Les fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale

Réhabilitation

Point n’est besoin d’attendre 1917 pour trouver des « fusillés pour l’exemple », victimes, dans une bataille confuse, d’ordres confus.


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

Vingré, au nord-est de Soissons, dans le département de l’Aisne.

27 novembre 1914, vers 17 heures. Les soldats du 298e régiment d’infanterie prennent leur repas dans une tranchée, en première ligne. Après une violente préparation d’artillerie, ils sont surpris par une attaque allemande. Le sous-lieutenant Paulaud, l’officier qui commande les deux escouades occupant ce secteur du front, donne alors l’ordre de repli. Plus tard, la position est reprise, mais, dans la confusion de la mêlée, des soldats français parviennent à fausser compagnie à l’ennemi, tandis que d’autres demeurent prisonniers.
Ces vingt-quatre hommes de troupe sont bientôt prévenus « d’abandon de poste en présence de l’ennemi » et donc passibles du Conseil de guerre.

Lors de l’enquête préliminaire, l’officier charge ses hommes, et nie avoir donné l’ordre qu’on lui imposait..

Le 3 décembre, l’institution militaire, à l’issue d’un tirage au sort, désigne six d’entre eux : le caporal Floch et les soldats Durantet, Blanchard, Gay, Pettelet et Quinault.

Ceux-ci sont fusillés « pour l’exemple », le 4 décembre 1914, pour « aider les combattants à retrouver le goût de l’obéissance », suivant les directives données à ce conseil par le général Étienne de Villaret.

Dès la fin du conflit cependant, les veuves des « martyrs de Vingré », leurs camarades de régiment multiplient les démarches pour obtenir leur réhabilitation. Le ministère public accepte bientôt la révision du procès.


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

La Cour de Cassation donne alors audience du 30 novembre au 1er décembre 1920, puis rend son verdict le 29 janvier 1921 suivant. Celui-ci casse le jugement du 4 décembre 1914, réhabilitant donc les fusillés pour l’exemple de l’Aisne et rétablissant leurs familles dans leur plein droit, y compris pour le paiement des arrérages de pension depuis 1914.
Les officiers concernés sont également mis en cause, sans que les enquêtes les concernant aboutissent.


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

Quelques années plus tard, un monument à la mémoire des fusillés de Vingré est édifié sur les lieux mêmes de leur exécution. Il est inauguré le 5 avril 1925, en présence de nombreux anciens combattants du 298e Régiment d’Infanterie, suite à une souscription et une campagne de presse orchestrées par la Ligue des Droits de l’Homme. Sur le monument, que surmonte le drapeau national, une inscription rappelle toujours ces faits dramatiques au passant : « Dans ce champ sont tombés glorieusement… ».


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

Et aujourd’hui ?


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

Les fusillés de Vingré ont récemment ressurgi dans la mémoire collective. Celle-ci avait pendant longtemps occulté ces faits concernant le début du conflit, au profit d’autres événements liés aux mutineries de l’année 1917 sur le Chemin des Dames, de plus grande ampleur (elles affectent plus de 150 unités ! ) et d’une plus grande charge idéologique et émotionnelle.

Si Guy Pedroncini a depuis longtemps (1967 !) exhumé ces derniers faits, il aura fallu attendre les travaux du général Bach et l’année 2003 pour disposer d’une étude précise sur la justice militaire et son fonctionnement, d’une comptabilité précise des fusillés pour l’exemple de la Grande Guerre. Et, au total, entre 1914 et 1918, plus de 550 soldats sont passés par les armes, dont 56 dans l’Aisne, tous pour la plupart jugés dans les premiers mois de la guerre.

Alors, si les « martyrs de Vingré » font exception, celle-ci est plutôt due à l’ampleur de la mise en accusation. Vingt-quatre prévenus !


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

Ces vicissitudes de la mémoire collective font également l’objet de l’attention des historiens. Parmi celles-ci figure donc en bonne place la polémique liée au discours prononcé à Craonne, le 5 novembre 1998, par le premier ministre, Lionel Jospin, qui souhaitait « réintégrer pleinement » les fusillés de l’année 1917 dans « notre mémoire collective nationale ».

L’historien dirait qu’ils n’en sont jamais sortis …

Différente est la démarche du Conseil général de l’Aisne.

Le 4 décembre 2004 en effet, à l’occasion du 90e anniversaire de l’exécution de Vingré, les six fusillés ont été faits « citoyens d’honneur de l’Aisne » par son Président, Yves Daudigny.


Monument des fusillés de Vingré (Aisne) - Le monument des fusillés de Vingré (Aisne) Crédits : CRDP d'Amiens

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Picardia ; CRDP Picardie

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