Lapostolle, Alexandre-Ferdinand

Pharmacien (1749-1831)

Botaniste, chimiste et physicien, cet apothicaire consacre sa vie à l’enseignement et à l’amélioration du quotidien de ses concitoyens. On le nomme le Benjamin Franklin amiénois pour son invention d’un parafoudre et d’un paragrêle en corde de paille.


Alexandre-Ferdinand Lapostolle Crédits : Archives de la Somme

 
Alexandre-Ferdinand Lapostolle (né le 21 décembre 1749 à Maubeuge, mort le 18 décembre 1831 à Amiens) est un pharmacien du nord de la France. Botaniste, chimiste et physicien, il consacre sa vie à l’enseignement et à l’amélioration du quotidien de ses concitoyens. Admirateur de Benjamin Franklin, il invente au début du XIXe siècle un parafoudre et un paragrêle en corde de paille.

Un apothicaire au service de sa ville d’adoption
 
Orphelin à l’âge de douze ans, Lapostolle étudie au collège de Maubeuge, sa ville natale, et se découvre une passion pour l’herboristerie. Il passe deux années d’apprentissage auprès d’un apothicaire dans le Hainaut et se décide à suivre la même carrière. Il se rend à Paris, suit avec assiduité les cours de Mège, puis devient l’élève d’Antoine-Alexis Cadet de Vaux, un des pharmaciens français les plus réputés de l’époque. Il écoute dans le même temps et avec un intérêt grandissant les cours donnés par Rouelle, Baumé, Macquer et Sage, pères de la physique et de la chimie en France.

 

Lapostolle, homme de passion, est alors tout près de passer à côté de sa vocation. Un désespoir amoureux l’amène à effectuer une retraite dans un cloître des Chartreux, à Moulins. Il revient malgré tout à ses premières amours et finit son compagnonnage aux côtés de Cadet de Vaux. C’est sur les conseils du savant parisien que le jeune chimiste se rend, muni d’une solide lettre de recommandation, à Amiens chez le maître-apothicaire Vallot. Sa carrière est lancée.
Les débuts d’exercice s’avèrent difficiles pour Lapostolle : n’étant pas Amiénois de souche, les apothicaires de la ville s’unissent contre sa venue. Marié à la fille Vallot, il s’impose pourtant rapidement dans la capitale picarde. Ses connaissances et ses compétences, associées à son implication dans la lutte contre l’épidémie de rhume en 1774, lui attirent vite la reconnaissance des habitants. Lapostolle devient maître-apothicaire à son tour et s’installe rue Saint-Martin.

Ses pairs le reconnaissent enfin comme un des leurs, tout comme l’ensemble du corps médical amiénois. Le pharmacien endosse alors de nombreuses responsabilités, pour collectionner au cours de sa carrière honneurs et distinctions :
 ■apothicaire du Roy (dès 1786) ;
■vice-consul d’Espagne pour les affaires commerciales près de la nation française ;
 ■agent inspecteur dans les départements de la Somme, de la Seine inférieure, de l’Oise et du Pas-de-Calais pour perfectionner la fabrication du salpêtre ;
 ■membre de la commission des poids et mesures ;
■président de la section d’agriculture de l’Académie ;
■membre du Jury Médical de la Somme, de la Société Médicale et de la majorité des sociétés savantes, du conseil municipal et de la commission des hospices !

De la pédagogie…
 
Dès 1777, alors qu’il n’a pas encore trente ans, Lapostolle donne des conférences de vulgarisation à la Société Industrielle, à la Société d’horticulture… Ses cours sur la chimie, qu’il considère comme « la Mère des Arts », remportent au Couvent des Jacobins puis au Jardin du Roy un vif succès : on compte parmi ses auditeurs l’abbé Reynard, les futurs ministres Dejean et Roland De La Platière ou encore le comte d’Agay. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire intervenir à ses côtés son ami Antoine Parmentier, le célèbre agronome picard qui s’efforce de promouvoir la consommation de la pomme de terre dans tout le royaume.

 Lapostolle est convaincu que ses connaissances peuvent améliorer le quotidien des Picards : il publie des mémoires et joue un rôle actif dans l’essor des sociétés savantes. La toute nouvelle Académie des Sciences, de l’Agriculture, du Commerce, des Belles-Lettres et des Arts, refondée en 1803, fait de l’apothicaire son premier chancelier. Le savant, désireux d’assurer de bonnes récoltes à la Picardie agricole en les préservant des intempéries, rédige en 1820 son Traité des parafoudres et des paragrêles en corde de paille, précédé d’une Météorologie Electrique.

 

Figure du monde scientifique amiénois et hygiéniste, Lapostolle analyse aussi les eaux des fontaines et des puits de la ville, puis participe à l’institution du comité de salubrité amiénois – un des tous premiers comités de salubrité municipaux de France après celui de Paris. L’objectif de cette réunion de médecins et de pharmaciens, encadrée par le préfet de la Somme et le maire d’Amiens, est noble : rendre les quartiers populeux salubres, intervenir dans les plans d’alignement des rues, créer des espaces verts, intervenir auprès de la population pour imposer une meilleure hygiène privée. Lapostolle, en siégeant à ce comité, devient un instructeur au chevet des Amiénois.

 
… à l’enseignement
 
Le 22 mars 1804, Alexandre-Ferdinand Lapostolle, associé au comité de vaccine du département de la Somme, fait partie des membres fondateurs de l’École de Santé d’Amiens. Il crée une chaire de « Chimie, Pharmacie et Histoire Naturelle », qu’il occupe tout naturellement. Les cours qu’il y dispense sont à l’image des conférences de vulgarisation passées : l’apothicaire enseigne aux futurs officiers de santé la chimie pharmaceutique, la pharmacie pratique et l’histoire naturelle des drogues usuelles. Il occupera la chaire jusqu’au dernier jour de son existence.

Fin de vie
 
Lapostolle meurt le 18 décembre 1831, à l’âge de 82 ans et entouré de ses élèves toujours attirés par le savoir encyclopédique du maître. Toute sa fortune est léguée aux pauvres, son cabinet – fruit de quatre décennies de recherches et de travaux – est abandonné à la Ville d’Amiens.
Monument funéraire de Lapostolle, Cimetière de la Madeleine, Amiens

L’apothicaire est inhumé au cimetière de la Madeleine, dans la partie réservée aux « Bienfaiteurs » d’Amiens. Sa sépulture est un chef-d’œuvre des frères Duthoit : sous son effigie, un bas-relief représente la physique et la chimie. Et le rêve jamais réalisé de Lapostolle : un paysage picard couvert de parafoudres et de paragrêles en corde de paille.

 
Bas-reliefs des frères Duthoit – Détails du monument funéraire de Lapostolle, cimetière de la Madeleine, Amiens

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Berlemont Henri

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