Guilleminot

Plus de cent ans d’une dynastie d’industriels (1858 - 1992)

Chantilly a vécu cent ans au rythme de la plus grande usine française de fabrication de matériel photographique fondée en 1892 par le chimiste René Guilleminot, fils de Gustave Guilleminot qui avait créé à Paris en 1858 la plus ancienne fabrique de surfaces sensibles au monde.


René Guilleminot Crédits : E. Gillion .
La rue Guilleminot à l’entrée nord de la ville évoque la famille d’entrepreneurs qui a employé jusqu’à 300 personnes ici et fourni le monde entier. « Tout le monde reconnaissait la sirène qui appelait les ouvriers à 7h45, » raconte Jacques Guilleminot, le dernier de la dynastie. Aujourd’hui l’ancienne fabrique abrite des bureaux, mais à partir de 1892, Chantilly a vécu au rythme de l’usine. Son nom inscrit sur le toit était visible du train de Paris du haut du viaduc. Impossible d’ignorer la double rangée de bâtiments en briques reliés par une passerelle vitrée.

René Guilleminot s’est installé en 1892 dans cette filature car elle disposait d’une eau abondante et de vastes salles. « La société est un modèle d’intégration, on fabriquait tout pour maîtriser les coûts, » explique Jacques. Sous l’emblème du Pierrot blanc, Guilleminot réunit le laboratoire, les services papier et films. La maison a sorti jusqu’à 4km de papier par jour, séchant accroché sur d’immenses tourniquets. Le contrôle qualité était assuré par des ouvrières gantées. Les plaques étaient découpées, enduites de gélatine puis séchées à l’air chaud. A côté se tiennent le service emballage avec cartonnerie et menuiserie, puis l’imprimerie des étiquettes et les célèbres pochettes beiges à rabats comme un portefeuille pour insérer les négatifs d’un côté et les tirages de l’autre. Enfin, vient l’atelier mécanique pour les camions de livraison.

Depuis 1858, voici la plus ancienne fabrique de surfaces sensibles au monde. Créée par Gustave Guilleminot à Paris en 1858 qui a déménagé pour répondre à la vive demande. A l’époque, il fabriquait un appareil photo en noyer verni, le verre, les papiers et les plaques de développement. Son fils René, ingénieur chimiste ne cesse d’améliorer la sensibilité des plaques : la réputation tient à la finesse du grain, au rendu clair, au noir velouté, aux contrastes qui durent.

La famille est organisée. Elle produit le verre (bien plat, sans défaut ni bulle) à Aniche et à Blanc-Misseron près de Valenciennes. Pour garantir l’approvisionnement et la majorité des parts, René marie son fils Roger à Claire, la fille du verrier Alfred Belotte. Dans le même esprit, sa sœur Berthe devra épouser Emile Boesflug, ingénieur embauché à Chantilly.

Tous les membres de la famille se révèlent audacieux. René invente le barytage, un procédé unique à base de gélatine et de sulfate de baryum qui évite à l’émulsion de pénétrer dans l’épaisseur du papier. Il invente les plaques au lactate d’argent pour les amateurs et celles qui corrigent le halo sur la photo (1934). Guilleminot multiplie les brevets, la présence sur les salons, se spécialise : surfaces sensibles pour les arts graphiques, pour accentuer les bleutés avec le bain « erythros », pour les microfilms, la radio médicale … Si les professionnels font sa réputation et lisent sa « revue technique de photographie » éditée dès 1927, Guilleminot comble les amateurs, lance le premier concours de photos de vacances et édite des cartes postales.

La maison obtient l’exclusivité des marchés d’Etat, des armées, de l’institut géographique national … et exporte dans le monde entier.

En 1936, le gouvernement la pousse à ouvrir une usine à Amboise, loin du viaduc qui risque d’être bombardé en cas de guerre. Amboise se spécialisera dans le matériel pour les radios médicales et dentaires. A Chantilly, l’usine étant réquisitionnée en 1940, pour servir en douce ses clients, Pierre Guilleminot récupère les couverts dans les brocantes pour en tirer le sel d’argent indispensable à la fabrication des plaques et stabilise les émulsions avec les marrons ramassés dans la cour.

L’entreprise se veut une grande famille, dispose d’une cantine, loue le canal en contrebas du château pour la pêche, invite ses clients à la chasse au faisan et au lapin à Apremont, organise des banquets pour les anciens combattants et pour les représentants, entretient un orchestre qui se produit dans les ateliers et le cinéma de la ville dès 1929.

La maison offre au Maroc 400 clichés pris par son oncle Jean en 1916 quand il se penchait hors de l’avion pour tirer un cliché et changeait de plaque à chaque prise : sportif !

Comment est venu le déclin d’une aussi brillante affaire ? Guilleminot n’a pas su résister aux géants comme Kodak, même en se concentrant sur des spécialités appréciées des professionnels. L’usine de Chantilly a fermé en 1992.


René Guilleminot Crédits : E. Gillion .
La rue Guilleminot à l’entrée nord de la ville évoque la famille d’entrepreneurs qui a employé jusqu’à 300 personnes ici et fourni le monde entier. « Tout le monde reconnaissait la sirène qui appelait les ouvriers à 7h45, » raconte Jacques Guilleminot, le dernier de la dynastie. Aujourd’hui l’ancienne fabrique abrite des bureaux, mais à partir de 1892, Chantilly a vécu au rythme de l’usine. Son nom inscrit sur le toit était visible du train de Paris du haut du viaduc. Impossible d’ignorer la double rangée de bâtiments en briques reliés par une passerelle vitrée.

René Guilleminot s’est installé en 1892 dans cette filature car elle disposait d’une eau abondante et de vastes salles. « La société est un modèle d’intégration, on fabriquait tout pour maîtriser les coûts, » explique Jacques. Sous l’emblème du Pierrot blanc, Guilleminot réunit le laboratoire, les services papier et films. La maison a sorti jusqu’à 4km de papier par jour, séchant accroché sur d’immenses tourniquets. Le contrôle qualité était assuré par des ouvrières gantées. Les plaques étaient découpées, enduites de gélatine puis séchées à l’air chaud. A côté se tiennent le service emballage avec cartonnerie et menuiserie, puis l’imprimerie des étiquettes et les célèbres pochettes beiges à rabats comme un portefeuille pour insérer les négatifs d’un côté et les tirages de l’autre. Enfin, vient l’atelier mécanique pour les camions de livraison.

Depuis 1858, voici la plus ancienne fabrique de surfaces sensibles au monde. Créée par Gustave Guilleminot à Paris en 1858 qui a déménagé pour répondre à la vive demande. A l’époque, il fabriquait un appareil photo en noyer verni, le verre, les papiers et les plaques de développement. Son fils René, ingénieur chimiste ne cesse d’améliorer la sensibilité des plaques : la réputation tient à la finesse du grain, au rendu clair, au noir velouté, aux contrastes qui durent.

La famille est organisée. Elle produit le verre (bien plat, sans défaut ni bulle) à Aniche et à Blanc-Misseron près de Valenciennes. Pour garantir l’approvisionnement et la majorité des parts, René marie son fils Roger à Claire, la fille du verrier Alfred Belotte. Dans le même esprit, sa sœur Berthe devra épouser Emile Boesflug, ingénieur embauché à Chantilly.

Tous les membres de la famille se révèlent audacieux. René invente le barytage, un procédé unique à base de gélatine et de sulfate de baryum qui évite à l’émulsion de pénétrer dans l’épaisseur du papier. Il invente les plaques au lactate d’argent pour les amateurs et celles qui corrigent le halo sur la photo (1934). Guilleminot multiplie les brevets, la présence sur les salons, se spécialise : surfaces sensibles pour les arts graphiques, pour accentuer les bleutés avec le bain « erythros », pour les microfilms, la radio médicale … Si les professionnels font sa réputation et lisent sa « revue technique de photographie » éditée dès 1927, Guilleminot comble les amateurs, lance le premier concours de photos de vacances et édite des cartes postales.

La maison obtient l’exclusivité des marchés d’Etat, des armées, de l’institut géographique national … et exporte dans le monde entier.

En 1936, le gouvernement la pousse à ouvrir une usine à Amboise, loin du viaduc qui risque d’être bombardé en cas de guerre. Amboise se spécialisera dans le matériel pour les radios médicales et dentaires. A Chantilly, l’usine étant réquisitionnée en 1940, pour servir en douce ses clients, Pierre Guilleminot récupère les couverts dans les brocantes pour en tirer le sel d’argent indispensable à la fabrication des plaques et stabilise les émulsions avec les marrons ramassés dans la cour.

L’entreprise se veut une grande famille, dispose d’une cantine, loue le canal en contrebas du château pour la pêche, invite ses clients à la chasse au faisan et au lapin à Apremont, organise des banquets pour les anciens combattants et pour les représentants, entretient un orchestre qui se produit dans les ateliers et le cinéma de la ville dès 1929.

La maison offre au Maroc 400 clichés pris par son oncle Jean en 1916 quand il se penchait hors de l’avion pour tirer un cliché et changeait de plaque à chaque prise : sportif !

Comment est venu le déclin d’une aussi brillante affaire ? Guilleminot n’a pas su résister aux géants comme Kodak, même en se concentrant sur des spécialités appréciées des professionnels. L’usine de Chantilly a fermé en 1992.

Contributeur(s) initial(ux)

Picardia ; Gillion, Elisabeth

Vos commentaires

  • Le 23 août 2015 à 21:42, par Boucher René En réponse à : Guilleminot

    Bonsoir, j’ai travaillé au laboratoire des colorants sensibilisateurs à Chantilly, c’était mon premier emploi, aide labo, aide chimiste, chimiste, grace aux aides pour ma formation de 1957 à 1963 données par l’entreprise. J’aimerais trouver un exemplaire de la publication du centenaire.
    Si vous pouvez m’aider !!! merci

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    • Le 1er septembre 2015 à 14:13, par LAVAL Nadine En réponse à : Guilleminot

      Nous recherchons, mais sans garantie de résultat ...
      Bien cordialement.

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      • Le 19 décembre 2015 à 17:55, par René Boucher En réponse à : Guilleminot

        Merci, un peu tardif !! je ne pensais pas avoir une réponse sur le site. Je suis en photo au labo des colorants , j’ai alors 17 ans, j’en ai maintenant 75, vous comprendrez le motif de ma recherche.
        Encore merci .

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  • Le 16 décembre 2015 à 23:16, par FAUQUET Françoise En réponse à : Guilleminot

    Bonjour’
    Votre article est très intéressant. Une bonne partie de ma famille a travaillé un peu dans tous les services, chez Guilleminot à Chantilly, une tante a été gardienne. Pourriez-vous m’indiquer s’il existe des documents ou un livre relatant la vie plus complète avec des illustrations. Je vous en remercie par avance. Cordialement. Françoise FAUQUET

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