modèles aux coutumes locales et change les tenues des pompiers et des soldats au gré des pays. C’est ainsi qu’il glane une collection de médailles et de brevets en Europe.

A la Belle Epoque, il est chevalier de la Légion d’honneur et porte maintes décorations d’Europe, fournisseur officiel des cours de Belgique et d’Espagne, c’est un homme respecté et écouté. Il préside la chambre syndicale des jeux et du jouet, crée la foire de Paris et, avec son ami le préfet de police Louis Lépine, il met sur pied le fameux Concours Lépine pour faire connaître les inventeurs, en 1901.

En même temps, il dépose des brevets pour l’industrie automobile (embrayage automatique à circulation d‘huile forcée, changement de vitesse …) et s’adonne à ses autres passions, l’horticulture et la peinture. Séraphin est un délicieux peintre de bouquets. Une rue porte son nom à Villefranche-sur-Mer où il a pris sa retraite et la façade de sa villa y est ornée de céramiques reproduisant ses petits personnages.

En 1912, il avait vendu l’atelier à la famille Flersheim qui l’a recédé ensuite à Victor Bonnet. La production a continué jusqu’en 1965. Quelques collectionneurs s’arrachent les P’tits Martin survivants à des prix exorbitants …
 

Elizabeth Gillion, 2011

 

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia

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