Hortillonnages

Hortillon : maraîcher en picard

A quelques pas du centre ville d’Amiens, les Hortillonnages sont des jardins entourés d’eau. Une dizaine d’hortillons vendent encore leur production sur le marché tous les samedis matins.


Les hortillonnages et la cathédrale d’Amiens Crédits : CRDP d'Amiens

À quelques pas du centre ville d’ Amiens , les Hortillonnages s’étendent sur près de 300 hectares (communes d’Amiens, Rivery, Camon et Longueau).

Hortillonnage , Hortillon , hortellus , hortus , « jardin ». Dans la langue picarde, ce terme désigne donc des jardins potagers, où plutôt les lieux où ils se situent, des marais entrecoupés de canaux, où l’on pratique la culture maraîchère. 

Les sols du fond de vallée, riches en humus, bien alimentés en eau, sont fertiles. Afin de ravitailler Amiens en légumes frais, et même de vendre à Paris ou dans les villes du Nord, s’était développé en amont et en aval de la grande cité un vaste espace horticole de 285 ha.


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

Il connut la prospérité jusqu’au début du XXe siècle où il faisait vivre près de 1 000 personnes. Les légumes, amenés en barques depuis les jardins, étaient vendus au « Marché sur l’eau » qui se tenait au pied de la cathédrale. Le fond de vallée est découpé en 450 petites parcelles de quelques ares, les « aires », que séparent des canaux, les « rieux ». Creusés par les « hortillons », travailleurs des hortillonnages, ils servent de drains et de voies d’accès par barque. Le sol meuble tend à s’ébouler dans le courant d’eau, ce qui aboutit à rétrécir la parcelle et à combler le canal. Les anciens jardiniers remontaient périodiquement la terre qu’ils replaçaient sur le bord de la parcelle. On préfère maintenant installer des protections en bois. L’activité horticole a presque complètement disparu, ruinée par la concurrence des produits plus précoces des Midi français et européen comme de ceux obtenus sous serre, en toute saison, en Belgique ou aux Pays-Bas.

Un site comparable existe près de Péronne : les hardines. 

Irrigués par la Somme et l’Avre, ces jardins entourés d’eau ont été gagnés sur des marais à l’époque gallo-romaine.


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

Les parcelles de terre sont entrecoupées de canaux, les « rieux », on y circule toujours en barque à fond plat ou barques « à cornets », conçues pour naviguer sans détériorer les berges.


Hortillons sur leur barque, le marché sur l’eau Crédits : CRDP d'Amiens

Les hortillons étaient près d’un millier au début du XIXe siècle, ils ne sont plus qu’une dizaine aujourd’hui à cultiver fruits et légumes sur 25 hectares de cette terre fertile. Le marché des hortillons se tient encore de nos jours, quai Parmentier à Amiens, tous les samedis matins.


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

Paysage unique en France, les Hortillonnages sont inscrits à l’Inventaire National des Sites, ainsi qu’au Patrimoine mondial de l’Unesco.


Amiens classique : la Somme, les hortillonnages, la cathédrale. Crédits : CRDP d'Amiens

Quelques dates


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

  • Dès le Moyen Âge, les Hortillonnages bordent la cité au Nord, jouxtant les quartiers populaires, et bientôt ouvriers de Saint Leu. 
  • 1542, un plan du cours de la rivière Somme nous montre qu’à côté des activités maraîchères se développe l’exploitation de la tourbe (végétal en décomposition qui une fois séché devient un excellent combustible).
  • 1713, les hortillonnages s’étendent à l’est des fortifications de la ville.
  • 1858, une frange d’hortillonnages existe encore au Nord-Est de la ville mais la canalisation de la Somme (1828) et la construction du chemin de fer (1846) réduisent la culture maraîchère.


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

  • 1900, un millier d’hortillons continuent de vivre sur 10000 hectares et vendent leurs productions sur le marché sur l’eau du quartier Saint-Leu au pied de la cathédrale. Une fois l’an, pendant la « Fête de l’eau », ce marché a lieu sous sa forme traditionnelle, le transport des légumes se faisant alors grâce à des « barques à cornets » et à fond plat jusqu’au cœur du quartier Saint-Leu.


Hortillons sur leur barque Crédits : CRDP d'Amiens

  • 1930, l’activité décline et les hortillonnages deviennent un espace récréatif (cabanon, guinguette et même piscine aux beaux jours...).


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

1975, l’extension du domaine bâti d’Amiens, de Rivery , Camon et de Longueau ainsi que les voies de la SNCF enferment les hortillonnages dans l’agglomération urbaine.

En haut sur l’image, et de gauche à droite, la gare, mise en service en 1846, la Tour Perret, achevée en 1954, émerge de l’agglomération et de ses faubourgs, aux cotés de la cathédrale. En bas et au premier plan, la ville de Rivery apparait. La présence de ces quartiers d’habitations récents, des lotissements pavillonnaires, montrent l’ampleur du phénomène périurbain, du mitage de ces zones marécageuses.

Une association pour la protection et la sauvegarde du site de l’environnement des hortillonnages voit le jour.


Les hortillonnages, vue aérienne Crédits : CRDP d'Amiens

Aujourd’hui, les hortillonnages sont devenus un espace touristique et de détente.


Habitat léger de loisir dans les hortillonages Crédits : CRDP d'Amiens

Ces petites parcelles de terre, que découpent des kilomètres de canaux, se sont transformées en terrains de loisirs et de résidences secondaires, tandis que les friches accueillent de nombreuses espèces sauvages. C’est donc une zone urbaine d’une grande richesse écologique, en même temps qu’un des hauts lieux touristiques de la capitale picarde. Le site accueille en effet quelques 100.000 visiteurs par an, dont 30 % d’étrangers (Anglais, Allemands, Belges …), qui parcourent les antiques canaux lors d’une promenade en barque (à moteur).

L’évolution


Les hortillonnages Crédits : CRDP Amiens

Un hortillon s’approche de sa parcelle (« l’aire ») pour y charger des légumes dans des caisses en plastique qu’il vient d’amener sur sa barque.

Traditionnellement propulsés à la force du bras à l’aide d’une longue perche, les bateaux sont maintenant mus par un moteur à essence. Il s’ensuit une pollution sonore et une érosion des berges causées par les remous.

La modernisation du travail sur ces microparcelles est difficile. On regroupe des « aires » voisines en comblant le fossé séparatif.

On mécanise la culture en amenant un petit tracteur arrimé sur deux barques attachées !

Un syndicat intercommunal s’efforce de relancer l’activité horticole : il rachète des parcelles qu’il loue à bas prix aux hortillons, il a aussi impulsé la création d’un label « Produits des hortillonnages ».

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia

Vos commentaires

  • Le 2 juillet 2015 à 19:02, par ALLART Bruno En réponse à : Hortillonnages

    J’aimerai savoir si les parcelles des hortillons sont répertoriées et si oui peut on en avoir un plan détaillé pour voir les différentes parcelles et leur numéro de cadastre ???

    Répondre à ce message

  • Le 27 juillet 2015 à 10:18, par patrimoine En réponse à : Hortillonnages

    Les hortillonnages ne sont pas classés au titre du patrimoine mondila de l’UNESCO !
    Merci de bien vouloir corriger cette erreur !

    Répondre à ce message

    • Le 27 juillet 2015 à 16:58, par LAVAL Nadine En réponse à : Hortillonnages

      Vous avez raison, je viens de vérifier sur le site officiel de l’Unesco. Cette idée, néanmoins, est reprise par de nombreux sites ou articles. Légende urbaine ??? Article corrigé !
      Bien cordialement.

      Répondre à ce message

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