Harcigny, Guillaume d’

Médecin (1310-1393)

Ce médecin renommé a été appelé en consultation auprès du roi Charles VI pour soigner sa folie. Il semble aussi avoir introduit certaines plantes et épices dans la pharmacopée européenne.


Guillaume d’Harcigny, enluminure Crédits : Manuscrits de la bibliothèque de Laon

Parcours scientifique

Guillaume d’Harcigny est né vers 1310 dans la commune d’Harcigny près de Vervins et de Laon. Il meurt à Laon le 11 juillet 1393. Issu d’une famille fortunée, il suit des études de médecine à Laon auprès de l’évêque, puis à Paris (voir le collège de médecine Picard de Paris du XIVe au XVIe siècle). Il est alors influencé par Hippocrate, Galien et Avicennes.

Très jeune, il fait un long périple qui le mène de la Syrie à l’Egypte en passant par la Palestine avant de revenir par l’Italie. De ce voyage, il rapporte de nouveaux remèdes provenant du Moyen-Orient. Nous pouvons supposer qu’il découvre les épices thérapeutiques et les vertus de nouvelles plantes.

La dernière partie de son seul ouvrage connu (1368) traiterait d’anatomie. Il y a une forte probabilité que cette partie ait été influencée lors de son séjour en Italie et de son passage supposé à la faculté de médecine de Salerne.

La folie de Charles VI

Le 5 août 1392, de retour du Mans, un homme surgit de nulle part pour interpeller Charles VI dans ce qui semble être un délire. Il est chassé par la garde. L’incident serait sans intérêt si un peu plus tard, le fracas d’une arme lâchée par un soldat n’avait pas déclenché une crise de folie chez le roi. Il s’en prend très violemment à son entourage à coups d’épée et de grands cris.

Cette crise de folie est la première d’une longue série qu’aucun médecin ne parviendra à guérir. Ce mal incurable reste encore un mystère. Aucun des six médecins du roi ne viendra à bout de ce mal. Enguerrand de Coucy (dit Enguerrand VI), propose au roi de consulter un médecin renommé : Guillaume d’Harcigny. Le vieux médecin jouit d’une très grande réputation dans sa région et Coucy n’est qu’à quelques kilomètres de Laon. Or, à cette époque, le roi a ses médecins officiels inscrits sur un registre. La consultation d’un médecin extérieur suscite en général de vives protestations de la part du corps médical royal. Cependant, les médecins du roi ne font aucune protestation. La raison peut s’expliquer par différents points : trois des six médecins du roi sont de l’Aisne, Guillaume d’Harcigny est très âgé et il y a de fortes chances pour que certains de ces médecins ont été ses disciples, enfin, la sphère d’influence politique représentée par Enguerrand de Coucy et de l’école de médecine picarde ont probablement favorisé cette entorse à la règle.

Les textes ne permettent pas de savoir comment s’est faite la rencontre entre le roi médicalement instable et le vieux médecin, mais il semble probable qu’une unique consultation fut faite à la fin de l’année 1392. La rencontre aurait eu lieu dans la ville de Creil, mais pour certains auteurs comme Bernard Guenée (1), le roi aurait fait le voyage de Creil à Coucy dans le fief d’Enguerrand VI et peut-être de Coucy à Laon pour rencontrer le médecin. Le soin se fit en plusieurs étapes : diminuer la fièvre, rétablir l’appétit puis le sommeil. Ceci eut pour effet de résorber la folie du roi. Le retour à la raison du souverain suscite un fort respect à l’égard du médecin. Le roi lui propose de devenir un de ses médecins officiels. À cause son grand âge, Guillaume d’Harcigny décline la proposition et demande la permission de rester à Laon. La doléance est acceptée, accompagnée de mille écus d’or et de quatre chevaux mis à sa disposition pour permettre sa venue à la cour à chaque fois que celui-ci le désir. Le roi le fait également inscrire sur le registre des médecins du roi ce qui explique la méprise souvent faite de le considérer à ce poste de manière traditionnelle.

Afin d’éviter toute rechute, Guillaume d’Harcigny conseille à l’entourage du roi de l’éloigner des responsabilités et de ses travaux avec les ministres et de lui apporter de nombreuses distractions. Ce conseil ne sera pas suivi. Notons que le roi fera une première rechute en juin 1393 lors de son passage à Abbeville, peu de temps avant la mort de Guillaume d’Harcigny !

Retombées

Il reste à démontrer son influence supposée sur l’apport des plantes médicinales et des épices dans une pharmacopée européenne. Si son rôle dans l’apport de la médecine et de la pharmacopée est difficile à démontrer pour des raisons d’archives inexistantes ou de témoignages subjectifs, il est actuellement connu à travers son transi. Un transi est une sculpture du défunt à l’état de cadavre. Cette sculpture fut réalisée un an après sa mort à partir du cadavre mis à jour. C’est actuellement le plus ancien transi français connu. il est visible au musée d’art et d’archéologie de Laon.

(1) B. Guenée, La folie de Charles VI roi bien-aimé, édition Perrin, 2004

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Bouture Sylvain

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