Haüy, Valentin

Écrivain et philosophe (1745 - 1802)

C’est l’institution éponyme qui a rendu célèbre l’humaniste Valentin Haüy. Pour lui, un citoyen aveugle mais éduqué est un citoyen comme les autres. Cette conviction lui permet d’obtenir de Louis XVI la création d’un institut pour les aveugles.


Livre tactile Crédits : Domi-San

Valentin Haüy, est né le 13 novembre 1745 à Saint-Just-en-Chaussée, et mort à Paris le 19 mars 1802

Parcours

Frère du cristallographe René Just Haüy et fils de tisserand, ils sont tous deux issus du milieu bourgeois picard. Valentin suit des études classiques à Paris. Il apprend plusieurs langues qui lui permettent par la suite de vivre de traductions. Valentin Haüy, humaniste issu des lumières, est avant tout un homme de lettre et de philosophie. Lecteur de Diderot et Buffon, il maîtrise la philosophie empirique. Ses connaissances philosophiques influencent fortement sa démarche auprès des aveugles et le conduisent à la rédaction de son « Essai sur l’éducation des aveugles », en 1786.

Découvertes

Dans son ouvrage, il décrit une scène qu’il aurait vécue : il voit huit à dix aveugles jouant maladroitement de la musique sous le regard moqueur des passants. Ce spectacle suscite chez lui une réflexion autour de la perception des aveugles. Jusqu’alors, ils ont une existence misérable, vivent marginalisés, car est associée à l’absence de la vue l’incapacité d’apprendre et, par conséquent, d’exercer un métier. Cette croyance est fortement influencée par la pensée philosophique pour laquelle le savoir s’acquiert par la vision. C’est probablement une des raisons pour laquelle la surdité est mieux perçue que la cécité, car le sourd peut voir et donc peut apprendre. À cette même période, cette pensée philosophique est remise en cause par divers auteurs tel que Condillac, pour qui le toucher est le sens plus important. Au XVIIIe siècle, Molyneux se demande ce que peut bien voir un aveugle qui recouvre subitement la vue. Locke, un des pères de l’empirisme, en déduit qu’un aveugle qui apprend la forme carrée par le toucher est capable de la reconnaître s’il la voit pour la première fois. Diderot infirme la conclusion de Locke en faisant l’expérience. Par une opération sur l’œil, il permet à un malvoyant de recouvrer la vue. Il constate ainsi que tout ce qui a été appris par le toucher ne peut pas être reconnu par la vue. Il résulte de tous ces débats philosophiques que si la vue est le sens le plus simple pour acquérir le savoir, le toucher est également très important.

Partant de ce principe, Valentin Haüy a la conclusion suivante : les aveugles peuvent apprendre grâce au toucher. C’est ainsi qu’il sollicite Louis XVI pour mettre en place un institut pour les aveugles. Il lui expose l’utilité que peut avoir un sujet aveugle du royaume éduqué par le toucher, c’est à dire être un homme utile comme tous les autres. C’est ainsi qu’est créée l’institution royale pour les jeunes aveugles. Cet institut enseigne la lecture, l’écriture, la géographie et la musique et déborde largement le projet de former des mains ouvrières. Sous la révolution, Valentin Haüy est un homme actif qui défend des valeurs républicaines sincères. C’est ainsi qu’il pourra préserver son institut en apportant les mêmes arguments : un citoyen aveugle mais éduqué est un citoyen comme les autres.

Dans cet institut, les aveugles apprennent à lire et à écrire en passant leurs doigts sur des feuilles épaisses dans lesquelles les lettres sont gravées, soit par un système d’imprimerie particulier qu’il met lui-même au point, soit par une plume en métal qui creuse des sillons. Ce procédé n’est pas très pratique et demande une grande quantité de papier car les écritures doivent être larges. Le procédé est repris et amélioré par Louis Braille auquel il adapte le principe de sonographie de Charles Barbier de la Serre. Signalons que Louis Braille était un élève brillant de l’institution des jeunes aveugles de Valentin Haüy.

Retombées

L’importance de Valentin Haüy vaut plus dans la reconnaissance du handicap et de l’instruction pour toute personne quelles que soient leurs difficultés, que dans la conception d’un moyen technique d’apprentissage. Des méthodes qui étaient dans l’air du temps car, à la même période, l’abbé de l’Épée crée le langage des signes pour les sourds.

Les retombées de Valentin Haüy sont de trois ordres. La première est la formation d’instituts spécialisés. La deuxième est la possibilité pour tous d’apprendre quel que soit le handicap. Il démontre ainsi que la capacité de raisonner n’est pas liée à une déficience sensorielle. La troisième est la méthode d’écriture/lecture perfectionnée par Braille, qui sans cette institution n’aurait pas eu accès à l’éducation.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Bouture Sylvain

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