Maoris sur le front

Les Maoris, populations venues de Polynésie, se sont installés en Nouvelle-Zélande par vagues successives à partir, semble-t-il, du 13e siècle. Des colons britanniques s’installent durablement sur les îles maories (sur l’île du Nord, ’Le Poisson de Màui’, et sur l’île du Sud, ’le Pays du grand nuage blanc’) au XIXe siècle. Au début les Māoris se lancent avec enthousiasme dans le commerce avec ceux qu’ils appellent les Pakeha, et de nombreux iwi (tribus) prospèrent. Mais les conflits se multiplient avec l’augmentation du nombre de colons, pour aboutir aux guerres des années 1850 et 1870, et, en mesure de représailles, beaucoup de terres maories sont confisquées... La Nouvelle-Zélande devient un dominion indépendant de l’empire britannique en 1907.
Au sein de l’armée néo-zélandaise, les Maoris ont servi, pendant la première guerre mondiale, sur trois théâtres d’action : au Samoa, au Moyen-Orient, notamment au cours de la campagne de Galipoli, et, de loin le plus important, sur de front de l’Ouest, notamment pendant la bataille de la Somme, à Longueval.


Longueval, en mémoire des combattants maoris - 2015 Crédits : courrierpicard.fr

Y aller, ou pas ?

Les sentiments des Maoris vis à vis de la guerre sont mitigés. Certains soutiennent l’effort de guerre, et veulent s’engager. D’autres ne veulent pas combattre aux côtés de la Grande-Bretagne, qui « a fait tant de mal aux communautés maoris au XIXe siècle ». (Te Puea Herangi, un des opposants maoris à la participation à la guerre).

Te Puea Herangi, contre la guerre

Les opposants maoris à la guerre sont principalement issus de Taranaki, et de Tanui-Waikato, territoires où leurs terres avaient été confisquées à cause de leur particip rébellion contre la Couronne britannique en 1860.

« Listen, listen, the sky above, the earth below, and all the people assembled here. The killing of men must stop ; the destruction of land must stop. I shall bury my patu in the earth and it shall not rise again ... Waikato, lie down. Do not allow blood to flow from this time on ». (Te Puea Herangi)
« Ecoute, écoute, le ciel au-dessus, la terre en-dessous, et tous les gens assemblés ici. La tuerie doit s’arrêter ; la destruction de la terre doit s’arrêter. Je vais enterrer mon arme dans la terre, et je ne me lèverai pas encore une fois... Waikatu, couche-toi (Ne te lève pas). Ne permet pas que le sang coule de nouveau ».

« Waikato has ’its own King’ and don’t need to ’fight for the British King’. If land that had been confiscated in the 1860s was returned, then perhaps Waikato might reconsider its position. »
« Waikato a son propre roi et n’a pas besoin de combattre pour le roi britannique. Si les terres qui ont été confisquées en 1860 sont rendues, alors peut-être Waikato pourrait reconsidérer sa position ».

Te Rangi Hiroa (Peter Buck), pour combattre


Te Rangi Hiroa (Peter Buck) Crédits : Ambassade de Nouvelle Zélande

Te Rangi Hiroa (Peter Buck), est né d’une mère maori, et d’un père d’ascendance irlandaise. Elevé dans une école anglicane, il n’a cependant jamais renié l’une ou l’autre de ses origines. Sa mère « officielle » Ngarongo, (officielle, car, dans la coutume maorie, si une femme est infertile, et c’était le cas de Ngarongo, une proche peut rejoindre la famille pour ’donner’ un enfant au couple) berce son enfance et son adolescence des traditions et de la culture maories.

Diplômé de médecine, chirurgien, il devient un des médecins ’officiels’ des Maoris.

Dès la déclaration de guerre, il aide à recruter un contingent de Maoris. Il en est le médecin militaire. Peter Blake espère que le patriotisme et la prise de conscience d’appartenir à une même nation aideront à briser les côtés négatifs des traditions tribales, dont il considère qu’elles sont un handicap pour l’épanouissement du peuple maori. Il pense également que s’impliquer dans le combat pourra appuyer les revendications des Maoris de bénéficier d’un statut à égalité avec les ’blancs’.

Le gouvernement néo-zélandais est bien évidemment partagé, quant à l’enrôlement des Maoris : il craint qu’ils ne demandent à être traités à égalité avec les soldats européens, voire ne se retournent contre les autorités !

Cependant, la guerre dure ...

Le bataillon des pionniers Maoris volontaires est créé (notamment par Peter Blake). Tout d’abord cantonné à Malte, le bataillon des pionniers demande à participer aux combats. Ce sera d’abord à Gallipoli, en Turquie, en 1915.
En 1917, la conscription est étendue aux Maoris, et tous sont envoyés sur le front de l’Ouest. Les Maoris sont dévolus, dans un premier temps, à des tâches d’intendance, à la reconstruction des routes, au désamorçage des bombes, ce qui entraîne sans doute une frustration chez les Maoris, peuple guerrier...

Des Maoris bûcherons !


Un bûcheron maori Crédits : ONF

Le 2 août 1914, les chasseurs forestiers sont mobilisés pour aller au front. Depuis le 1875, l’administration des Eaux et Forêts entre dans la composition des forces militaires françaises. En temps de guerre, son personnel doit intégrer des compagnies de chasseurs forestiers.
Matériau multi-usage, le bois sert à étayer les tranchées, à alimenter les fours, à fabriquer des lits, des crosses de fusil, des chemins de fer, des hélices d’avion... Comme les balles, comme le pain, c’est une denrée stratégique.

Détachés auprès des corps d’armée, les chasseurs forestiers ont deux missions essentielles : accompagner et favoriser la progression des troupes en campagne, appuyer le génie dans l’approvisionnement des forces armées en bois. Des soldats américains, des bûcherons canadiens et maoris viennent appuyer les forestiers français. Le bataillon des pionniers maoris a notamment été réquisitionné dans les forêts de l’Oise.

Toi Kanni et Charles Rangiwawahia Sciascia, deux acteurs remarqués de la victoire

Toi Karini combat en Picardie et dans le Nord. Il est blessé à Cambrai en 1917, alors qu’il fait partie du 22e régiment de renforts. Il est plus tard décoré de la Croix de Guerre, mais la citation originale est perdue en 1963 lors des inondations de la côte Est de l’île du Nord. Toi Karini est décédé en 1974.

Selon sa petite fille, Angela Karini, “Mon grand-père n’a pas très souvent parlé de son vécu pendant la guerre, mais, quand il l’a fait, nous avons alors ressenti sa compassion pour le peuple français. C’est une excellente nouvelle que nous puissions recevoir une nouvelle copie de sa citation officielle de la part du gouvernement français. »


En mémoire de Charles Rangiwawahia Sciascia Crédits : RTBF

Charles Rangiwawahia Sciascia s’engage le 17 août 1914. Une démarche qu’il effectue volontairement. Il est maori par sa mère et d’ascendance italienne par son père, et il n’aurait jamais dû intégrer l’infanterie, une division, à ce moment de la guerre, réservée aux blancs. Son enrôlement ne tient qu’à l’origine italienne de son père...

Pourquoi s’engager loin de chez lui ? Le goût de l’aventure et de la découverte du monde ? L’argent pouvant constituer un autre aiguillon, puisque la solde offerte est attractive.

Charles Sciascia est envoyé sur le front ouest, en Picardie, aux côtés des Anglais lors de la bataille de la Somme, en 1916 : entraînée autour d’Abbeville, le Bataillon de Charles Sciascia combat sur le flanc ouest d’une ligne entre High Wood et Delville Wood, près de la ville de Longueval. Il fait route ensuite vers le Nord. Il est tué au combat le 31 juillet 1917, lors de la troisième bataille d’Ypres, quand « pour pouvoir éviter que les troupes allemandes soient acheminées dans ce secteur-là, les troupes néo-zélandaises, australiennes, qui tiennent le secteur vont attaquer, notamment dans une manœuvre de diversion, le quartier qui s’appelle la basse-ville ».. (Dominique Leurident, membre de la société d’histoire de Comines-Warneton).

https://www.facebook.com/CourrierPicardHautePicardie/videos/825561537535335/

Comme des milliers d’autres victimes, le corps du soldat maori n’a pas été retrouvé ou du moins, identifié. Une stèle est érigée à sa mémoire. Pourquoi ce soldat, et pas un autre combattant maori ? Sans doute grâce aux origines italiennes de son père, et à l’intervention d’une ancienne magistrate belge, qui vit une partie de l’année en Nouvelle-Zélande et connaît bien la famille ...

Plus de 2 000 Maoris combattirent avec le ’Native Contigent and Pioneer Batalion’, plus communément appelé Maori Pioneer Batalion.

Né en Angleterre en 1823, le rugby a très vite connu un vif succès dans nombre de territoires de l’Empire britannique. Les équipes de Nouvelle-Zélande ou d’Afrique du Sud sont très réputées ; et les rugbymen australiens ou néo-zélandais viennent se battre sur le sol français. Chez les All Blacks, il n’y avait pas de joueurs de couleur, mais un match de rugby oppose, à Romeries, les Maoris du bataillon des pionniers contre le bataillon d’Auckland. Les Maoris gagnent 27 à 3. Une immense fierté pour les Maoris, victimes, à cette époque, de ségrégation !

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Vous pouvez aussi laisser un commentaire sur cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.