Guise

Aisne

La position de ville-frontière et l’environnement de cette principale ville de Thiérache ont favorisé la vocation militaire de la cité. Sur son promontoire naturel on voit encore le donjon du château fort des Ducs de Guise.


Guise - Vue aérienne de Guise Crédits : Phot’R/Inventaire général du patrimoine culturel, Région Picardie 1999

Code postal : 02120

Chef lieu de canton

Nombre d’habitants : 5 489

Gentilé : Guisards et les Guisardes

Guise signifie gué sur l’Oise

Histoire

Avant la Révolution

Selon certaines sources, le site de Guise aurait été occupé dès le VIe siècle.

Sa position de ville-frontière, ainsi que son environnement naturel et la détermination de ses seigneurs successifs, ont favorisé la vocation militaire de la cité qui s’est développée entre le promontoire naturel, sur lequel a été érigé le château, et la vallée de l’Oise qui a toujours formé un axe majeur de circulation et aurait donné son à l’agglomération.

L’enceinte urbaine du XIIe siècle est remontée au milieu du XVIe siècle en même temps que le château, et a subsisté pour l’essentiel jusqu’à la première moitié du XIXe siècle. Le front bastionné, au sud, était ponctué de la demi-lune Chantraine et du bastion de Saint-André. La charte communale accordée en 1279 par Jean de Châtillon à sa ville reste très favorable au pouvoir féodal.

Après avoir été le fief des puissantes familles d’Avesnes, de Châtillon, d’Anjou puis de Luxembourg, Guise devient en 1528 le chef-lieu d’un duché-pairie en faveur de Claude Ier, ambitieux cadet de la maison de Lorraine qui fait reconstruire le château.

Comme l’ensemble de la région, la ville subit jusqu’au milieu du XVIIe siècle les troubles des guerres de Religion puis de la guerre de Trente Ans, et supporte les sièges de 1593 et de 1650.

Libérée des menaces extérieures à partir du traité des Pyrénées en 1659, la cité conforte son emprise et s’étend hors de l’enceinte initiale sur ses anciens faubourgs. Elle présente alors une séparation assez marquée entre le cœur ancien, au bâti dense et aux rues étroites, et les faubourgs et nouveaux quartiers aux espaces plus aérés. Elle inclut désormais le Grand Faubourg, qui se développe surtout à partir du milieu du XVIIe siècle autour de la place d’Armes, entre l’Oise et le canal des Moulins dont le quai accueille une grande partie de l’activité artisanale de la cité.

La trame urbaine se tisse de façon très linéaire le long des axes de circulation. Principale ville de la Thiérache, Guise est le siège d’un grenier à sel et devient en 1614 le chef-lieu d’une élection par démembrement de celle de Laon , et une subdélégation de l’intendance de Soissons.

En 1766, le bailliage royal de Ribemont y est transféré. Guise abrite également les juridictions du duché-pairie (bailliage ducal, maîtrise des eaux et forêts). Le pouvoir est représenté par des édifices publics (auditoire, hôtel de ville, grenier à sel, ferme générale), mais aussi par les belles demeures bâties dans la rue Chantraine ou sur la place d’Armes pour les officiers titulaires des différentes charges.

À partir de la Révolution Française

La Révolution française prive Guise de ses prérogatives administratives au profit de Vervins, chef-lieu du nouvel arrondissement. Le simple chef-lieu de canton s’étend au XIXe siècle hors de l’enceinte urbaine détruite peu à peu.

Entre 1847 et 1849 disparaissent les dernières murailles ainsi que la porte Chantraine et la porte du Grand Pont, surmontée du beffroi transféré de la porte des Poissons détruite en 1793. Jusqu’au XXe siècle, l’ensemble du bâti offre un aspect très linéaire le long des principales voies, et seule la place Lesur avec le groupe scolaire, aménagés en partie à l’emplacement de l’ancienne enceinte urbaine et de son glacis, propose au milieu du XIXe siècle un espace public monumental digne d’une ville moderne, sur le site pressenti au siècle précédent pour la caserne de cavalerie.


Vue aérienne de Guise : les ruines du château, le Familistère et l’ensemble industriel « Godin » - Vue aérienne de Guise : les ruines du château, le Familistère et l'ensemble industriel « Godin » Crédits : CRDP d'Amiens

Mais le véritable essor accompagne la révolution industrielle. L’installation en 1846 de la fonderie Godin, complétée à partir de 1859 par l’extraordinaire ensemble du Familistère. L’ensemble industriel Godin (à droite sur la photo) forme par sa structure et par son organisation économique et sociale une ville dans la ville

La filature Cau en 1878, procure à la ville une activité sans précédent, et une large expansion vers le nord sur les faubourgs de Cambrai, de Robbé et de Landrecies.

Le XXe siècle

Les destructions dues à la Première Guerre mondiale sont très localisées et permettent le percement de la rue Alfred-Chollet entre la place d’Armes et la place Lesur, qui crée une véritable perspective urbaine. L’architecte Jean Canonne intervient dans la reconstruction de nombreux édifices publics ou privés. 

Le développement de la ville au XXe siècle confirme le mouvement du siècle précédent : des cités ouvrières voient le jour le long des grands axes de circulation et des lotissements sont créés dans les faubourgs de Robbé (Cité Neuve), Chantraine et de Villers, où est également établi le nouvel hôpital au début des années 1960. L’effondrement d’une partie de l’enceinte ouest contraint en 1957 les pouvoirs publics à détruire presque toutes les maisons situées sur le côté pair de la rue Chantraine.

En 1966, l’ancien village de Flavigny-le-Petit, situé dans le prolongement du faubourg de Chantraine, ainsi que le quartier de Madagascar, séparé de la commune de Lesquielles Saint-Germain, sont rattachés à la ville de Guise.

La Première Guerre mondiale


Monument au morts de Guise, guerre de 14-18 - Monument au morts de la ville de Guise, guerre de 14-18 Crédits : CRDP d'Amiens

Deux batailles ont lieu à Guise, en août 1914 et en novembre 1917.

A Guise, en 1914, la situation est effroyable. L’œuvre romanesque de Marc BlancpainBlancpain, Marc est en grande partie hantée par ces quelques journées tragiques de la fin du mois d’août 1914 (Le carrefour de la désolation, 1951, et Chez moi à l’orée du siècle, le roman du souvenir, 1998). De même, ayant abandonné sa ferme réquisitionnée par les autorités militaires pour y installer un cantonnement, Charles Ghewy, dépeint le climat aux alentours de cette petite commune de la Thiérache, située à mi-distance de Saint-Quentin et de Vervins :

« Quel tableau ! Partout dans la plaine, des soldats, des chevaux, des canons, des colonnes. Des milliers de fugitifs. Guise est évacuée depuis midi et les gendarmes font ce qu’ils peuvent pour parer au désordre. Halte près de Champcourt, tout attelé, parmi les dizeaux d’avine. Le canon tonne, de plus en plus rapproché, pendant que le grand pont de Guise saute. Des incendies partout en direction de la vallée. On entend pleurer les enfants et se lamenter les mères. »

Les destructions sont importantes : le château est en ruine, il n’en subsiste que le donjon et l’enceinte de briques. Les neuf ponts de Guise ont été détruits, ainsi que toute une aile du Familistère, les rue Chantraine et Camille Desmoulins, et un coin de la rue des Dîmes !

La mémoire collective est sélective et la geste nationale n’a retenu du premier conflit mondial que le long duel entre alliés et allemands, cette guerre de siège en rase campagne, de l’hiver 1914 au printemps 1918. La Grande Guerre, c’est la guerre des tranchées. Il suffit de consulter les programmes scolaires d’histoire pour s’en convaincre.

Pourtant, cette guerre de position est précédée de cette terrible bataille des frontières, les journées les plus meurtrières de la première Guerre mondiale. S’en est suivi un long et éprouvant repli stratégique des armées françaises, un véritable drame militaire et civil, face à la mise en œuvre du plan allemand d’invasion. Et, enfin, la bataille de la Marne…

C’est à Guise que s’est en partie joué le sort de cette première phase de la guerre, l’échec du fameux plan Schliffen. D’où la présence dans la ville axonnaise de ce monument, ce mur de la mémoire dédié au général Lanrezac, inauguré le 28 avril 1929. Quinze ans plus tôt cependant, l’officier était destitué par son chef d’état-major…

La bataille de Guise est un fait d’armes éminemment complexe et c’est probablement un élément qui permet d’expliquer pourquoi elle est si peu présente dans les mémoires. Victoire française enchâssée dans un mois d’août caractérisé par un mouvement continu de triomphes allemands, Guise apparaît a posteriori comme une sorte d’enclave mémorielle, parcelle de succès dans un flot de défaites

Le récit des faits

Après un premier et violent contact à la frontière franco-belge entre la 1re armée allemande du général von Kluck et la 2e armée du général von Bülow d’une part et la 5e armée française du général Lanrezac, cette dernière se retire en ordre vers le sud, dans la direction de Laon.

Pour freiner le mouvement allemand et éviter que l’aile droite ennemie ne déborde le dispositif français à l’ouest, le général Joffre, chef d’état-major, lui ordonne alors de lancer une attaque de flanc contre les forces ennemies.
Le 29 août suivant, le général Lanrezac doit renoncer à son projet d’une offensive sur Saint-Quentin face à la 1re armée allemande, le corps expéditionnaire britannique se déclarant – bien tardivement - incapable de lui prêter main forte.

Reste alors à mettre un coup d’arrêt à l’avancée de la 2e armée ennemie sur l’Oise, à Guise. C’est un succès… provisoire. Ne pouvant tenir ses positions, le commandant de la 5e armée française ordonne la retraite, malgré les injonctions du généralissime. Celui-ci limoge son subordonné le 3 septembre 1914 suivant, pour « manque d’esprit offensif ».
À posteriori cependant , l’action du général Lanrezac et de son armée s’avère décisive. En effet, celle-ci entraîne un brutal ralentissement de la 2e armée allemande, qui incite le général von Kluck à resserrer son dispositif vers l’est.

C’en est fini de l’objectif premier du plan Schlieffen, à savoir envelopper la capitale à l’ouest dans un large mouvement stratégique. Au delà de cette victoire morale donnée aux Alliés, le général Lanrezac contribue au succès de la bataille de la Marne, quelques jours plus tard.


Monument au morts de la Guise, guerre de 14-18 - Monument au morts de la ville de Guise, guerre de 14-18 Crédits : CRDP d'Amiens

Quelques années après la mort de l’officier général, la polémique s’étant – à peine - apaisée, une souscription nationale est organisée afin de marquer ce succès français dans le paysage, à proximité de Guise. A la sortie de la ville, au croisement des routes nationale 29 et départementale 946, s’élève donc le monument de la 5e armée, dit « monument Lanrezac ».
Ce mur-stèle dû aux frères Martel est orné d’un bas-relief qui représente de manière symbolique la bataille de Guise, menée avec succès par le général Lanrezac, les 28 et 29 août 1914.

Cette composition, aux formes schématiques et aux plans superposés, se déploie en trois séquences avec l’officier et son état-major au centre, la cavalerie à sa droite et l’infanterie – qu’accompagne un char d’assaut ! – à sa gauche. 

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Service Régional de l’Inventaire ; CRDP Picardie

Vos commentaires

  • Le 24 juin 2014 à 12:56, par DUTON En réponse à : Guise

    Vous oublier juste de dire que côté destructions durant la grande Guerre, les neufs ponts de Guise ont été détruits ainsi que toute une aile du Familistère et un coin de la Rue des Dîmes !

    Elizabeth DUTON

    Répondre à ce message

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