Lamps, René

Instituteur, résistant, et homme politique

Instituteur, résistant, élu populaire, humain et humaniste, René Lamps a marqué l’histoire de sa ville, Amiens.


René Lamps Crédits : lamps.fr

Fils d’un chef-mécanicien,et d’une couturière, René Lamps, né le 8 novembre 1915, vit sa petite enfance dans le quartier Saint-Acheul à Amiens, fief, avec Longueau, des cheminots. Après le décès prématuré de son père -il est alors âgé de 11 ans-, il poursuit, malgré les difficultés financières, ses études, et réussit le concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs d’Amiens. Second lauréat de sa promotion, il exerce à Corbie dès 1934, où il rencontre Julia Lemaire, fille de Léon Lemaire, maire communiste de Corbie ; Julia, qui deviendra Julia Lamps en 1942, est elle-même engagée et membre du parti communiste depuis l’âge de 15 ans.

Sportif (hockey sur gazon, longue paume), musicien (violon et cor d’harmonie), et passionné de marionnettes picardes, René Lamps a plus d’une corde à son arc. Il fonde, avec Maurice Domon, Chés Cabotans, et devient occasionnellement sculpteur sur bois, décorateur et manipulateur de marionnettes jusqu’en 1942.

L’engagement politique

Son engagement politque passe d’abord par le pacifisme : il refuse de suivre la préparation militaire supérieure proposée à tous les élèves-maîtres, et, pour ne pas porter les armes lors de son service militaire (1936-1938), passe le concours de l’Office national de la météorologie. Mobilisé en 1939 et toujours antimilitariste, il retrouve le service météo et y devient instructeur. Après la débâcle des armées françaises, il rentre à Amiens et devient professeur de mathématiques au collège de garçons jusqu’au printemps 1944, en remplacement du titulaire prisonnier de guerre.

La résistance


René Lamps Crédits : politiquemania.com

Julia s’est engagée dès 1940 dans la résistance ; elle est agent de liaison entre les militants clandestins et les premiers groupes de résistance, et fait passer des clandestins de la zone interdite à la zone occupée. C’est elle qui pousse René à s’engager également... Dans la résistance passive, au sein de son premier établissement, en n’appliquant pas les directives de Vichy, et au sein de Chés Cabotans, lorsqu’ il profite des représentations de la troupe et « (de) la langue picarde pour dénoncer l’occupation, provoquant les rires des gens et des allemands présents dans l’assistance qui ne comprenaient pas, mais qui, voyant rire les gens, riaient aussi... » Témoignage de Julia Lamps.

L’action de René Lamps résistant est multiple : il élabore et diffuse des journaux clandestins, organise des sabotages et fabrique des faux papiers… Il est membre de l’état-major des Francs-tireurs et partisans, adjoint du commandant Loisy-Jarnier, puis secrétaire régional en 1944. En mai 1944, il entre totalement dans la clandestinité et devient, ainsi que son épouse, membre du Comité départemental de Libération. En 1945, il est désigné, par ses camarades, membre suppléant du Comité central du P.C.F.

A la libération, René Lamps est un novice en polique, mais il a fait ses preuves dans la clandestinité : la résistance a transformé René Lamps, le militant anonyme, en une personnalité locale qui dispose à partir de ce moment, de l’estime de ses camarades comme de ses concitoyens.

Un élu populaire

Choisi au poste de secrétaire fédéral du PCF, René Lamps est l’organisateur des obsèques de Jean Catelas, figure héroïque du martyre communiste, et devient son héritier politique dans la presse communiste locale. Enfin, le soutien actif de son beau-père, Léon Lemaire, fondateur du P.C.F. dans la Somme après le Congrès de Tours de 1920, maire et conseiller général de Corbie, lui est pleinement acquis.
René Lamps se présente à l’élection de l’ Assemblée nationale constituante. Le scrutin de liste à représentation proportionnelle avait été rétabli. René Lamps, situé en deuxième position sur la liste communiste conduite dans la Somme par Louis Prot, maire de Longueau, est élu. Il est réélu en 1946, 1951 et 1956.
En 1958, le retour au scrutin uninominal à deux tours lui est fatal.
En 1962, candidat unique de la gauche, il redevient député. Il est réélu en 1967, 1968 et 1973. En 1978, il céde la place à Maxime Gremetz.
Membre de la commission des finances, René Lamps intervient régulièrement en commission et à la tribune sur les questions financières et budgétaires jusqu’à la fin de sa carrière parlementaire.

Il est conseiller général du canton de Domart-en-Ponthieu de 1959 à 1976.

La personnalité de René Lamps a grandement favorisé sa carrière politique. Sa simplicité, son intégrité et son sens du dialogue lui ont permis de rassembler, sur son nom, toutes les voix de gauche et même au-delà jusqu’en 1989.

René Lamps, maire d’Amiens

En 1971, la gauche amiénoise, pionnière à cet égard, réédite la formule inaugurée en 1965 d’une liste d’union pour les élections municipales, mais cette fois-ci avec René Lamps, député communiste, comme tête de liste. Le succès est au rendez-vous. La liste d’union de la gauche bat largement le maire sortant, Maurice Vast, ancien membre de la S.F.I.O., rallié aux centristes et à la droite. Amiens devient ainsi la seule capitale régionale gérée par un maire communiste.
« La personnalité de René Lamps a grandement facilité les rapports entre socialistes et communistes », (Jean-Claude Dessein, dirigeant socialiste local). « Courtois », réfléchi", « droit », « homme de dialogue », « honnête », tels sont les qualités d’ouverture et de consensus de René lamps, dont témoignent ses co-listiers socialistes !
René Lamps fut réélu maire d’Amiens en 1977 et 1983.

Le bilan de René Lamps maire est surtout marqué par les efforts portés sur la question scolaire, et sur la vie culturelle de la cité : 26 écoles maternelles, 9 écoles primaires et 3 collèges supplémentaires, 28 centres de loisrs, 3 crèches municipales, des gymnases, et des terrains de sport. Des subventions sont accordées aux associations des secteurs culturel et sportif, à la Maison de la culture ; une Maison du Théâtre est créée, et chaque quartier bénéficie d’un centre socio-culturel...

René Lamps est mort en mai 2007. Une école du quartier Saint Acheul où il vécut toute sa vie a été baptisée de son nom et de celui de son épouse.


Ecole Julia et René Lamps, rue de Mercey Crédits : larcher.c.free

Contributeur(s) initial(ux)

LAVAL Nadine

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