Jacquerie, entre mémoire et oubli

Colloque de Clermont (2008)

Pour le 650e anniversaire de la Jacquerie, le colloque de Clermont, organisé sur le lieu du supplice du « roi des Jacques » Guillaume Calle et de ses compagnons de révolte, permet de redécouvrir la révolte des Jacques, intense et violente.

Présentation du Colloque : « 1358 -1958 - 2008, La Jacquerie, entre mémoire et oubli » des samedi 4 et dimanche 5 octobre 2008 à l’Hôtel de Ville de Clermont (Oise)

 
Guillaume Calle (Jacques Bonhomme), par Victor Nicolas Crédits : Victor Nicolas, Wiki commons

Contexte

C’est devant le Mur des Fédérés au cimetière du Père Lachaise que l’on commémore chaque année la Commune de Paris. De la même façon, et avec une pensée pour Louise Michel, qui y fut prisonnière, c’est à Clermont, les 4 et 5 octobre 2008, sur le lieu même du supplice du « roi des Jacques » Guillaume Calle et de ses compagnons de révolte, que se tiendront deux journées de colloque pour le 650e anniversaire de la Jacquerie. Elles réuniront, dans le très bel Hôtel de Ville du XIVe siècle de la ville du centre de l’Oise, à une heure de Paris, des universitaires, des médiévistes et des historiens chevronnés, mais aussi des syndicalistes et des libres penseurs, car il s’agit pour nous de saluer au passage l’action de nos aînés.

Le programme est riche et chargé. Ce sera l’occasion de découvrir ou de redécouvrir un épisode dramatique oublié de l’Histoire de France. Intense et violente, la révolte des Jacques, autrefois enseignée dans les écoles, a maintenant disparu de tous les manuels scolaires. Que sait-on encore de cette grande révolte ?

Contemporaine de celle d’Etienne Marcel dont le nom persiste au moins dans la mémoire des Parisiens qui prennent le métro, elle ne dit plus rien aux jeunes et même l’expression « arrête de faire le Jacques » n’est plus comprise des enfants. Vaincue, mais annonçant à plusieurs siècles de distance la fin de la féodalité, elle dérange encore parce qu’elle reste le symbole de la légitimité de dire non à l’insupportable. Ces révoltés du Moyen Age ne voyaient-ils pas leurs droits bafoués par des édits royaux revenant sur des chartes signées deux siècles plus tôt ? N’étaient-ils pas obligés de se cacher pour survivre et échapper aux bandes d’une guerre qui dura Cent ans (quelquefois sous terre, comme en témoignent encore la ville souterraine de Naours et les muches de Domqueur dans la Somme et la présence d’autres caches et tunnels partout ailleurs) ? Le plat pays était ravagé par la Peste noire, les armées du roi de France et celles de son cousin le roi d’Angleterre. De cette époque datent aussi la Loi Salique qui supprime le droit de succession aux filles et la naissance de feu le premier Franc, frappé pour payer la rançon du Roi. De là viendrait peut-être aussi, prétendent certains farceurs, une sagesse populaire encore fort usitée « père gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche » !

Cité par l’historien Emile LAMBERT dans le livre qu’il publia en 1967 sur Villers St Paul, Jules MICHELET écrivait : « Les souffrances du paysan avaient passé la mesure ; tous avaient frappé dessus comme sur une bête tombée sous la charge ; la bête se releva enragée, et elle mordit.. » et Emile LAMBERT ajoute : « la Jacquerie est une vengeance de désespérés, de damnés ; c’est la protestation du bon droit, - et du droit à la vie-, contre une oppression séculaire, mais aussi, à l’origine, un moyen de résister aux brigandages. L’exaspération des humbles, chiens enragés, les pousse aux pires excès et, dans la folie de leur désespoir, ils veulent faire payer cher en quelques jours un arriéré de plusieurs siècles. »

Symbole des révoltes populaires, c’est de Jacques Bonhomme qu’il sera question, du Moyen Age à nos jours, de son courage mais aussi de la démocratie et de sa sauvegarde car, comme l’a écrit Maurice DOMMANGET : « La démocratie prend sa source dans la volonté intransigeante et toujours en éveil, de se mutiner contre l’arbitraire et l’oppression ». La Fédération de la Libre Pensée renoue ainsi avec la tradition des libres penseurs de l’Oise qui avaient commémoré la Jacquerie il y a cinquante ans, autour du Conseil syndical du SNI et en particulier de Maurice DOMMANGET (1888-1976), syndicaliste, historien, libre penseur et instituteur de l’Oise.

 

Deux thématiques sur deux jours :

 

Samedi 4 octobre : La Jacquerie, révolte des petites gens, évènements et contexte

LA JACQUERIE, REVOLTE DES PETITES GENS, EVENEMENTS ET CONTEXTE Pierre RIGAULT, Membre fondateur de la Société Archéologique de Creil : Carriers d’antan, Jacques et lieux de mémoire : depuis l’Antiquité, les hommes de la région de Creil exploitent les richesses de leur sous-sol. En mai 1358, lorsqu’explose la Jacquerie, les paysans-carriers de Saint-Leu-d’Esserent et des alentours ont déjà, derrière eux, une histoire millénaire. Leur engagement dans le combat inégal qui conduira leur mouvement désespéré à l’anéantissement a laissé dans la région des cicatrices perceptibles qu’il nous appartient de revisiter..
 
Ghislain BRUNEL, Archives Nationales (Paris) - Archives de la révolte et lettres de rémission : les serfs de la cathédrale de Laon (1338) et les Jacques (1358) : pour contrebalancer la vision des événements historiques que font prévaloir les textes des chroniques médiévales, grâce à leur réalisme et leur force de persuasion, les archives de la justice publique et des autorités de tout rang (roi, prince, seigneur d’Église) sont scrutées avec grande attention par les historiens. Les lettres de rémission octroyées par le roi de France pour gracier des condamnés ou absoudre un délit à l’avance sont ainsi des sources fondamentales pour l’histoire de la première révolte populaire connue dans la France du XIVe siècle, celle des serfs du Laonnois, et de la Jacquerie qui éclate vingt ans après. Quelques exemples tirés des registres de la chancellerie royale serviront à comprendre le sens de ces documents et à en montrer toute la richesse.
 
Bettina BOMMERSBACH, Université de Bielefeld (Allemagne) - Violence dans la Jacquerie de 1358 : « faire couler à plaisir le sang » ? : la Jacquerie de 1358 n’a longtemps été vue que comme une « abominable orgie » (Jules Flammermont) traversée d’« horreurs sanglantes » (Siméon Luce). Cependant une analyse systématique des actes et des formes de violence, qui nous sont principalement connus à travers les lettres de rémission conservées aux Archives nationales, permet une description plus précise des motivations et des objectifs des acteurs de cette grande révolte du XIVe siècle.

Marie GUERMONT, Professeur d’histoire : La loi salique : un roman célèbre retraçant les malheurs des Capétiens après l’exécution des Templiers s’intitule « Les Rois Maudits » ; il aurait sans doute été plus conforme à la réalité historique de traiter des « Reines Maudites » : princesse étranglée dans sa prison, diminution du pouvoir juridique et patrimonial des femmes même de haute naissance, et, surtout, en 1316, puis en 1328, interdiction aux femmes du lignage royal de succéder et même de transmettre la succession à la couronne de France. Il paraît, selon l’Evangile, que « les lys ne filent point ». Avec plus de 40 ans d’écart, la re-découverte de la Loi Salique justifie, a posteriori, en la raccrochant à un passé mythique, l’éviction des femmes et de leur descendance du trône de France…
 
Gérard LECOEUR, passionné d’Histoire, L’homme enterré : pour vivre heureux, vivons cachés. Pour pouvoir survivre, l’homme, à défaut de détenir la force, a dû se cacher. Ce problème se retrouve à travers les siècles et les circonstances, et il mérite que l’on s’y arrête…
 
Patrick TOUSSAINT, Directeur du service culturel, Chargé du Patrimoine de la ville de Clermont - L’enceinte du bourg de Clermont au XIVe siècle : ce n’est qu’au XIIe siècle que l’agglomération clermontoise semble commencer à occuper l’espace que l’on désigne de nos jours par le vocable « ville haute ». C’est assez tardivement, pendant la guerre de cent ans, que l’on va édifier une enceinte maçonnée renforcée de tours et percée de trois portes. Nous proposons de faire un bilan des connaissances sur les principales composantes de ces défenses grâce notamment à des observations récentes. Puis, visite de la vieille ville

Samedi 4 octobre à 19 heures, dans la salle basse de l’Hôtel de ville, repas républicain : Claudine CHEVREAU, nous propose une contribution musicale sur le thème « La misère et la révolte des Jacques dans quelques chansons de la fin du XIXe siècle » avec son accordéon diatonique.

 

Dimanche 5 octobre : Historiographie des révoltes

Pierre RIGAULT, Membre fondateur de la Société Archéologique de Creil : La Jacquerie dans les manuels scolaires au XXe siècle : présentation de l’exposition de manuels scolaires d’histoire du XXe siècle
 
Liliane FRAYSSE, Agrégée Histoire, Les luttes paysannes dans le royaume de Hongrie aux XIVe, XVe et XVIe siècles : des soulèvements contre une exploitation féodale qui se renforce et pour défendre leur terre menacée par deux empires conquérants, la Turquie ottomane et la puissance Habsbourgeoise… Jean Marc SCHIAPPA, Directeur de l’IRELP (Institut de Recherches et d’Etudes de la Libre Pensée), auteur de « Gracchus Babeuf avec les Egaux » : un exemple de révolté en Picardie, BABEUF : les origines picardes de l’orientation révolutionnaire de Babeuf et ses conséquences dans sa pensée et dans son action…
 
Françoise ROSENZWEIG, Agrégée, docteur en Histoire : Maurice DOMMANGET, historien de la Jacquerie de 1358 : définition – DOMMANGET n’est pas un médiéviste – Pourquoi s’est-il intéressé à la Jacquerie ? – Les carences de l’étude de DOMMANGETDOMMANGET a fait œuvre de militant plus que d’historien – Révolte et Révolution.
 
Loïc LE BARS, historien spécialiste du syndicalisme dans l’enseignement - Maurice DOMMANGET et le syndicalisme révolutionnaire dans l’enseignement : l’attachement à la tradition syndicaliste révolutionnaire qui a toujours caractérisé le syndicalisme enseignant dans l’Oise doit beaucoup à Maurice DOMMANGET. Il fut en effet le principal animateur du syndicat de l’enseignement fondé à son initiative en 1914. Celui-ci était affilié à la Fédération de l’enseignement qui contribua activement à la création de la CGTU. Maurice DOMMANGET s’affirma rapidement comme l’un des principaux dirigeants de cette organisation qui se réclamait de ce syndicalisme révolutionnaire, adapté à l’enseignement, élaboré par les premiers instituteurs syndicalistes au début du 20e siècle. S’il n’exerça plus de responsabilité importante après la réunification syndicale de 1935-1936, il resta attaché à cette conception exigeante et avant-gardiste du syndicalisme enseignant et continua à la défendre aussi bien dans ses interventions dans les instances syndicales que dans ses écrits. C’est à son école que se formèrent les militants de l’Ecole Emancipée qui devaient prendre les rênes des sections départementales du SNI et de la FEN après la deuxième Guerre mondiale

Marc BLONDEL, Président national de la Libre Pensée : DOMMANGET, syndicaliste et libre penseur. Lignes extraites de la préface à la réédition récente du livre de Maurice Dommanget « Le curé Meslier », par Marc Blondel : « …Instituteur, il fut nommé à Montataire (Oise), il adhéra au Parti Socialiste, s’engagea syndicalement et publia, sous divers pseudonymes, des articles dans « le Travailleur de l’Oise »… Le choix des noms d’écriture de Maurice Dommanget est révélateur de l’état d’esprit de l’individu : Jean Social et Jean Prolo…Socialiste, révolutionnaire, libre penseur, son action militante dans le syndicalisme… »
 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Fédération de la Libre Pensée de l’Oise

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