Jacob, Alexandre

Anarchiste cambrioleur (1879 - 1954)

Après avoir été mousse, il s’éduque à l’anarchisme qu’il met en pratique en érigeant le cambriolage en véritable science. Il passe sa vie dans l’illégalité, entre cambriolages, prison, bagne et évasions. En 1905, le procès d’Amiens met fin à sa carrière.


Alexandre Jacob
 

Portrait de l’anarchiste Alexandre Jacob, arrêté à Abbeville, jugé à Amiens.

« Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. »

 

L’enfance

Alexandre Jacob naquit le 29 septembre 1879 à Marseille. À 11 ans, il obtint son certificat d’études avec la mention « passable ». Rêvant d’être capitaine, il embarqua comme mousse pour un voyage sur les côtes occidentales africaines. A 12 ans, il partit en qualité de novice-timonier en direction de Nouméa via Suez, Djibouti et Sidney. A terre, il recevait, d’un jeune homme dont son père avait la tutelle, ses premiers éléments d’éducation anarchiste ; c’est avec lui qu’il se mit à lire des brochures séditieuses et à assister à des conférences libertaires.
 
Jacob tomba malade à 16 ans ; une fièvre persistante l’obligea à rester à terre pour se soigner. Après divers petits emplois et diverses activités de propagande, il mit en pratique ses théories anarchistes : le 1er avril 1899, avec trois amis, il simula une descente de police dans un bureau du mont-de-piété à Marseille ; ils épluchèrent les comptes, firent semblant de retrouver des bijoux volés, saisirent l’ensemble des objets de valeur, conduisirent le commissionnaire du mont-de-piété au palais de justice où ils l’abandonnèrent devant la porte du procureur de la République avant de s’enfuir avec le butin.

Cambrioleur perfectionniste et idéaliste

Erigeant le cambriolage en véritable science, Jacob passa sa vie dans l’illégalité, arrêté plusieurs fois, s’évadant à plusieurs reprises. Les cibles étaient les riches, le projet était de les punir. Les vols étaient parfois signés de provocations verbales, comme chez le juge de paix Mulot, au Mans : « Aux juges de paix, nous faisons la guerre. Attila », ou dans la cathédrale de Tours : « Dieu Tout-Puissant, retrouve Tes voleurs. Attila ». Anecdote révélatrice : Jacob était en train de cambrioler à Rochefort, chez un enseigne de marine nommé Viaud, lorsqu’il se rendit compte que ce dernier était en fait l’écrivain Pierre Loti ; il rebroussa aussitôt chemin. Jacob, parfois en désaccord avec ses amis moins altruistes, s’était toujours tenu à son projet initial : faire du vol non pas une réappropriation personnelle mais une attaque contre le monde des puissants.

Le 21 avril 1903, Il se rend à Abbeville pour une nouvelle série de cambriolages. L’aventure s’arrête là : Jacob fut arrêté au petit matin après une longue traque narrée dans les Souvenirs d’un révolté.

Le procès d’Amiens

Le juge Hatté instruisit l’affaire pendant pratiquement deux ans ; il réunit finalement un énorme acte d’accusation de 161 pages comportant plus de 20 000 pièces (156 cambriolages répertoriés).
Pendant ce temps, des anarchistes créaient, le 1er novembre 1904, un hebdomadaire libertaire à Amiens : Germinal. Le procès y prit une place prépondérante. Des réunions, des conférences furent organisées à Amiens ; il s’agissait de préparer ce moment de confrontation entre les voleurs et leurs juges, de donner toute son ampleur au projet de Jacob et de ne pas le laisser choir dans la rubrique des faits divers. Le procès se déroula du 8 au 22 mars 1905. Les quotidiens aussi bien locaux que nationaux et certains journaux étrangers y envoyèrent des journalistes ; il fallut, pour assurer l’ordre, faire venir un bataillon d’infanterie qui occupa l’intérieur du palais de justice d’Amiens.

Il servit de tribune pour Jacob, qui fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Bagnard en Guyane, aux îles du Salut pendant un quart de siècle, il tente dix-sept fois de s’évader. Il met fin à ses jours le 28 août 1954.
 

Alexandre Jacob par « Picardia », publié le 06/05/08 Alexandre Jacob par « Picardia », publié le 06/05/08

 
 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia

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