Les vitraux gothiques de la cathédrale de Laon

Rares témoins préservés malgré les guerres

Les vitraux de Laon sont probablement dus à un foyer artistique local, animé par de grands maîtres, qui ont servi de modèle à d’autres réalisations régionales, comme à la cathédrale de Soissons et à l’ancienne collégiale de Saint-Quentin. Aujourd’hui il ne reste que trois pôles vitrés importants dans la cathédrale.

Les vitraux anciens de la cathédrale de Laon font partie des rares témoins de cet art fragile qu’est le vitrail, et qui ont pu être préservés au cours des siècles malgré les aléas de l’histoire.
La construction de la cathédrale gothique de Laon démarre à l’initiative de l’évêque Gautier de Mortagne, et s’échelonne de 1155 à 1230 environ. Aujourd’hui il ne reste que trois pôles vitrés importants dans la cathédrale, la rose des Arts Libéraux à l’extrémité nord du transept, celle du Jugement dernier au-dessus des portails sculptés de la façade occidentale, et les trois verrières accompagnées de la grande rose du chevet. Rappelons que la fonction du vitrail au Moyen Age, n’est pas seulement décorative, elle est avant tout spirituelle. 
Les vitraux de Laon sont probablement dus à un foyer artistique local, animé par de grands maîtres, qui ont servi de modèle à d’autres réalisations régionales, comme à la cathédrale de Soissons et à l’ancienne collégiale de Saint-Quentin. Mais il reste difficile d’estimer quel « foyer » à influencé l’autre, non seulement au niveau régional, mais aussi national : nous savons que Laon n’a pas seulement subi l’influence de Chartres dans le domaine du vitrail, mais que la ville a elle-même innové et inspiré à son tour de grands centres du vitrail.
Depuis longtemps, les vitraux gothiques de la cathédrale de Laon n’ont pas suscités autant de recherches que ce que l’on pourrait croire. Les principales études les concernant restent la monographie d’Adrien de Florival et Etienne Midoux publiée entre 1882 et 1891, la thèse de Florens Deuchler en 1956, ainsi que quelques articles tels que celui de Françoise Perrot en 1995 qui fait un bilan des connaissances de l’époque, en particulier pour ce qui concerne les restaurations de ces vitraux, et celui de Claudine Lautier en 2000, dans lequel elle estime que deux ou trois ateliers ont travaillé à la réalisation des vitraux des lancettes du chevet [retrouver les références complètes des ouvrages cités dans la bibliographie].


La mise en place des vitraux de la cathédrale suit en réalité ses étapes de construction :


La rose encyclopédique du bras nord du transept 



Rose nord de la cathédrale de Laon - Vitraux de la cathédrale de Laon - Rose nord : les Arts libéraux Crédits : Aurélie Bourgeois

Les premiers vitraux qui ont été posés dans la cathédrale sont ceux de la rose nord, qui fut bâtie vers 1170-1180. Cette rose très restaurée ne conserve que le programme iconographique des arts libéraux, les vitraux des baies inférieures ayant été détruits. Cependant, il est certain que le style élégant et noble des verres anciens de cette rose prélude à celui des vitraux du chevet. D’autre part, la disposition des médaillons n’est pas celle d’origine, et celle-ci nous est toujours inconnue. 
La rose septentrionale présente huit médaillons polylobés qui entourent la rosace centrale, elle-même cerclée de huit lobes à motifs floraux stylisés. Dans ces neuf médaillons sont représentés les Arts libéraux, figurés ici par des allégories féminines comme c’est souvent le cas au Moyen Age, car ces images des Arts sont pour une bonne part liée à la réapparition de l’œuvre de Martianus Capella au début du XIIe siècle, Les Noces de Mercure et de la Philologie (Ve siècle), dont elles sont issues. La figure centrale est la Philosophie ou Sagesse, et les huit autres sont (dans le sens des aiguilles d’une montre) la Rhétorique, la Grammaire, la Dialectique, l’Astronomie, l’Arithmétique, la Médecine, la Géométrie et la Musique (normalement Médecine n’appartient pas aux Arts libéraux). Sagesse, la figure centrale, est assise sur un banc, un sceptre à trois fleurs trilobées dans sa main droite et tenant un livre dans la gauche. Sa tête est déjà dans une nuée et l’échelle dressée contre son corps symbolise l’ascension de l’esprit vers cette sagesse grâce à l’étude des sept Arts libéraux.


Ces Arts devaient aider à éclairer l’Écriture : « ainsi, selon une tradition bien établie, les arts libéraux sont une propédeutique à l’étude de la Bible ». Ils étaient enseignés à Laon selon les normes qui remontaient à la fin de l’Antiquité : les études se répartissaient habituellement en deux cycles : le Trivium (grammaire, rhétorique, dialectique), c’est-à-dire essentiellement les disciplines littéraires, puis venait le Quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique) qui concernait les disciplines scientifiques. La Sagesse, appelée aussi Philosophie ou Théologie, était la discipline reine, la source de toutes les autres. 
Face à l’ensemble du nord, la rose et les vitraux qui ornaient le bras sud du transept ont tous disparu. Dans les années 1300, d’autres morceaux de vitraux, avaient certainement été insérés dans la grande fenêtre à remplages. Mais aujourd’hui il n’existe plus dans cette partie du transept qu’une grande verrière géométrique de verre blanc (vitrerie à bornes et à chaînons). Elle se compose de trois baies géminées, surmontées de quadrilobes et rosaces polylobées, de jours de réseau et de trilobes, le tout couronné par une rose de réseau. L’ensemble est certainement très éloigné de ce qu’il était au XIIIe siècle, c’est-à-dire probablement un écho à la rose du bras nord du transept.




La rose occidentale


Rose occidentale de la cathédrale de Laon - Cathédrale de Laon - Rose occidentale : le Jugement dernier Crédits : Aurélie Bourgeois

C’est la rose qui a le plus souffert au cours du temps, et qui a demandé les plus importantes restaurations, déjà au XVIe siècle, puis au XIXe siècle lors de la grande campagne de sauvetage de la cathédrale, la rose a été recomposée presque entièrement par Didron. Il est difficile d’être objectif sur ce vitrail, dont nous ne savons par ailleurs que fort peu de choses. La rose ouest pourrait dater de 1160-1180, et son remplage est quasiment identique à celui de la rose orientale. 
Cette rose met en scène le jour du Jugement dernier. Dans l’oculus central, le Christ, auréolé, est assis sur un arc-en-ciel, et porte les stigmates sur ses mains ensanglantées. Ses plaies au flanc et aux pieds, d’où s’échappent des flammes, symbolisent la charité. Le Christ est représenté comme le Maître du Temps : « […] Et son visage était aussi brillant que le soleil dans sa force » (Apocalypse, I, 16), « Ne craignez point : je suis le premier et le dernier, et celui qui vit. Car j’ai été mort, mais maintenant je suis vivant dans les siècles, et j’ai les clefs de la mort et de l’enfer » (Apocalypse, I, 17-18). La Vierge à la droite du Christ, prie agenouillée, tout comme saint Jean à la gauche du Seigneur. Dans les lobes inférieurs et supérieurs, deux anges en génuflexion prient. La scène centrale est entourée de douze petits lobes à motifs floraux. Le deuxième cercle comprend également douze médaillons : les cinq médaillons supérieurs représentent des anges sonnant de la trompette ou portant les instruments de la Passion, et les sept médaillons inférieurs sont consacrés à différents moments de la Résurrection. Le troisième et dernier cercle de vingt-quatre médaillons est occupé par les douze apôtres (saint Pierre, Jacques le Mineur, Mathias, André, Thomas, Barthélémy, Paul, Jean, Philippe, Barnabé, Jacques le Majeur, Simon), et par des martyrs identifiables grâce à un phylactère ou aux instruments de leur supplice (saint Vincent, Maurice, Clément, Eustache, Polycarpe, Georges, Cyprien, Protais et Gervais - qui sont les deux saint patrons du diocèse de Laon et de Soissons - Laurent, Denis et Etienne). Ils sont représentés assis en conformité avec cette parole de l’Evangile : « Lorsque le fils de l’homme sera assis sur le trône de gloire, vous serez également assis sur les douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël. » Cette cour céleste fait de ces martyrs et apôtres des témoins, assesseurs et intercesseurs du Jugement dernier.


L’ensemble du chevet : glorification de la Vierge et de l’Église en une rose et trois lancettes 


L’ensemble des verrières du chevet a certainement été mis en place autour des années 1200. La rose est imposante par le nombre de ses parties vitrées, leur qualité d’exécution, et l’impression qu’elle donne d’être incrustée dans le mur plat du chevet.


La rose


Rose orientale de la cathédrale de Laon - Vitraux de la cathédrale de Laon - Rose orientale : la Glorification de la Vierge-ÉCathédrale de Laonglise (Vierge à l’Enfant entourée des 12 Apôtres et des 24 Vieillards de l’Apocalypse) Crédits : Aurélie Bourgeois

La rose est un hymne à la gloire de la Vierge et de la puissante Église qu’elle symbolise. La Vierge est assimilée au trône de Dieu puisqu’elle porte sur ses genoux le Christ Enfant, dont la tête est entourée d’un nimbe crucifère. La Vierge elle-même possède un nimbe blanc et une couronne d’or, ce qui la désigne clairement comme Reine des Cieux. Son manteau, d’un rouge vermeil, rappelle la couleur de la rose qu’elle tient dans sa main droite. La rose est un symbole de la virginité de Marie, qui fait également écho à la prophétie d’Isaïe : « Une Vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel » (Isaïe VII, 14), mais c’est aussi un symbole de renaissance et d’amour céleste puisque la rose rouge évoque le sang répandu par le Christ lors de sa mort.


De part et d’autre de la Vierge à l’Enfant, deux anges sont en prière, et deux autres anges, thuriféraires cette fois (qui portent des encensoirs), sont présent dans les lobes supérieurs, tandis que le prophète Isaïe et saint Jean-Baptiste sont représentés dans les deux lobes inférieurs. Autour de ce groupe se trouve un premier cercle constitué de douze lobes avec un décor végétal, évoquant une couronne de fleurs ou d’étoiles.
Dans le deuxième cercle gravitent les douze apôtres (Jacques, André, Jude, saint Paul, Simon, Matthieu, Bartholomé, Jean, Thaddée, Philippe, saint Pierre et Barnabé : curieusement Jude est présent deux fois : sous le nom de Jude puis de Thaddée ; de plus, saint Pierre et saint Paul ne font normalement pas partie des douze apôtres, ils remplacent ici Judas et l’un des Jacques). Dans le cercle extérieur, sont représentés par paire les vingt-quatre Vieillards de l’Apocalypse, ayant tous en main un instrument de musique (vièle, tambourin, harpe, psaltérion, rote) et portant une coupe de parfum. Ces Vieillards apparaissent dans l’Apocalypse de saint Jean lorsque ce dernier a une vision de la cour céleste qui entoure l’Eternel : les vingt-quatre anciens honorent et chantent les louanges de Dieu lors de la seconde Parousie. 


Les trois verrières légendaires


Les trois verrières de la cathédrale de Laon - Vitraux de la cathédrale de Laon - Lancettes du chevet : Vie de saint Étienne et miracle de Théophile ; Passion du Christ ; Incarnation Crédits : Aurélie Bourgeois

Sous la rose se trouvent les trois lancettes dites légendaires (verrière narrative dont la composition est conçue comme une juxtaposition de scènes) qui se lisent chacune de droite à gauche, et de bas en haut. 
Il faut, pour lire dans l’ordre chronologique de l’histoire biblique les verrières du chevet, commencer par la lancette de droite . La baie est divisée verticalement en deux, et horizontalement en douze registres. Dans chaque panneau prend place un médaillon circulaire qui présente une scène figurée (il y a donc vingt-quatre médaillons, qui vont par paire le plus souvent). Une frise décorative, à feuillage simple vert et bleu sur un fond rouge, encadre la baie. Cette dernière est consacrée à l’Enfance du Christ, mais elle est entrecoupée de sept scènes typologiques, c’est-à-dire de scènes de l’Ancien Testament mises en parallèle avec certaines du Nouveau Testament (ce qui est annoncé dans l’Ancien Testament doit se révèler dans le Nouveau). Ces épisodes ont essentiellement pour but, dans le cas présent, d’insister sur la maternité virginale de Marie. Les thèmes de chaque médaillon sont les suivants : Annonciation, Visitation, Nativité (2 panneaux), Annonce aux bergers (2 panneaux), Adoration des Mages (2 panneaux), Présentation de Jésus au Temple (2 panneaux), Toison de Gédéon, Moïse et le Buisson ardent, Fuite en Egypte (2 panneaux), Songe des Mages, Retour des Mages, le prophète Daniel, chute des idoles, Sacrifice de Caïn et Abel, Présentation de Samuel au Temple, Hérode ordonnant le massacre des Innocents (2 panneaux), Deux anges thuriféraires.


La lancette axiale


Lancette axiale de la cathédrale de Laon - Vitraux de la cathédrale de Laon - Lancette axiale (détail) : scènes du Chemin de Croix, la Crucifixion, et la mise au tombeau du Christ. Crédits : Aurélie Bourgeois

Cette lancette la plus importante, est celle de la Passion du Christ. La baie est légèrement plus large que celles qui l’entourent, et possède également une frise à motif végétal servant de bordure mais celle-ci est plus élaborée que celles des deux autres verrières. La lancette est divisée horizontalement en dix registres, et verticalement en deux. Les cinq grands médaillons circulaires sont divisés en quatre panneaux, le sommet et le bas de la verrière ne possèdent que deux panneaux. Intercalés entre ces médaillons, cinq quadrilobes prennent place à la croisée des barlotières, au centre de la baie. La verrière compte donc vingt-cinq médaillons au total, les quadrilobes mettant bien entendu en évidence les scènes les plus importantes, tandis que celles des grands médaillons circulaires vont souvent par paire comme dans la lancette de droite. Le sujet de cette verrière est assez classique puisqu’il s’agit dans la plupart des scènes de magnifier l’histoire terrestre du Christ. Par contre le style de ces vitraux est tout à fait remarquable puisqu’ils sont, avec la rose du chevet de Laon, reconnus pour être un des meilleurs exemples de ce que les historiens de l’art appellent le « style 1200 » (style antiquisant voire byzantinisant qui se caractérise par un aspect « vallonné » des drapés, et serrés all’antiqua, ainsi que par la recherche de l’harmonie dans les compositions. C’est un style de transition qui couvre chronologiquement les années 1180-1230/40, et géographiquement les régions du nord de la France et de la Meuse). Les scènes représentées dans cette lancette sont : l’Entrée du Christ dans Jérusalem (2 panneaux), la Cène, le Lavement des pieds (2 panneaux), le Christ et les Apôtres au Jardin des Oliviers (2 panneaux), l’Arrestation de Jésus, le Christ devant Caïphe, la Flagellation, la montée au Calvaire (2 panneaux), la Crucifixion, la Mise au tombeau (2 panneaux), l’Apparition du Christ à Marie-Madeleine (Noli me Tangere), les Saintes Femmes au tombeau, Pierre et Jean au tombeau, les Disciples d’Emmaüs (2 panneaux), la Contemplation de l’Ascension (2 panneaux), l’Ascension, Deux anges thuriféraires.



La dernière lancette , celle de gauche, est semblable à celle de droite par son armature (vingt-quatre médaillons allant le plus souvent par paire ; se reporter deux paragraphes plus haut). Ceci étant, le contenu est très différent : les six premiers médaillons représentent le martyre de saint Étienne, et sans transition, les dix-huit autres traitent du miracle de Théophile.

La Vie de saint Étienne

Les sources dont nous disposons sont les Actes des Apôtres, où le futur saint apparaît au chapitre 6. L’Evangéliste Luc raconte comment Etienne fut choisi le premier parmi sept diacres (du grec diakonos, serviteur ; le diacre est collaborateur de l’évêque dans son caractère ministériel) qui furent institués par les apôtres pour répondre aux besoins quotidiens et matériels de la jeune communauté. Etienne est désigné comme un « homme plein de Foi et d’Esprit Saint », qui multiplie les « signes et les prodiges ». Mais il sera accusé par de faux témoins d’avoir blasphémé, et se retrouve devant un tribunal religieux, le Sanhédrin. Il doit se justifier de ces accusations et se lance dans un long discours (Actes VII, 1-53) où il met en cause la capacité du peuple juif à recevoir la parole des prophètes envoyés par Dieu : « Hommes à la nuque raide (...) » leur dit-il, « lequel des prophètes vos pères n’ont-ils pas persécuté ? » (Actes VII, 51-52). En effet, le Christ, ultime prophète, avait lui-même été accusé de vouloir changer la loi de Moïse, et il fut également mis à mort. Pour finir, Etienne est entraîné hors de la ville et lapidé comme blasphémateur devant un certain nombre de témoins, dont Saül. La Vie de saint Etienne est présentée comme telle dans les vitraux de Laon : l’élection de saint Etienne par deux apôtres (1er médaillon), Etienne devant le Sanhédrin (tribunal ecclésiastique des juifs) : le médaillon est complétement moderne donc il n’est pas certain qu’il y ait eu ce sujet à l’origine (2e médaillon), Etienne accusé par deux faux témoins devant le Grand Prêtre (3e médaillon), saint Etienne est entraîné hors de la ville (4e médaillon), les spectateurs du martyre d’Etienne (présence de Saül à qui les bourreaux ont laissés leurs vêtements, 5e médaillon), et la lapidation de saint Etienne (6e médaillon).

L’histoire de Théophile

Théophile était économe (administrateur des biens religieux, responsable d’économat) de l’église d’Adana (1er médaillon), en Cilicie (actuelle Turquie). Il s’acquittait fort bien de sa tâche, et l’évêque se reposait entièrement sur lui pour administrer les biens du diocèse. L’évêque vint à mourir et son remplaçant nomme un autre que Théophile au siège d’Adana avant de le renvoyer définitivement (2e médaillon). Théophile fuit devant des démons qui détruisent une église. Il ne porte plus son costume d’économe, mais une tunique verte et un drapé mauve. Le nom « TIOFILUS » est nettement visible dans la partie inférieure du panneau (3e médaillon). Affligé et dépité, Théophile s’adresse alors à un Juif, Saladin, qui le met en rapport avec Satan (4e médaillon). Le Juif présente Théophile au diable qui lui promet qu’il obtiendra ce qu’il veut s’il renie par écrit le Christ et la Vierge Marie (5e médaillon). Théophile accepte, signe le contrat (6e médaillon). Le lendemain, l’évêque rappelle Théophile et lui rend sa charge (7e médaillon : Théophile recouvre sa dignité et ses richesses ; 8e médaillon : Théophile, assis sur un trône richement décoré, reçoit des hommages et des présents ; 9e médaillon : Théophile assiste à l’édification d’un édifice, probablement une église dont il supervise la construction, qu’il bénit). Mais Théophile est bientôt saisi par le remord. Il se lamente, passe quarante jours à jeûner, prier et pleurer. Il se rend alors à l’église (10e médaillon) et il y prie ardemment la Vierge Marie (11e médaillon). La Vierge finit par apparaître à Théophile et lui rappelle la gravité de sa faute (12e médaillon). Il la supplie, et après une longue confession de foi, la Vierge accepte enfin d’intercéder pour lui. Elle lutte contre Satan qu’elle transperce avec sa lance pour récupérer le pacte diabolique (13e médaillon). La Vierge apprend ensuite à Théophile que son divin Fils lui a pardonné, et elle lui rend le parchemin signé avec le démon (14e médaillon). Le lendemain, un dimanche, Théophile va trouver l’évêque pour lui conter son histoire en détails et lui remettre le contrat maudit (15e médaillon). À la demande de Théophile, l’évêque brûle le pacte puis il donne la communion à l’économe repenti (16e médaillon : L’évêque reçoit Théophile comme pénitent et l’absout. En punition de sa mauvaise conduite, Théophile est flagellé). L’évêque annonce aux fidèles le miracle du haut du jubé, ce qui est l’occasion pour lui de dire un sermon qui insiste sur la nécessité du repentir et l’immensité de la miséricorde divine (17e médaillon). Théophile rend l’âme trois jours plus tard (18e médaillon). 
Cette lancette de gauche a particulièrement freiné les interprétations des historiens de l’art à cause de cette superposition de deux thèmes apparemment sans rapport : le miracle de Théophile et le martyre de saint Etienne. Le changement entre les deux thèmes est d’ailleurs très brusque. La légende de Théophile symbolise la puissance de la Vierge, et elle était très populaire au Moyen Age, ce qui constitue, pour une part, une explication dans le choix d’en donner une illustration dans cette verrière. Il peut donc paraître curieux de trouver six médaillons consacrés à saint Etienne au chevet d’une cathédrale qui est par ailleurs consacrée à la Vierge.


Conclusion

À l’exception des trois grandes roses évoquées et des trois verrières du chevet, toutes les autres baies de la cathédrale sont garnies de verre blanc (à l’exception de certaines verrières du XIXe et XXe siècle mises en place dans les collatéraux et certaines chapelles). Il ne reste donc aujourd’hui qu’une faible partie de la vitrerie d’origine de la cathédrale de Laon, ce qui modifie considérablement notre vision de tout l’ensemble vitré, qui devait être bien plus riche. En réalité nous ne savons presque rien du programme iconographique originel dans les baies de la nef. On ne trouve pas non plus mention de vitraux dans les fenêtres hautes, mais il n’est pas interdit de penser que des fenêtres basses à scènes multiples s’opposaient à des fenêtres hautes ornées de grands personnages, comme à Soissons, Sens, et Chartres. N’oublions pas que ces vitraux entraient dans un programme iconographique logique comprenant aussi la peinture murale et le décor sculpté, qui fut très probablement élaboré par l’évêque et le collège des chanoines lors de la construction de la cathédrale gothique.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Bourgeois Aurélie

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