Ijlopon, Georges, dit Grand Ferré

Paysan et héros (1330 – 1359)

Ce héros picard de la guerre de Cent Ans s’était aussi distingué pendant la jacquerie du Beauvaisis de mai 1358


La Grand Ferré Crédits : J. Frantz
Georges Ijlopon, dit le Grand Ferré ou Ferret, né à Rivecourt vers 1330 et mort dans cette localité en 1359 est un héros picard de la guerre de Cent Ans. Après s’être distingué pendant la jacquerie du Beauvaisis de mai 1858, ce « paysan d’une force de membres incroyable, d’une corpulence et d’une taille énormes, plein de vigueur et d’audace, mais avec cette grandeur de corps, ayant une humble et petite opinion de lui-même » comme l’a dépeint Michelet dans son Histoire de France, se distingua l’année suivante à la défense du château de Longueil-Sainte-Marie face aux Anglais.

Deux chroniqueurs du XIVe siècle, Jean de Noyal, abbé de Saint-Vincent à Laon, et Jean Fillion dit Jean de Venette pour être né dans cette localité voisine de Compiègne et distante d’un jet de pierre de Longueil-Sainte-Marie, religieux carme au couvent de la place Maubert à Paris, rapportent l’événement.

Le récit du premier est plutôt concis cependant que l’histoire relatée par le second, installé aux premières loges pour témoigner la distance entre Venette et Longueil-Sainte-Marie étant inférieure à une lieue, est davantage développée et circonstanciée. C’est au demeurant sur sa relation des faits dans ses Chroniques latines couvrant les années 1340 à 1368 que s’appuie l’abbé Morel lorsque, à son tour, il raconte les aventures du grand Ferré dans L’Annuaire de l’Oise en 1894.

Après avoir obtenu la permission de l’abbé de Saint-Corneille dont dépend Longueil-Sainte-Marie et son château-fort, deux cents paysans en prirent possession en 1359 avec à leur tête un capitaine qu’ils avaient élu, Guillaume l’Aloue ou aux Alouettes, qui lui-même avait pris pour adjoint Georges Ijlopon dit le Grand Ferré ou Ferret.

Lorsqu’ils apprirent ces préparatifs de défense, les Anglais envoyèrent de leur château de Creil deux cents hommes d’armes pour qu’ils fassent rendre gorge aux gueux. Mal leur en prit. Les paysans les mirent en déroute et le Grand Ferré à lui seul en fracassa quelque quatre-vingts à grands coups de hache pour les châtier d’avoir occis son capitaine.

Les Anglais en conçurent un grand dépit et, dès le lendemain, revinrent en nombre pour en découdre à nouveau. Bis repetita, ils furent une nouvelle fois défaits. Le combat terminé, le Grand Ferré se rafraîchit à grande eau froide et fut aussitôt pris de fièvre. Il s’en retourna dans son village, Rivecourt, et s’alita malade.

Prévenus de sa maladie, les Anglais envoyèrent à Rivecourt douze de leurs hommes afin de l’égorger. Alerté de leur arrivée par sa femme, le Grand Ferré se leva, se saisit de sa hache et en pourfendit cinq. Les sept autres ne demandèrent pas leur reste et s’enfuirent. Le héros but de l’eau froide et regagna le lit. La fièvre le reprit de plus belle. Il mourut peu de jours plus tard et fut enterré dans le cimetière de son village.

Longueil-Sainte-Marie a patienté de longs siècles avant de voir son héros statufié sur la place du village en 1889.

Lucien Delwarde, ancien secrétaire de mairie et directeur de l’école de Longueil-Sainte-Marie, nous apprend dans une étude qu’il a consacrée au début des années 1970 au Grand Ferré, que l’œuvre du sculpteur Félix Martin exposée au salon des Beaux-Arts de 1886 et représentant le grand homme local fut offerte à la commune par G. Meurinne, propriétaire à Chevrières et conseiller général du canton d’Estrées-Saint-Denis de 1871 à 1883, qui en avait fait l’acquisition. Le conseil municipal a accepté ce don par délibération prise en date du 23 mai 1889.

La statue fut érigée sur la place, entre la mairie et les quelques vestiges du château devenu un corps de ferme. L’abbé Morel rapporte ce propos entendu le jour de l’inauguration, le dimanche 23 juin 1889 : « C’est un très beau bronze bien fini, mais trop petit pour rappeler les forces herculéennes de son personnage. » Et lui-même ajoute : « Cette appréciation ne saurait changer. Le groupe n’a que un mètre trente-deux centimètres de hauteur. »


Le Grand Ferré par « Jacques
Frantz », publié le 15 décembre 2011
Le Grand Ferré par « Jacques Frantz », publié le 15 décembre 2011

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Picardia ; Frantz Jacques

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