Hachette, Jeanne

Jeanne Fourquet ou Laisné (1454 - ?)

Héroïne de la résistance beauvaisienne face à Charles le Téméraire, son spectre hante encore la ville de Beauvais. Quelle est la part de vérité, quelle est la part de légende ?

 

Héroïne de la résistance beauvaisienne face à Charles le Téméraire
 

Un spectre hante Beauvais : le spectre de Jeanne Hachette. Depuis ce 27 juin 1472 où la jeune femme, montée en première ligne sur le rempart, Fourquet ou Laisné avant son fait d’arme, s’empara de l’étendard d’un assaillant qui pensait la ville prise et, à la tête de ses compagnes, repoussa les hommes du duc de Bourgogne. Mis en échec, Charles le Téméraire leva le siège le 22 juillet suivant et battit en retraite. La cité fidèle à Louis XI a tenu bon et le nord du Royaume est resté à la couronne de France. La légende de Jeanne Hachette était écrite et son image circule aujourd’hui en ville sur les flancs des bus urbains. Comme la soldatesque du Téméraire avait tenté de prendre d’assaut les remparts du nord de Beauvais, les noms de boulevard de l’Assaut et de rue du 27 juin furent donnés à ces lieux où la bataille avait fait rage.

Le roi de France institua en son honneur, en 1473, la procession solennelle de l’Assaut le jour de la fête de sainte Angadrême (abbesse de l’oratoire au VIIe siècle), patronne Beauvais. Depuis, la mémoire de Jeanne Hachette, incarnation de la résistance française au duc de Bourgogne, est célébrée chaque 27 juin sans discontinuer. Les Fêtes Jeanne-Hachette ont tout simplement remplacé la procession. 2011 a été le théâtre de la 539e évocation des ces heures glorieuses qui rappellent la redoutable pugnacité et la détermination sans faille de Jeanne Hachette et des Beauvaisiennes.

L’héroïne de Beauvais

L’héroïne locale est omniprésente dans le chef-lieu du département de l’Oise que son spectre vitalise de sa bravoure. Sa statue en bronze, œuvre du sculpteur Gabriel-Vital Dubray, érigée en 1851 sur la grande place face à l’hôtel de ville devenue place Jeanne-Hachette, en impose par sa taille, deux mètres cinquante, et par la puissance qu’elle dégage. Le jour de son inauguration, le 6 juillet 1851, le prince Louis-Napoléon Bonaparte, président de la IIe République, en réponse au discours du maire de Beauvais, Augustin Lamothe, tint ces propos : « Deux femmes obscures, Jeanne d’Arc et Jeanne Hachette, apparaissent au moment le plus désespéré pour remplir une sainte mission. L’une a la gloire miraculeuse de délivrer la France du joug étranger ; l’autre inflige la honte d’une retraite à un prince qui, malgré l’éclat et l’étendue de sa puissance, n’était qu’un rebelle, artisan de guerre civile. Et cependant, à quoi se réduit leur action ? Elles ne firent autre chose que de montrer aux Français le chemin de l’honneur et du devoir, et d’y marcher à leur tête. »

 

Les représentations de Jeanne Hachette

Il lui fallut donc encore être statufiée. Elle le fut par Jean-Marie Bonnassieux, contemporain de Dubray, qui présenta sa Jeanne Hachette sculptée dans le marbre au salon de 1848 à Paris. Propriété du fonds national d’art contemporain, l’œuvre arriva à Beauvais en 1968 et ses deux mètres cinquante trône dans l’escalier d’honneur de l’hôtel de ville. Une troisième pièce, en bronze, d’Emile-Louis Picault, de taille plus modeste avec ses quatre-vingt centimètres, se trouve dans les réserves. Un tableau monumental de trois mètres douze de hauteur sur un mètre quatre-vingt-dix-neuf de large, œuvre du peintre beauvaisien Roger Bréval, est accroché depuis 1953 au premier étage en face de la salle des mariages.

A deux pas de la sculpture de Dubray, aux numéros 25-27 de la place Jeanne-Hachette, s’imposent la façade et la terrasse du restaurant-brasserie-salon de thé-pâtisserie-chocolaterie-confiserie, Le Jeanne-Hachette. Un peu plus loin, se trouve la rue où naquit la gloire beauvaisienne qui porte son nom. Et boulevard Amyot-d’Inville, l’ancien grand séminaire converti en lycée de jeunes filles est, en 1905, baptisé de son nom.

Même le cinématographe s’est emparé d’elle. Le miracle des loups réalisé par Raymond Bernard, avec Charles Dulin dans le rôle de Louis XI et Yvonne Sergyl dans celui de Jeanne Hachette, immortalise la défense héroïque de Beauvais. Mais Jeanne Hachette et ses exploits hache à la main seront totalement ignorés dans la version d’André Hunebelle en 1961, film de cap et d’épée tout en couleurs taillé sur mesure pour Jean Marais.

Une difficile reconnaissance

Tout comme elle sera contestée jusque dans son action-même. Pourtant l’intervention décisive des Beauvaisiennes est unanimement reconnue par les historiens. Des voix cependant discordantes remettent en cause l’authenticité de son combat à la tête des femmes de la ville. Ainsi dans l’article Les on-dit de l’histoire Jeanne Hachette paru dans le journal L’Assemblée nationale du 19 février 1850, Paulin Pâris, titulaire de la chaire de langue et littérature françaises du Moyen Âge au Collège de France entre 1853 et 1872, nie jusqu’à l’existence de Jeanne Hachette, arguant qu’aucun auteur de son siècle, le XVe, n’en parle.

Il fallut attendre quelque 140 ans pour que le nom de Jeanne Hachette apparaisse dans un ouvrage Histoire de Navarre sous la plume de l’historien André Favin en 1612. Pierre Louvet, source incontestable de l’histoire de Beauvais, se saisit également du personnage. Il évoque en 1617 l’exploit de celle qu’il nomme alors « briseresse de laine ».

Jeanne Hachette appartient à l’histoire de Beauvais dont elle a écrit une page glorieuse. Figure tutélaire de la ville, Jeanne Hachette est également devenue un symbole pour la gauche anticléricale française pour qui elle représente le pendant laïque de la Pucelle après sa canonisation en 1920 par le Vatican.

Jeanne Fourquet ou Laisné dite Jeannne Hachette par « Jacques Frantz », publié le 27/03/08 Jeanne Fourquet ou Laisné dite Jeannne Hachette par « Jacques Frantz », publié le 27/03/08

 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Frantz Jacques

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