Hôtel de Ville de Saint-Quentin

Mairie

Symbole de l’attachement de la Ville de Saint-Quentin à la République, cette construction, achevée en 1509, où le gothique flamboyant jette ses derniers feux, présente l’une des plus belles façades d’édifice civil connue.


Place de l’hôtel de ville de saint-Quentin - Aménagement de la place de l'hôtel de ville de Saint-Quentin Crédits : CRDP d'Amiens

Espace central de l’agglomération, la place de l’hôtel de ville, récemment remodelée a été délivrée de la présence des automobiles reléguées dans un parc souterrain. Dallée, elle est devenue piétonnière et lieu de diverses animations (un été, on y installa... une piscine gonflable !). 
Symbole de l’attachement de la Ville de Saint-Quentin à la République, l’hôtel de ville a aujourd’hui 500 ans.

L’origine


Hôtel de Ville de Saint-Quentin - Hôtel de ville de Saint-Quentin Crédits : Luc Couvée, Vincent Rémy

L’hôtel de ville actuel s’élève sur l’emplacement d’un édifice appelé Maison du Plaid en 1295 (charte de Philippe le Bel) ou Maison de la Paix en 1332 (lettre de Wauquier, prévôt de Saint-Quentin).

Après l’établissement de la commune par le comte Herbert IV de Vermandois (1080), c’est là que les échevins et jurés de la ville prirent l’habitude de se réunir pour débattre des affaires de la ville.
A la fin du XVe siècle, l’immeuble bourgeois d’origine fit sans doute l’objet d’un réaménagement architectural dont seule la façade porte témoignage. En effet, un rébus de Charles de Bovelles, enfant de Saint-Quentin, humaniste et chanoine de Noyon a donné la date de la fin des travaux : 1509.
La Renaissance est déjà là mais le gothique flamboyant jette ses derniers feux sur une des plus belles façades d’édifice civil connue.

L’architecture


Hôtel de Ville de Saint-Quentin - Hôtel de ville de Saint-Quentin

On ne connaît pas le ou les architectes qui ont travaillé à l’édification de la façade et au nouvel aménagement des espaces intérieurs. Certains évoquent le Maître Valenciennois Colard Noël, appelé par Louis XI en 1477 pour consolider le chœur et le transept sud de la collégiale voisine.

Il faut, en ayant pris du recul, laisser son regard errer sur la façade, suivre les lignes de séparation des formes et des volumes et s’imprégner de l’extraordinaire harmonie qui se dégage d’une géométrie parfaitement maîtrisée.
Il semble que le monument ne repose que sur les six piliers qui le relient au sol dans lequel il puise sa force d’élévation, six piliers octogonaux découpant l’espace du rez-de-chaussée en 7 arcades inégales, 3 larges et 4 étroites. Une frise ouvragée ferme ce premier espace, pour mieux souligner « l’étage noble » où s’ouvrent neuf fenêtres, par séries de trois. Une autre frise souligne le bandeau ajouré qui porte les trois pignons percés chacun par un oculus dans lequel s’entrecroisent deux carrés concaves.

Les crochets qui courent le long des pignons apportent également leur marque de légèreté.
La succession des nombres symboliques qui marquent la façade : 3 (pignons) ; 9 = 3 x 3 (fenêtres) ; 7 = 4 et 3 (arcades) ; 6 (piliers) rappelle étrangement ceux que Charles de Bovelles réunit pour une démonstration spéculative sur le Nombre de l’Homme dans le Livre du Sage, achevé en novembre 1509 dans l’abbaye d’Isle, la même année que la façade précisément.

On remarquera également la transition parfaitement maîtrisée du gothique flamboyant à la Renaissance. En effet, l’architecte a maintenu de grands à-plats de pierre pour mieux faire vibrer la lumière sur un ensemble de sculptures décoratives et de motifs floraux qui ne surchargent pas la façade. On veut croire que les fabricants et marchands de sayette ont délibérément choisi la sobriété élégante à l’étalage de leur richesse.

Le campanile qui se dresse au-dessus du pignon central n’est évidemment pas d’origine. Une première grosse tour avait été érigée après 1643 afin de pouvoir installer l’horloge puis, en août 1663, une cloche achetée au Cateau-Cambrésis. Le campanile actuel date de 1923 et abrite un carillon de 37 cloches.


Hôtel de ville de Saint-Quentin arpès les bombardement de la Première Guerre mondiale - Hôtel de ville de Saint-Quentin arpès les bombardement de la Première Guerre mondiale

La balustrade qui ceint la couronne des frontons ainsi que les motifs décoratifs des oculi qui les ajourent datent de la dernière restauration de 1902. Un élément authentique de la balustrade d’origine peut être admiré sur la façade postérieure du bâtiment. Là, on apercevra aussi une tour du milieu du XVIIIe siècle en place de l’ancienne tour des archives, plus importante, démolie en 1803.
Le regard est encore attiré par de nombreuses niches vides en façade, sur les piliers latéraux et les trumeaux entre les fenêtres mais il est peu probable qu’elles n’aient jamais abrité des statues.


Sculptures de la façade de l’hôtel de ville de Saint-Quentin - Sculptures de la façade de l'hôtel de ville de Saint-Quentin
En s’approchant du monument, on est frappé par la profusion de petites sculptures, toute une imagerie civile qui fait le pendant aux scènes bibliques des édifices religieux des siècles précédents. Au XVIe siècle, l’Hôtel de Ville, siège de l’administration communale, réunissait une assemblée de 13 échevins ou juges royaux et 50 à 55 jurés ou administrateurs de la communauté.

On peut raisonnablement penser que cette imagerie se divise en deux grands ensembles correspondant à la répartition de leurs fonctions : Au rez-de-chaussée, fonctions, personnages ou scènes de la vie communale ; à l’étage, scènes relevant de l’administration comtale ou royale.

Son histoire, ses personnages

A l’intérieur des arcades une plaque de marbre noir présente en lettres d’or les vers latins de Santeuil immortalisant la résistance héroïque des citoyens pendant le siège de 1557.

Comment aborder la petite imagerie diffuse sur la façade ?
L’orchestre des anges musiciens, joueurs de cornemuse, de flûte, de harpe, placés dans les écoinçons qui prolongent les arcades, vous accueille.

Les chapiteaux des 6 piliers, côté place présenteraient des notables ou des fonctions importantes.

De chaque côté de la porte d’entrée : le Maire et le Bouffon.

À l’extrême gauche, la comtesse Eléonore du Vermandois qui renouvela la charte sous le règne de Philippe Auguste.

À l’intérieur des arcades, des fonctions administratives : le Greffier à l’opposé du Bouffon, le Juriste à l’opposé du Maire ; des comportements ou réactions sociales. L’adolescent qui grimace à l’opposé de l’écuyer qui accueille le visiteur.

Dans les voussures des arcades, toute une population de personnages allant du maître tailleur aux fous, en passant par la représentation du tonnelier, de l’ivresse. Puis toute une faune allant du singe prêchant en chaire, du loup devenu berger, aux monstres les plus divers d’inspiration médiévale. Sous les arcades, toute une série de culs de lampe renvoyant aux us et coutumes locales et à l’extrême droite, une représentation symbolique de l’attribution des droits communaux par le comte Herbert IV aux bourgeois.
On pourra distinguer dans les écoinçons au-dessus des fenêtres les représentations du soleil et de la lune, de Saint-Quentin martyr et l’effigie de François Ier qui vint six fois à Saint-Quentin, de 1517 à 1543.

Enfin, entre les pignons du troisième étage, on verra le chien et le singe, assis là depuis le milieu du XIXe siècle et qui semblent méditer sur la destinée de la ville. Ils symbolisent, l’un la fidélité de la ville, l’autre l’ingéniosité des Saint-Quentinois.
Si le siège de 1557 a vu la mise à sac de la ville, le monument ne semble pas en avoir souffert.

Puis la première guerre mondiale a miraculeusement épargné l’édifice qui ne subit que des dégâts mineurs alors que les immeubles alentour atteints par les bombardements de l’artillerie en 1917 étaient détruits.

L’intérieur de l’Hôtel de Ville est accessible en visites guidées organisées par la Ville. Les voûtes des salles du premier étage sont en bois de châtaignier et en forme de carène de bateau renversée. Au premier étage se trouve la salle des mariages ornée d’une cheminée monumentale de type Renaissance et la salle du Conseil, classée, réalisée dans le style « Art Déco » est l’œuvre de l’architecte Louis Guindez.

Le carillon de l’hôtel de ville


Carillon de l’hôtel de ville de Saint-Quentin - Le carillon de l'hôtel de ville de Saint-Quentin

Le carillon de l’hôtel de ville est le dernier héritier d’une tradition campanaire qui a pris naissance dès le XVIIe siècle.

En 1647, le premier campanile abrite une grosse cloche et un ensemble de neufs petites, neuf « appeaux », destinées au jeu des ritournelles. En 1763, le campanile est reconstruit, et on le dote d’un grand carillon de 28 cloches, premier instrument de concert.

En 1917, c’est l’exode des Saint-Quentinois. Le mécanisme et les cloches du carillon sont brisés par l’occupant.

Dès 1924, le carillonneur G. inaugure un nouvel instrument de 37 cloches installé dans le campanile restauré (fonderie Michaux, de Louvain).

Deux carillonneurs ont particulièrement marqué l’histoire campanaire de la ville : Gustave Cantelon (carillonneur de 1880 à 1930, propriétaire d’un magasin de musique, place de l’Hôtel de ville, dont la façade porte encore l’inscription « Maison du carillonneur »), et André Ranfaing (1934 et 1980).

Le carillon actuel est un ensemble de 37 cloches (trois octaves du Do 4 au Do 7 ; masse totale : 2,5 t - clavier-bâton manuel de 37 touches - pédalier de 18 marches). Le peu de justesse du carillon de 1924 a obligé au remplacement d’une grande partie des cloches (deux campagnes : 1985 et 2004 – fonderie Paccard d’Annecy).

Le carillon de l’hôtel de ville permet l’organisation de nombreux concerts assurés par son titulaire, Francis Crépin, ou par des musiciens invités.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Office de Tourisme de Saint-Quentin

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