Marc, Alain


Alain Marc - Alain Marc Crédits : Jean-Marc André

Né en 1959 à Voisinlieu un quartier de Beauvais, Alain Marc est poète et essayiste. Il a toujours vécu dans sa ville d’enfance ou tout à côté et son oeuvre est profondément ancrée dans le pays picard.

Il s’intéresse à la langue picarde qu’il cherche à retrouver à partir de sa propre mémoire d’enfance.

Il aborde tour à tour la poésie contemporaine, la poésie sociale, la poésie en regard d’un plasticien et la nouvelle. Il effectue des lectures publiques de ses textes et des poètes qu’il affectionne.

Rencontre-performance avec le jongleur Vincent de Lavenère au théâtre des Poissons

Conférence-lecture sur la création en picard lors de la 3e journée interrégionale du picard à Tournay.

Il crée avec Yan Dexter Dolt les pré-éditions Première impression et, avec Fabrice Ambroise, Dominique Boudard, Delphine Cordel et Christophe Giraud, le collectif Artis Facta afin de défendre la littérature et les arts contemporains de l’Oise (principalement du Beauvaisis et alentours).

Alain Marc trouve, entre autres, au début de son parcours, les soutiens de Pierre Bourgeade et de Bernard Noël. La Ville de Beauvais lui accorde dès 1997 une aide à la création pour son travail sur l’ écriture du cri et l’aide en 2000 pour l’édition de l’essai Écrire le cri , livre fondateur préfacé par Pierre Bourgeade.

Un numéro de la revue BASEMENTS-Ffwl lui a été consacré en 2004. Il a publié dernièrement un essai sur Bernard Noël, ainsi que d’autres livres.

Toute une vie

C’est dans ce recueil de nouvelles et autres textes que s’exprime à mi-mot et pourtant profondément son ancrage en Picardie. On peut lire ce livre sans la relation aux lieux que cite l’auteur et sans en faire la liaison, et garder ainsi toute l’universalité qui s’en dégage. On peut aussi le lire avec. « Ce recueil, s’il ne les mentionne tout compte fait qu’assez peu directement, est néanmoins très fortement ancré dans les contrées picardes, de l’Oise – son auteur est né à Voisinlieu, quartier de Beauvais –, d’ Amiens – nous verrons plus loin pourquoi –, et du lieu imaginaire, dans le cerveau de l’auteur, d’ Abbeville , bien que présent non sans avoir de raisons par le biais d’une grand-mère maternelle née à quelques kilomètres à peine » ( « Des lieux de “ Toute une vie  » .

Entretien Avec Alain Marc par Carole T à propos de Toute une vie

Alain , d’où t’est venue l’idée de ce livre ?

J’avais écrit la quasi totalité de ces nouvelles il y a plus de vingt ans (la première date de 1987). Dans un “recueil” fourre-tout ne sachant pas très bien où les coller ailleurs — je suis principalement poète, produisant ces drôles de trucs que l’on nomme poésie, ou poème, qui pour moi va bien au delà de l’image commune que l’on en a a priori, et travaille beaucoup comme cela : par associations de textes, assemblages-retravails constants, sur parfois plus de dix ans. Tant que les textes ne sont pas publiés ils peuvent continuer à évoluer. Ces nouvelles étaient en quelque sorte des “rebus”, mais certaines tout en continuant de me titiller suffisamment pour continuer à y penser. Et puis un jour vint une étincelle, de l’ordre de la fulgurance (dans ces cas là c’est toujours un cadeau, et le texte ou l’idée, est souvent plus que bonne) : très vite, après m’être premièrement fixé sur le thème des quatre âges de la vie, que je pris comme nouveau titre, je ne retins plus que le mot de « vie » , puis est venue celui de « Toute une vie » avec le désir d’organiser ces nouvelles sur son déroulement. Le recueil a alors pris une force qu’il n’avait pas avant et en particulier par le titre de chacune des rubriques comme « l’Enfant » , ou « l’Enfant qui n’en est plus un » etc., une double lecture naissait instantanément et donnait du coffre, si je puis dire, au “personnage” de la nouvelle s’y intégrant, le démultipliait par ce simple jeu de la prédétermination. C’était fantastique ! Et comme par hasard c’est ce recueil que je ne désirais publier qu’en dernier que l’éditeur que je rencontrai quelques mois plus tard, choisit... Belle rencontre, qui me trouble encore aujourd’hui au plus haut point...

Est-il si facile de se projeter dans le temps ? Quels sont les leviers des souvenirs ?

Non, évidemment. Tu as peut-être en tête cette nouvelle sur la mort, en particulier, qui clôt le recueil. C’est sûrement la raison qui m’a fait, instinctivement, adopter une position fuyante par rapport à cette dernière, mettant en scène un “personnage” qui ne la vit pas par lui-même (thème ô combien abordé, de l’impossibilité de décrire, d’écrire, sa propre mort…). Mais je trouve la deuxième partie de ta question très intéressante : oui, finissant ce livre par l’ajout de deux nouvelles (la première et la dernière, la naissance et la mort), je me suis aperçu et ai vécu, l’étrange façon dont le souvenir opère. L’écriture est toujours revivre le souvenir. La lecture aussi je l’espère, quand un texte est bon, qui plonge, replonge, le lecteur dans les siens propres, qui ne sont évidemment pas les mêmes que ceux de l’auteur mais qui par une vive association, le balance dans la “contemplation”, la réflexion de sa propre vie. Je crois que le souvenir fonctionne un peu comme ça, que là est son mécanisme.

Quelle est la part du réel dans ces nouvelles ?

J’aime dire ou répondre, un peu avec provocation je l’avoue, que tout ce que j’écris est entièrement autobiographique. Évidemment je me cache un peu et pour ce livre en particulier, avoue avoir changé quelques noms de personnes, brouillé un peu les pistes, et avoir mélangé, interverti, plusieurs lieux. Et j’aime aussi, depuis quelques temps avec ce livre (peut-être que la fiction dévoile un peu plus son auteur), retourner la phrase d’Aragon qui parlait du « mentir vrai » : je parle pour ma part de « vérité fausse » ...

Pourquoi avoir planté le décor en Picardie ?

Et bien en complète cohérence avec ce qui vient tout juste d’être dit, parce que ce sont les vrais lieux : Voisinlieu , le plan d’eau du Canada, la cafétéria de l’ancien RN1 Sud, ou encore Longueau, près d’ Amiens , ou Noyelles-sur-Mer près d’ Abbeville … Ce qui m’a du coup, mais aussi par la première nouvelle sur la naissance, replongé plongé, dans une réflexion sur les lieux, ces lieux en particulier, mais comme tous les lieux que chacun possède en lui, et donc différents, qui quarante ans après c’est-à-dire depuis le visage qu’ils ont gardé dans notre mémoire, ont après ce temps passé, tellement changés ! Choc, pour moi, là aussi, et réflexion qui s’est d’ailleurs poursuivie hors du livre puisque j’ai décidé de lire pas mal de passages de ces pages à la fin de la sortie officielle du livre à Voisinlieu qui me sont venues lors d’un reportage photographique destiné à accompagner sa sortie, là, dans ce lieu où j’ai tenu à ce que ce livre sorte. Et on en revient au souvenir, c’est-à-dire au début de cet entretien. Comme quoi ce livre est une belle aventure.

Cet entretien est paru une première fois dans le numéro 3 du journal d’information local le Canard de Troussures en janvier 2009. Il a ensuite été publié sur le réseau Facebook début février.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Alalca ; Marc Alain

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